SERVO, en ébullition au Supersonic

Publié le par

Le trio de Rouen fait gronder les planches de l’iconique club rock parisien pour présenter Alien, son deuxième album paru en mai 2020, juste après le confinement.

Avec un titre pareil, Alien a forcément de quoi éveiller les soupçons. Loin de s’adonner au thriller en vaisseau spatial, le deuxième album de SERVO atterrit sur de longues pistes où il s’agit moins de broyer du noir que de balancer des décharges électriques pour ponctuer des lignes de basse incandescentes et une voix polaire. Derrière le rideau apparaît vaguement l’ombre d’un Ian Curtis. Pourtant, née dans l’écume du confinement, la bête n’a eu que trop peu d’occasions de se montrer sur scène. Pour se rattraper, on a donné rendez-vous à la bande rouennaise dans les loges du Supersonic, où ils partageaient l’affiche avec Pales et Parking Dance le 3 septembre dernier. Rencontre.

Crédits : Juliette Poulain

PUNKTUM : Bon, les gars, comment ça va ?

Louis (basse) : Ça va, ça va.

Arthur (chant) : Je suis au taquet, j’ai bu un peu trop de café ce matin !

J’imagine que vous êtes contents de retrouver le Supersonic.

Hugo (batterie) : On est super contents. On a fait le Trabendo l’an dernier mais ça faisait un moment qu’on était pas venu au Supersonic. 

Arthur : En plus, on l’a fait un paquet de fois le Supersonic donc on connaît bien les lieux. 

En parlant de concert, le 24 septembre prochain, vous allez sortir une session live inédite de votre morceau Ô God filmée au Plancher en Normandie. Comment vous est venue l’idée de faire une telle session ?

Louis : C’est chez un gars qu’on connaît qui a une petite dépendance chez ses parents à la campagne, perdu au milieu de nulle part. Pas mal de groupes rouennais font des résidences là-bas. On avait de quoi filmer et enregistrer donc on s’est dit : “Allez, on se chauffe !”

Et c’est quoi exactement ce lieu, Le Plancher ?

Hugo : C’est un lieu-dit près d’Evreux. Comme disait Louis, on connaît ce mec dont les parents ont un gros corps de ferme et dans le jardin, à côté, tu as une petite maison où on peut se poser et faire du bruit toute la nuit. C’est plutôt pratique ! On a composé et enregistré des nouveaux trucs là-bas puis on a filmé cette session live histoire d’avoir de l’actu durant cette période un peu compliquée.

Justement, la scène a dû vous manquer pendant la crise sanitaire. Comment avez-vous comblé l’absence de concerts ?

Arthur : On s’est fait chier ! (rires) Au tout début, on faisait pas grand chose. Ensuite, notre album Alien est sorti en mai 2020 donc on était bien occupé. 

Hugo : Et on a eu une date en septembre en 2020, un truc comme ça. 

Arthur : Ouais, on a fait un live filmé au 106.

Ah oui, Lomax Experience ?

Arthur : Exactement. C’était trop bien.

Louis : Le format était génial !

C’est vrai, les interviews sont très riches et la session live est toujours filmée de façon originale entre les lumières et les cadrages. Dans votre épisode, il y a même des projections.

Arthur : Ouais, l’équipe du 106 s’est faite plaisir ! 

Hugo : Sur chaque session de la Lomax, ils aiment bien faire des scénographies un peu originales. Avec SERVO, on a l’habitude de projeter des trucs sur scène. Là, l’équipe a fait le choix de projeter par le haut et de filmer par le haut aussi donc les plans sont très cool. 

Louis : On nous voit de haut avec les projections, ça rend super bien.

Peut-on affirmer que la scénographie a autant d’importance que la musique pour vous ?

Arthur : Oui et ça a toujours été.

Louis : En fait, c’est un vrai spectacle.

Pour revenir sur la session live de Ô God qui sortira fin septembre, pourquoi avez-vous repris ce morceau datant de votre premier album ?

Arthur : C’est le morceau préféré d’Hugo, en vrai.

Hugo : Il y a un peu de ça. Et le morceau a évolué depuis la version qu’on avait enregistré en 2016. Donc ça me paraissait important d’avoir un enregistrement plus récent. 

Arthur : Ça permettait aussi d’avoir un format plus court que l’originale.

Sur cet album se trouve aussi le morceau Yajña, dont le clip a une esthétique visuelle particulière avec des images brusques et foudroyantes qui rappellent votre scénographie en concert. Comment s’est passée la réalisation du clip de Yajña ?

Hugo : Ce clip a été fait un peu en dernière minute, on avait d’autres clips qui finalement n’ont pas abouti. Mais à une semaine de la sortie de l’album, on voulait avoir des vidéos pour la promo et on a demandé à un copain de nous faire un truc vite fait. Ça va, on était contents.

Même si c’était le clip à l’arrache ?

Arthur : Oui, ça va. On s’est fait chier pendant six mois à faire deux beaux clips qui n’ont jamais abouti puis on a pondu un clip en une semaine ! (rires)

Et comment s’est déroulée la composition de l’album Alien ?

Louis : Il y a quand même eu deux ans entre l’enregistrement et la sortie.

