« Working for the Knife » – Mitski à couteaux tirés

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En 2019, Mitski annonçait vouloir prendre une pause à durée indéterminée. L’artiste réalisait alors à peine le succès retentissant de son dernier opus Be the Cowboy, encensé par la critique anglo-saxonne. Pourtant, tout semble indiquer que la panoplie de cowgirl n’a pas été remisée depuis. Dans le clip de son nouveau single « Working for the Knife », ce costume fait une nouvelle apparition, entre désespoir et sensualité.

Rhapsody in blue

Tout commence en pleine nuit, alors que retentissent les claquements d’une paire de talons dans une ville endormie. Du moins, on le devine, car la caméra de Zia Anger virevolte en tous sens, installant une atmosphère troublante et intranquille. Lorsque la focale se fait plus nette, Mitski apparaît de dos, prête à pénétrer dans un mastodonte de béton brut à l’aura bleutée. Avant que ne résonnent les premières notes du morceau, la chanteuse se glisse dans un ascenseur métaphorique, inondée d’une lumière blafarde.

D’ailleurs, dans ce clip, tout est bleu. Un moyen pour la directrice de la photographie, Ashley Connor, de faire écho au texte du single, où tout est métaphore, à commencer par le couteau du titre, symbole du système aliénant auquel l’artiste se dédie en choisissant la scène. Mitski s’abîme ici dans de lucides mais sombres considérations sur le succès, elle qui s’émouvait déjà de la solitude des sommets sur le mélancolique « Nobody ». Vêtue d’un manteau de cuir qu’elle quitte rapidement pour dévoiler une combinaison de satin bleu, elle erre dans cette forteresse désespérément vide, dans une performance mêlant strip-tease et danse contemporaine.

Un couteau dans le cœur

Les tonalités froides du clip illustrent à merveille le regard désabusé de cette star du rock indé, à l’écriture aussi précise qu’impitoyable. Après une série de poses lascives et absurdes, son désespoir culmine sur ces mots déchirants :

I always thought the choice was mine
And I was right, but I just chose wrong
I start the day lying and end with the truth
That I’m dying for the knife.

Mourir pour le système ? Une bien triste vision de l’industrie musicale, qui continue de projeter ses artistes sous le feu des projecteurs sans se soucier de leur santé psychologique. Dans tous les cas, Mitski signe ici un retour réussi, qui nous laisse espérer un nouvel album aussi fascinant que ses cinq prédécesseurs.