Ce qu’il reste est éternel

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Lorsque l’on s’immerge dans le nouvel album de Roseland, To Save What Is Left, il est impossible de ne pas se sentir tiraillé entre le bien-être, la mélancolie et la noirceur de l’âme. Le disque, manipulant nos esprits grâce à ses pulsions rock, électro ou pop, est un rollercoaster émotionnel qui n’en finit pas de nous émerveiller autant qu’il nous confronte à nos reflets les plus froids et possédés.

Il peut arriver qu’on plonge, sans s’assurer que le fond est proche ou lointain, dans les courants d’un disque dont aucun de nous n’avait anticipé les conséquences. On frôle la noyade, on se sent partir, l’énergie vitale quittant nos membres. La limite entre le sommeil mortel et la lumière qu’il faut suivre pour survivre imprègne les pores de To Save What Is Left, dans ses nappes de claviers fantomatiques, ses rythmes obsédants et surréalistes. Et, plus que tout, le timbre de Roseland, posé sur des lits harmoniques qu’il s’amuse à chahuter, à déborder, à froisser. La voix forte et affirmée d’une musicienne signant un pacte luciférien et tentateur, afin de parvenir à se réconcilier en regardant avec les autres. Son sang coule alors dans nos veines, tandis que les sonorités tour à tour puissantes et douces du disque agitent nos muscles auparavant paralysés par le gel des sensations primaires.

Il existe ici plusieurs dimensions, toutes complémentaires les unes des autres. Des strates synthétiques renversantes et liquides (« Rev »), des batteries dont l’incroyable complexité mécanique dissimule les sentiments les plus pesants, avant d’éclater et de libérer les cœurs meurtris que les textes dessinent lentement (« Old »). Roseland ne peut être décrite, classée, figée dans le temps ou l’espace ; qu’elle s’autorise un calme organique avant l’éruption solennelle et magnifique de « Those Fairytales » ou une alternance folk éthérée (« Christmas ») suivie d’une obscure apnée rock (« Delta », « Faster Than You »), elle court soit pour rattraper, soit pour fuir, au fil d’une existence meurtrie mais dont chaque seconde compte. D’implosions en couleurs contraires, d’oppositions en révélations, elle navigue, dans la brume, croisant de temps en temps des créatures hybrides (« Easily ») ou découvrant le sens de sa démarche, spontanément racontée en français (« Tu n’arrêtes pas »).

To Save What Is Left, les reliques sacrées d’un voyage en terres inconnues, d’une incessante recherche spirituelle ; Roseland fait naître des contrées mystérieuses, des collines et mers que l’on ne cesse de regarder et d’explorer, avec bienveillance et effervescence.

To Save What Is Left de Roseland, sorti le 27 mars 2020.


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