Thomas Monica : « Après l’effondrement, il y a la renaissance ? Ou un chaos absolu. »

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Entre des collaborations prestigieuses, notamment avec -M-, et un excellent premier album intitulé Le Paradoxe de l’Utah, Thomas Monica sillonne les chemins de la chanson française et se mêle subtilement à une pop moderne envoûtante. À l’aube du déconfinement, on échange quelques mots avec ce chanteur rêveur, en perpétuelle réflexion sur son travail mais, surtout, sur notre monde.

crédit : Ciel Studio Créatif

PUNKTUM : Pendant le confinement, tu as sorti un titre inédit « L’Effondrement » avec un clip réalisé chez toi. Tu ressentais le besoin de créer durant cette période ?

Thomas Monica : Ce qui est étrange avec ce titre, c’est que je l’ai écrit deux mois avant l’apparition du virus. Lors de l’écriture, il était question des feux de forêt en Australie. Mon premier album est sorti le 19 avril 2019 et j’avais envie de sortir un inédit pour fêter cela. J’ai décidé de tourner « L’Effondrement » à la maison dans mon salon tout simplement, j’aime l’idée des choses parfois maladroites. Une chanson ou un clip ça représente souvent ce qu’est l’artiste sur le moment.

Dans le clip, tu es assez décontracté. On te voit danser dans un décor scintillant. C’est comme ça que tu as vécu ton confinement ?

(rires) J’ai vécu mon confinement de manière très studieuse, car je travaille déjà à la maison en général avec mon studio. Je n’ai pas vu une énorme différence. Composer et produire, c’est aussi se retrouver avec soi-même en permanence, sauf quand je suis avec une équipe de producteurs ou d’artistes avec qui je collabore. Mais l’idée de danser très mal et spontanément peut représenter un lâcher prise qui contraste avec les paroles du titre, alors que le morceau est très dansant.

Oui, justement, le clip et la musique donnent envie de se déhancher, tandis que les paroles et le titre résonnent avec la destruction. D’ailleurs, après cet « Effondrement », tu vas tout reconstruire ?

Merci beaucoup ! Si le titre te procure une palette de sensation, c’est que le message passe et j’en suis ravi. Après l’effondrement, il y a la renaissance ? Ou un chaos absolu. Je vais essayer d’être fidèle à mes valeurs, parfois utopiste sur un monde qui ne torture pas, qui ne sur-consomme pas, qui ne surabonde pas dans tout ce qu’il produit… Un monde qui ne juge pas par la couleur de peau ou une religion, ni par les orientations d’une personne.

Mais c’est très bien d’être utopiste ! Il y a du rêve dans « Le Paradoxe de l’Utah », ton premier album sorti l’an dernier. Tu proposes des textes en français, des musiques acoustiques et modernes, très variées. C’est quoi alors, ce paradoxe ?

Oui, il faut aller de l’avant et se dire que les choses changeront, un jour, peut-être. Mais nous restons vulnérables et mortels, ce que la technologie à tendance à nous faire oublier. Et nous retrouver confinés réduit l’homme à une espèce qui n’est pas plus forte qu’une autre. 

« Après l’effondrement, il y a la renaissance ? Ou un chaos absolu. »

Thomas Monica

Aux États-Unis, l’Utah est considéré comme l’État le plus heureux, mais il est aussi le lieu où le taux de suicides est le plus élevé dans le pays. C’est un scientifique qui a émis cette appellation et je l’ai trouvée très poétique. Elle a résonné en moi comme un parallèle à la vie. Une personne qui sourit constamment n’est pas forcément heureuse, et inversement. Il y a la face et la vraie personne derrière chacun de nous. Dans ce paradoxe, il y a aussi une résonance avec le métier d’artiste.

Ces allers-retours incessants entre joie et mélancolie sont sûrement ancrés en nous, et tu disais qu’ils résonnent avec le métier d’artiste. Comment perçois-tu ta place dans la société actuelle ?

Le métier d’artiste est parfois mis au second plan dans notre société, alors qu’il est indispensable. La culture et les valeurs d’un pays passent par cet enseignement et cet initiation à l’art qui rayonne partout dans le monde. Il sert aussi à faire rêver et réveil des vocations pour les prochaines générations. Il y a tellement de corps de métier dans le cinéma, la musique, les arts plastiques. Je me sens à ma place avec ce que je fais, car c’est varié et loin d’être monotone. Être artiste, c’est épanouissant. En terme de chiffres, l’industrie de la culture passe avant celui de l’automobile en France, cela prouve à quel point nous avons un pays artistique.

