Richard Allen et Kenny Ruby, ça jazz

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Le chanteur amiénois donnait un concert à domicile à la Lune des Pirates, le 14 septembre dernier, aux côtés de son nouvel acolyte. 

Installé à Amiens depuis belle lurette, ce franco-britannique n’apparaissait que sous le spectre d’une folk aux contours adoucie par une voix suave. Mais, récemment, la route de Richard Allen a croisé celle de Kenny Ruby, arrangeur tentaculaire dont le talent a déjà servi Sandra N’Kake, Guts ou encore Iggy Pop. Le tandem s’est affairé à refondre les racines de folk dans un bouillon de jazz pour signer le deuxième disque de Richard, Locust Tree Lane. Rencontre.

Crédits : Juliette Poulain

PUNKTUM : Comment vas-tu ?

Richard Allen : On vient de jouer à la maison, c’était super cool. Il y avait ma mère dans le public. Elle m’a demandé si ça allait bien avec Kenny, comme on n’arrêtait pas de se chambrer sur scène. Donc je l’ai rassurée, je lui ai dit que oui, bien sûr, tout allait bien ! 

Puisque la Lune des Pirates c’est un peu la maison, la famille, comment pressentais-tu ce concert ?

La semaine dernière, Kenny et moi avons fait notre premier concert amplifié au festival Crossroads. Ça s’est bien passé. On avait fait deux concerts acoustiques auparavant donc on avait arrangé les choses autrement. Et pour la Lune, j’avais hâte. Vraiment, j’avais hâte ! Ce matin, je me suis réveillé en me disant “vivement ce soir !”

Cet été, tu avais déjà joué aux Balades de la Lune ?

Exactement. On a fait deux petits sets d’une demi-heure. Comme ça se passe aux hortillonnages [jardins sur l’eau à Amiens, ndlr], les gens venaient en barque. Pour le premier, il a fait super beau mais pour le second, il a plu des cordes. Bon, c’était quand même super bien. On a tout joué en acoustique et, quand tu reprends ton travail sous forme amplifiée, c’est là que tu te rends compte que jouer en acoustique ça paye. Tu joues davantage dans la nuance. Surtout dans cette musique-là, ça peut être calme ou moins calme mais ça ne joue jamais super fort.

Revenons sur ton troisième album, Locust Tree Lane, paru l’an dernier. En plus de la folk, il a un côté beaucoup plus jazz que tes deux disques précédents. Pourquoi ce virage ?

Pour cet album, j’ai travaillé avec Kenny Ruby qui vient du jazz. Tu vois, Kenny au lieu de dire “wow c’est cool”, il te sort “wow, c’est jazz” ! (rires) On a mis plus de deux ans à faire l’album. Notre collaboration s’est faite sur les arrangements. Au début, je lui envoyais les morceaux que j’enregistrais chez moi, guitare, voix, choeurs, tout ça, et lui me renvoyait ça avec du piano, du vibraphone, de la batterie et tout un tas de machins. Je ne m’imaginais pas ça mais, en fait, je m’y suis très vite fait. Le truc, c’est qu’avec Kenny on s’entend super bien. 

Travailler avec Kenny Ruby t’a permis de créer des morceaux neufs et de dépasser ce que tu avais fait auparavant. Était-ce une nécessité pour toi de renouveler ton style musical ?

Je pense que oui. Quand on faisait Locust Tree Lane, plein de chansons ont failli être sur l’album. On reproche souvent aux albums d’être incohérents. Je vois pas ce que ça veut dire. Il faut que les chansons se suivent alors qu’elles tirent chacune vers différentes aspirations. Kenny a su venir chercher et mettre en valeur le potentiel jazz de cet album. J’ai foncé sur sa façon de voir les choses parce que ça donnait une ligne directrice.

Mais je garde toujours un tas de chansons qui n’ont rien à voir avec l’album. Cet album, on l’a enregistré sans jamais vraiment répété les titres. Donc on s’est demandé comment on allait faire en live. Par exemple, dans le set qu’on a fait ce soir, il y avait douze chansons dont seulement quatre de l’album. Ce sont des nouveaux morceaux ou des vieux trucs que j’avais envie de jouer.

Malgré tout, tu restes accroché à une musique folk. Sur This Feeling of You, par exemple. D’ailleurs, on te compare souvent à Nick Drake. C’est une de tes influences ?

En effet, j’ai bien écouté Nick Drake pendant une période. Certaines choses m’ont beaucoup touché et je les ai gardées, je pense. Du moins, j’en ai gardé une idée, une sensibilité. Le côté Nick Drake s’entend surtout sur In the Front Room, mon premier album solo sorti en 2014 sur lequel c’est juste du guitare/voix. Tandis que pour Locust Tree Lane, je me suis laissé aller avec Kenny. Il me met en confiance.

