Rosaway, poussée de fièvre pop : « On voulait sortir un titre léger »

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Le duo pousse les curseurs pour Midnight, un nouveau single qu’ils sont venus présenter au Bus Palladium, à Paris, le 16 octobre dernier.

Il y a quatre ans, Rachel et Stef ont soudé flûte traversière et batterie sur une voix aérienne pour entériner leur promesse : défoncer les genres et faire farcir la pop avec du jazz, du blues, du gospel et du rock’n’roll. Tandis que leur deux ep, Stranger et Dreamer, sortis respectivement en 2019 et 2020, soufflent les vitres à grands coups d’inspirations anglo-saxonnes, Rosaway sort du frigo un single en français (attention) qui parle d’amour (ouhlala) et envoie du lourd (véridique).

crédits : Denis Piednoir

PUNKTUM : Vous étiez au festival Nancy Jazz Pulsations le 14 octobre dernier, en première partie de Gunhild Carling. 

Stef : C’était super !

Rachel : On faisait surtout la première partie d’une artiste qu’on adore ! Gunhild Carling. C’est incroyable.

Stef : Le public aussi était incroyable. 

Et ce soir, vous débarquez au Bus Palladium. Une autre ambiance mais ça promet d’être une belle date aussi. 

Stef : Carrément ! C’est notre troisième date avec notre nouvel ensemble.

Oui, vous êtes désormais quatre musiciens sur scène. Revenons d’abord sur la genèse du groupe. A l’origine, Rosaway, c’est uniquement vous deux ?

Rachel : Avec Stef, on s’est rencontré il y a presque dix ans, bien avant Rosaway. Je vivais en France et lui aux Etats-Unis. On accompagnait chacun des groupes de notre côté. Puis, Stef en a eu marre et est revenu en France. Sans se poser de question, on s’est lancé tous les deux.

Stef : Ça faisait dix ans que j’étais aux États-Unis. J’ai vécu en Californie, à Memphis, à la Nouvelle-Orléans puis, la dernière année, je suis retourné à Memphis. J’en ai eu marre, j’avais besoin de me lancer dans mon propre projet.

Ça va, tu avais de la ressource ! Deux ep plus tard, vous venez de sortir Midnight, un single qui sonne résolument pop. Pourquoi ce tournant ?

Rachel : Je pense que Dreamer et Stranger, nos deux précédents ep, sont très influencés par la musique anglo-saxonne. C’est logique puisqu’on a un lien fort avec les États-Unis. Quand Stef y vivait, je faisais beaucoup d’aller-retours pour aller le voir. C’était vraiment notre musique. Mais, là, on sort d’un an de confinement durant lequel on n’a pas voyagé donc on a vécu une année très française.

Et qu’est-ce qui vous inspire dans la pop française ?

Rachel : Je ne pense pas qu’on ait été influencé par la musique pop mais vraiment par la culture pop au sens large. Avec Midnight, on voulait sortir un titre léger. Habituellement, nos titres sont assez lourds même s’ils sonnent de manière sympa. On aborde des sujets de société pas forcément drôles. Là, on voulait faire l’inverse et, surtout, on voulait se moquer des chansons d’amour. Tout le monde nous demande d’en écrire et de chanter en français. Allez, c’est le moment ou jamais !

Stef : Il y a aussi un passage en anglais, bourré d’argot.

Rachel : On l’avait déjà joué aux États-Unis, cette chanson. Et les Américains nous avaient dit : « Mais il n’y a que des Français pour jouer ça ! » Ils sont persuadés qu’en France, on est très vulgaire. 

C’est drôle, tiens. Ils ne nous voient pas comme des gens super raffinés ?

Rachel : Ils nous trouvent raffinés mais ils nous trouvent très libérés !

Ah oui, ils ne jouent pas avec les mêmes moeurs. Sur scène, vous prenez soin de votre liberté et, récemment, vous êtes passés de deux à quatre. 

Stef : On avait besoin de nouveauté et d’énergie.

Rachel : On a tourné à deux pendant quatre ans, dont un an de Covid. On avait tout le poids de Rosaway sur les épaules. Être quatre musiciens sur scène, ça nous a libérés. On avait vraiment envie de retrouver cet esprit de tournée, entre le van et les moments partagés. Ce qui se passe sur scène c’est très fort. On avait la chance de vivre ça à deux mais à quatre, on quadruple le plaisir ! En plus, ce sont des copains qui nous accompagnent.

Et qui fait quoi ?

Stef : Notre pianiste alterne entre synthés et orgue. Et on a un guitariste. De notre côté, c’est toujours pareil, je suis à la batterie et Rachel au chant et à la flûte traversière. 

Rachel : On ne forme pas non plus un groupe, c’est plutôt l’essence du duo mais accompagné.

Sur votre dernier ep, Dreamer, paru fin 2020, vous avez bossé avec le musicien américain Adam Ahuja. Comment s’est passée cette collaboration ? 

Stef : C’est la première personne à qui j’ai présenté des ébauches de morceaux et, quand on a fondé Rosaway, c’était évidemment le premier vers qui on s’est tourné.

