Wassailer, lettre à l’être humain

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Tandis que la crise de nerfs qui ébranle le monde persiste, de nouveaux projets fleurissent. Ancien membre de (We Were) Evergreen et connu pour ses lives électro sous le nom de Roscius, Wassailer fait partie de ces artistes griffés par l’éprouvante actualité de ces derniers mois. Poussé par la nécessité de transformer ce climat d’incertitude en oeuvre émouvante, Wassailer signe son premier titre solo « Son », lettre ouverte à un fils – réel ? imaginaire ? multiple ? – du monde en pandémie, magnifiquement mise en image par David Bertram.

Dans une photographie semblable à du Mary Ellen Mark, avec son noir et blanc grisâtre d’une grande clarté, une bande de gamins poisseux enfilent leurs masques et prennent les armes. Ils sillonnent un paysage sinistre, enchevêtrement d’accidents et de flammes, partent à la guerre. Entre sourires aux yeux pétillants et cris de larmes, ces gosses armés contractent l’ambivalence, on lit en eux autant de pureté que de détermination à tuer. Et ce qui nous fait accepter ce paradoxe, c’est le cinéma. Noir et blanc travaillé, beauté des portraits, ralentis à savourer, les plans succulents de David Bertram nourrissent notre appétit visuel et s’accordent parfaitement au morceau de Wassailer. À l’instar de la réalisation, la chanson se déploie au gré des chocs et de la finesse, livrant ainsi une analyse sans pathos de ce monde en pleine crise d’angoisse sanitaire. Quelle place pour l’enfance à rêves ? 

Né d’une période de détresse, « Son » de Wassailer dépeint une société ivre d’inquiétude et impatiente de nager à nouveau dans cette « vie d’avant » qui ne reviendra jamais. La peur, le vertige. Perdre ses habitudes d’un seul coup de poing dont on ne se remet pas. « Son » sonde l’actualité qui nous a fraîchement dépecés, et dont l’issue reste introuvable. Le regard de cette petite fille dans le canon du fusil s’éloigne sans lueur. Témoin direct du bouleversement, l’oeuvre de Wassailer et Bertram n’a certes rien d’optimiste, mais inscrit notre anxiété dans la matière musicale et cinématographique, celle à laquelle on peut encore se rattacher. Celle dont la liberté touche encore notre intimité.


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