Arthur : Oui, il y a des morceaux qu’on joue depuis des plombes.

Hugo : Certains titres étaient déjà sortis en 2016, en même temps que notre premier album, The Lair of Gods. Donc ces morceaux ont déjà cinq ans. Et la plupart des autres morceaux ont été composés et enregistrés au Plancher en 2019. 

Deux ans et demi de travail, c’est pas mal !

Arthur : Oui, sachant que certains morceaux avaient déjà deux ans, ça va s’étaler sur quatre ans cette histoire ! (rires) Mais en même temps, parfois, on a du mal à composer.

Louis : Entre le moment où on les a fait au Plancher pour la première fois et le moment où on les a enregistrés, il s’est passé tellement de temps. On a pu les jouer plein de fois en live et trouver des nouveaux trucs grâce à la scène.

En fait, la scène fait partie intégrante de la création. Dans Alien ressort un fil narratif comme si vous vouliez raconter une histoire. C’est ce que vous cherchiez ?

Hugo : Pas vraiment. C’est plutôt une question de temps. Nos titres sont assez longs donc on essaie de les caler sur les faces à partir de calculs un peu savants (rires) genre quels morceaux vont sur la face A et lesquels vont sur la face B.

Louis : Tout en gardant un côté cohérent.

Hugo : Et, en même temps, avec le vinyle, on ne fait pas ce qu’on veut. C’est un format particulier. 

L’album est sorti seulement en vinyle ?

Hugo : Ecoute, on devait sortir des CD mais…

Mais ça se vend pas.

Hugo (rires) : Il avait été question d’en faire avec le label mais la période était merdique, donc ça s’est tassé. Il faudrait que je les relance. 

Le titre de l’album, Alien, fait référence au film de Ridley Scott ? Au cinéma en général ?

Arthur : Hm, pas vraiment. Je voulais un long titre avec “Alien” dedans et comme on a pas trouvé, on a gardé seulement ce terme. Et tous les titres de l’album sont un seul mot. On aime bien cette simplicité.

Louis : Mais c’est pas une référence au cinéma. A la limite, E.T. ?!

Et parmi vos influences musicales ? On vous classe souvent dans le post-punk ou la cold wave.

Hugo : Je vois ce que tu veux dire. Mais je viens plutôt du psyché et du shoegaze. Maintenant, on écoute d’autres trucs. Le truc post-punk, j’ai l’impression que c’est venu plus récemment, à l’aveugle. On y a été affilié sans vraiment se poser la question. 

Peut-être parce qu’il y a un sacré revival du post-punk aujourd’hui sur la scène actuelle ?

Hugo : Carrément. On s’était jamais posé la question avant que l’étiquette soit posée sur nous.

Arthur : Juste après qu’on ait fait Yajña, sur notre deuxième album. Le premier sonne moins post-punk. 

“Le truc post-punk, j’ai l’impression que c’est venu plus récemment, à l’aveugle. On y a été affilié sans vraiment se poser la question.”

Hugo, batteur de SERVO

En parlant de scène actuelle, pour votre session live Ô God à paraître fin septembre, ce sont les membres de MNNQNS qui vous ont épaulés pour la vidéo ?

Arthur : Exactement. Ils nous ont rejoints en milieu de semaine pour… boire des bières ! Et nous filer un petit coup de main. 

Hugo : Et quand ça fait cinq jours qu’on est que tous les trois, ça fait du bien d’avoir des avis extérieurs sur ce qu’on a produit.

Comme vous, MNNQNS viennent de la scène rouennaise. On compte aussi Dye Crap, We Hate You Please Die, Modern Men et bien d’autres. La Normandie, c’est un peu le terreau fertile des groupes de rock en ce moment, non ?

Arthur : Avant le Covid, c’était ouf.

Hugo : Tout le monde se connaît.

Louis : En fait, on a un lieu fédérateur à Rouen, c’est un bar qui s’appelle Le 3 Pièces. 

Arthur : Louis est barman là-bas. Depuis deux jours !

Attention, c’est le début d’une nouvelle expérience…

Arthur : Il vit sa meilleure vie ! 

Louis : Pour l’instant, ça va (rires) Mais du coup tout le monde traîne là-bas. Dès que tu veux créer un groupe, tu y trouves deux ou trois personnes bourrées qui seront prêtes à jouer avec toi le soir-même. 

Arthur : Ce qui est cool avec ce bar, c’est que ça donne envie à tout le monde.

Hugo : On se tire tous vers le haut.

Comment Servo voit l’avenir ?

Arthur : On aimerait bien sortir un album en début d’année prochaine. Mais on prend pas mal de retard. 

Hugo : Je pense que ce sera plus tard. Quand on a enregistré nos live sessions au Plancher, on a aussi enregistré six morceaux. Sur les six, on va en sortir un là en single. Donc on aimerait en refaire. 

Arthur : On a recontacté les tourneurs aussi, afin d’avoir quelques dates. Mais, tu vois, notre album de 2020 est déjà trop vieux. Donc l’idée c’est de ressortir un nouvel album. Là, on est sur la composition et mi-décembre on part en Angleterre, si tout va bien. Voilà, on se reverra pour la tournée de release !