Rachel : Et pour l’ep, Dreamer, on a enregistré trois titres dont Adam ne faisait pas parti. Puis, pour le quatrième, j’ai dit à Stef : « Viens, on part aux États-Unis. On va jouer à New-York ». On a obtenu quelques dates. Alors on a prévenu Adam, qui était là-bas. Et, tout de suite, il a répondu qu’il fallait qu’on se voit. Il nous a fait entré dans son label, Infinity Gritty, et le label nous a payé une journée de studio pour enregistrer notre titre et une live session. C’était le 1er mai 2018, je m’en souviendrai toute ma vie. 

« On sort des disques juste parce qu’il faut un support. Sinon, nous, c’est la scène. »

Rosaway

Adam Ahuja a un style bien particulier. Il fait du « neolive-looping ». Si j’ai bien compris, il enregistre des boucles en live et il les retravaille ensuite en studio. Mais tout part de la performance live. Êtes-vous friands de cette technique ?

Stef : Non, on n’en fait pas. Adam est un couteau suisse, il fait des claviers, de la guitare, de la batterie. Il expérimente tout le temps. En plus, c’est un personnage ! Ça, ça nous inspire. Mais le looping en lui-même, c’est pas notre tasse de thé.

Mais la scène, c’est important pour vous ?

Stef : Carrément !

Rachel : C’est pour ça qu’on fait de la musique. On sort des disques juste parce qu’il faut un support. Sinon, nous, c’est la scène.

Qu’est-ce qui vous plaît tant dans le concert ?

Rachel : C’est ultra violent. C’est pas forcément négatif, ni positif. Mais c’est une vague qui arrive bourrée d’émotions avec une certaine adrénaline. C’est ce que tu reçois du public, ce que tu reçois de l’autre. Une sorte de transfert. Un mélange de plein de trucs dont je peine à trouver les mots. 

Tout à l’heure, vous témoigniez d’une certaine fascination pour les États-Unis. D’où vient-elle ?

Stef : À la fois de la musique et de la manière de vivre. Ils jouent cette musique précisément parce qu’ils ont cette culture particulière. Chez eux, la musique fait partie de la vie, du quotidien. Leur culture nous inspire.

Rachel : Leur vision de la musique est très décloisonnée. Ce n’est pas « je fais du rock » mais « je fais de la musique ». Et, c’est impressionnant, car certains musiciens sont capables de tout faire. Ils passent d’un style à l’autre, comme ça, du blues à Beyoncé. On dirait que tout est possible. Après, bien sûr, il faut se méfier du rêve américain. Ils ont aussi une culture de la survie. Forcément, les musiciens font 50 dates dans le mois. Sinon, ils meurent.

Le mélange des genres musicaux, c’est un peu votre spécialité. Comment composez-vous à partir de différents styles ?

Stef et Rachel : On ne se pose pas la question.

Stef : Il n’y pas d’objectif, pas de ligne tracée. On ne se dit pas qu’on va composer comme ci ou comme ça. Ça part généralement d’un groove ou d’une mélodie. 

Rachel : C’est seulement pour Midnight, notre nouveau single, qu’on s’est donné une contrainte d’écriture qui est la pop. Mais, pour d’autres morceaux comme It’s Alright ou Here come the rain, il y a une couleur à la fois soul, gospel et jazz. Tout en restant pop. C’est drôle parce que les Américains trouvaient que ça sonnait très français. 

Justement, votre musique est très éclectique et ne correspond pas vraiment à l’esthétique française actuellement en vogue.

Stef : C’est ça ! Mais eux étaient persuadés qu’on faisait de la musique française, quoi.

Par contre, votre titre Good for you va puiser dans les sources du rock’n’roll.

Stef : Pour celle-ci, c’est vraiment la Nouvelle-Orléans. Dans le style New Orleans, tu alignes le jazz, le rock, le hip-hop. Donc cette chanson est un peu un hommage à un genre foisonnant.

En parlant de la Nouvelle-Orléans, vous avez invité trois batteurs de la région à jouer sur Mama used to say. Comment a germé cette idée ?

Rachel : C’est la petite soeur de Good for you.

Stef : On était quatre batteurs, Joey Peebles, Rob Lee, Doug Belote et moi. On a arrangé ça pendant le confinement. J’en ai d’abord appelé un, puis, ça a fait l’effet boule de neige, j’en ai ajouté un deuxième, un troisième. Il y avait 250 pistes ! Notre ingé son s’est marré au mixage. C’était une récompense d’avoir les potes de la Nouvelle-Orléans qui enregistrent pour nous.  

Rachel, tu joues de la flûte traversière. C’est très rare dans un groupe étiqueté pop. Comment fais-tu une place à cet instrument dans les musiques actuelles ?

Rachel : Je fais une place qui lui est due parce que c’est la flûte est l’instrument le plus joué au monde. C’est dingue que la flûte soit commune à toutes les civilisations et, en même temps, qu’elle soit cantonnée à la musique classique et au jazz. En revanche, dans la musique anglo-saxonne, il y a toujours de la flûte mais les gens ne le savent pas. De mon côté, je voulais faire un truc rock et je suis flûtiste depuis que j’ai cinq ans donc depuis trente ans. Je n’ai pas réfléchi, la flûte traversière c’est intrinsèquement mon instrument, c’est mon identité. 

Tu ne fais pas ça pour prouver quelque chose.

Rachel : Pas du tout. Ce n’est pas revendicatif. Mais j’adore quand, à la fin d’un concert,  on vient me dire que la flûte dans le rock’n’roll, ça marche à fond. C’est un super compliment !


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