À propos de ton travail de musicien et de ton album, tu joues toujours en solo. On a même récemment écouté ton morceau « Peach » où tu fais toi-même la guitare et la basse. Est-ce un choix naturel pour toi ?

Dans ma façon de travailler, je suis plutôt solitaire par choix. J’ai tellement de copains super musiciens que cela pourrait être aussi gratifiant de les faire jouer sur mon disque. Mais par expérience, je sais que ça ne marche jamais trop. J’aime l’idée d’être un artisan dans mon atelier, de faire mes voix, mes guitares, mes basses et mes percussions, mes claviers avec les imperfections que cela comporte. Néanmoins, Anaïs Bodart, une violoncelliste en or, m’accompagne sur scène et sur album.

« J’aime l’idée des choses parfois maladroites. Une chanson ou un clip ça représente souvent ce qu’est l’artiste sur le moment. »

Thomas Monica

Quand j’étais petit, je faisais de l’asthme. À la maison, j’avais des instruments donc je faisais déjà des maquettes du haut de mes dix ans, dans ma chambre avec quatre pistes sur K7. Cette façon artisanale de travailler, en montant mon studio petit à petit, est restée et c’est le même procédé pour mes textes. Pour le mixage, j’ai trouvé une personne avec une belle âme, Ian Caple, qui a mixé nombre d’albums cultes dont « Fantaisie militaire » d’Alain Bashung et qui m’accompagne maintenant. On a créé une belle amitié.  Sinon, « Peach » est un titre disponible uniquement sur YouTube pour le confinement. Un délire un peu funk vintage, mais, oui, il est correspond bien au processus de mon travail en général.

crédit : Ciel Studio Créatif

La création se fait donc plutôt en solitaire, mais pour écrire, as-tu des inspirations littéraires ?

Oui, la création, c’est un processus solitaire comme un peintre avec sa toile. Ces derniers temps, j’ai lu beaucoup de livres sur la collapsologie. Mais je peux aussi lire beaucoup de philosophie, et des livres sur la psychologie. Je suis passionné par la complexité de l’être humain. Et, en musique, c’est tellement varié ! Élevé par un grand-père algérien et une grand-mère italienne, j’ai grandi dans deux cultures, ce qui m’inspire quotidiennement car je peux passer du temps à écouter du oud ou de la musique traditionnelle arabe, comme du classique, du vieux rock, du rap et beaucoup de chanson française. Je suis passionné de musique de film aussi…

« Je suis très lunatique musicalement. »

Thomas Monica

En musique, justement, quelles sont celles et ceux qui t’influencent ?

Radiohead, Paul McCartney, Prince, John Coltrane, Miles Davis, Gainsbourg, Alain Bashung, Rachmaninov, Bjork, The Roots, Iam, Booba. En fait, je peux passer une semaine sur du jazz puis l’autre semaine sur du gros rap. Je suis très lunatique musicalement. J’adore Jack White et sa façon de travailler mais je peux tout aussi bien admirer Françoise Hardy. À la base, j’ai quand même une culture rock en tant que guitariste.

En parlant de références musicales, tu as bossé avec Matthieu Chedid, qu’on connaît tous sous le nom de -M-. Comment s’est passée cette collaboration ?

Ce fût une expérience humaine super. Des concerts d’exception gravés sur son album live Îl(s), un moment d’échange sur scène très agréable. Ça fait partie de ma discographie maintenant, et j’en suis très heureux !

Vous avez prévu de retravailler ensemble ?

Non absolument pas, ce qui devait être fait a été fait et est désormais gravé à jamais. Mon premier album est une façon d’être totalement moi-même et d’autres belles collaboration m’attendent. C’était déjà une chance énorme de commencer une discographie avec le plus gros artiste français.

Pour terminer, on vient d’être toutes et tous confronté.es à une période complexe. Le monde en général et, en ce qui nous concerne, celui de la culture ont été complètement bouleversés. Comment vois-tu le monde d’après ?

Concernant mon métier, j’ai une date le 2 octobre à Clermont-Ferrand avec Dionysos, et je ne sais pas à quelle sauce nous allons être mangés… Tout est flou. Je me demande si les gens vont retourner dans les salles… Comment notre métier va évoluer aussi… Vaste question. Je travaille sur mon deuxième album, je continue la tête dans le guidon et nous verrons bien !


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