Working Men’s Club : no wave

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Fraîchement débarquée de Manchester, la bande vient de sortir un premier album sucré/salé dont les oreilles fines apprécieront la douceur des textures électroniques et l’amertume du vieux post-punk. Certains diront caviar, d’autres diront amuse-gueules inutiles et nous, on se régale.

crédit : Rosie Butcher

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai vu Working Men’s Club. C’était à l’Aéronef, en février 2020 (voir notre article). Ils ouvraient pour MNNQNS. Ah les premières parties ! Qui n’a jamais regretté d’être arrivée en avance (pour avoir une bonne place) et se retrouver sous les larsens d’un groupe de reprises de U2 ? Quand même, la plupart du temps, les premières parties exhument quelques magnifiques pépites à l’instar de Working Men’s Club. Cette nuit-là, les gamins de Manchester livraient une performance assez folle, captivante, et surtout inattendue mêlant gimmicks électroniques aux sonorités pop, le tout parfumé de cette vieille essence post-punk. Un mix obsédant qui tourne désormais sur nos platines.

Copies conformes ?

Pas facile d’être un groupe mancunien aujourd’hui. Un bref coup d’oeil dans le rétroviseur suffit à considérer l’ampleur musicale historique de la ville et à comprendre pourquoi Working Men’s Club sont si souvent comparés à Oasis, New Order ou encore Joy Division. Jouer des synthés et poser une ligne de basse triomphante sur tout l’album évoque forcément l’ambiance post-punk et new wave du début des années 1980. De surcroît, une bonne partie des morceaux de Working Men’s Club arborent des similitudes évidentes avec ces artistes devenus mythiques. « Valleys » a des airs de « Blue Monday », ou bien dans « Teeth », cette voix qui s’élève avec froideur ferait presque renaître l’ombre d’un Ian Curtis. Par ailleurs, quand le chanteur se met à danser bizarrement et torse nu au milieu de la foule – Iggy Pop n’est jamais loin – la bande de jeunes Anglais semble définitivement affirmer son goût pour le punk rock. Vous souvenez-vous de ce que disait le fameux critique rock Lester Bangs dans les années 1970 : « Le rock, c’est du théâtre. C’est toujours la même musique, c’est toujours la même connerie, mais vêtue de nouvelles fringues. » C’est indéniable.

They don’t care

Avec une telle audace et ce regard insolent, Working Men’s Club n’ont même pas besoin d’ouvrir la bouche pour articuler clairement : « On s’en fout ». Quelques mois après leur passage à Lille, la sortie de leur premier album éponyme les gratifie d’un peu plus de crédibilité. Ils ont clairement dépassé leurs références pour fonder leur propre univers. Cette dizaine de morceaux étoffés rend la production si lisse qu’elle rompt avec la nostalgie du vinyle grésillant. Des chansons comme « John Cooper Clarke » et « Be My Guest » relèvent finalement plus de l’influence électronique que de l’hymne rock enragé. Toutefois, les riffs de guitare restent la matrice de leurs mélodies. Et quel plaisir ! En fait, Working Men’s Club a sélectionné le meilleur du post-punk et de la new wave des années 1980 pour y ajouter ses propres gimmicks électroniques modernes et révéler un équilibre musical quasi parfait. Ces potes de Manchester arrachent sans remords les genres pour façonner le leur et offrir une excellente bande-originale sur laquelle danser durant toutes les prochaines nuits de confinement hivernal. 

Working Men’s Club de Working Men’s Club sorti le 2 octobre chez Heavenly Records.


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