Tu es né en Angleterre et tu as débarqué en France quand tu avais quatre ans…

C’est ça. C’était il y a… vingt-sept ans !

J’imagine que ton pays natal t’a apporté d’autres inspirations musicales ?

La seule influence réelle que ça m’a apporté, c’est la langue. Comme je suis arrivé en France à l’âge de quatre ans, j’y ai fait toute ma scolarité mais à la maison on parlait juste anglais. On avait la télé en anglais, vraiment tout était en anglais donc j’ai gardé la langue – sans accent anglais quand je parle français. Et, après, bien sûr, j’ai été influencé par la musique qu’on écoutait à la maison.

Tes parents écoutaient quoi ?

De tout ! Tiens, voilà de la bonne country puis derrière les Beatles, les Bee Gees, de tout. Mais pas forcément des trucs folk. Ça c’est moi qui m’y suis plongé tout seul. 

En plus de Nick Drake, tes disques me font parfois penser à du Elliott Smith. 

Ouais, j’aime bien. J’ai découvert tardivement. Là, j’ai pas de chanson en tête et je ne pense pas à Elliott Smith quand je compose, par exemple. Mais j’ai déjà écouté et ça m’a touché.  

Le titre de l’album, Locust Tree Lane, renvoie littéralement à une allée de faux acacias. Est-ce une référence à un lieu particulier pour toi ?

C’est un lieu sur Amiens, à côté de chez moi avant. C’est juste une allée avec de faux acacias où je promenais mon chien et, je sais pas comment ça se passe, mais quand j’ai écrit des paroles et que j’ai dû choisir un titre pour cet album, c’est ce Locust Tree Lane qui m’est venu. C’est notre fil conducteur. C’est local, c’est bio ! (rires)

Locust Tree Lane, c’est le titre de l’album mais c’est aussi un morceau qui figure dessus.

Oui mais c’était pas un des premiers morceaux de l’album. Je fais pas souvent de morceaux où, à la fin, je me dis que c’est bien construit. Mais, lui, quand il est arrivé, j’étais assez satisfait.

Cet album aspire à une certaine mélancolie mais il y a aussi quelque chose de tempérer, une sorte d’incandescence. Composes-tu entre ces deux émotions ?

Pas forcément. L’écriture, la composition, ça sort comme ça et ce n’est pas intentionnel. Je me dis pas “tiens, je vais faire un son calme”. 

Ce disque relève aussi du rêve, non ?

De manière plus terre à terre, je dirais même que c’est tête en l’air. 

Between the ashes and the dream représente bien cet état. 

Ouais, en plus, ce titre compare un truc. Le “between” renvoie à un entre deux. Mais je ne sais pas ce que ça veut dire. Souvent, quand je finis d’écrire une chanson, je relis les paroles et je me demande ce que ça veut dire et comment on doit l’appeler. C’est toujours l’étape chiante. Mais Kenny m’a beaucoup encouragé.

Alors comment s’est passée la création de cet album ?

Comme je te le disais tout à l’heure, je lui envoyais des titres qu’il me renvoyait avec des arrangements inattendus que j’ai vraiment adoré. J’enregistrais chez moi, je lui envoyais, il bossait chez lui, il me renvoyait puis parfois on se voyait. Depuis peu, on a changé de façon de travailler. On bosse sur de nouvelles chansons car on a un album en cours, qui est déjà bien avancé, et on enregistre tout chez Kenny. 

“Je ne cherche pas à faire un truc particulier. Je cherche juste une chose : faire des chansons.”

Richard Allen

Au début des années 2010, tu faisais partie du groupe Wolves & Moons puis tu as embarqué dans une aventure solo. Pourquoi ?

En fait, Wolves & Moons ne s’est jamais fini. On a fait des trucs cool, des concerts cool, c’était bien. J’ai 31 ans et je pense que j’étais immature jusqu’à mes 30 ans ou quelque chose comme ça ! J’étais un peu un branleur, je m’occupais de rien. Ça s’est fini comme ça. Mais je suis en très bon termes avec les gars. Je vois souvent Louis Morati, Maxime Picquart aussi. Et Jocelyn Soler, le batteur, était là ce soir. Ce que j’ai continué à faire en solo aurait très bien pu être du Wolves & Moons puisque c’était déjà ça. Des chansons que j’apportais et qu’on arrangeait ensemble.

Est-ce que ça a modifié ta manière de faire de la musique ?

Oui, forcément. Tous les ans, même tous les mois, on évolue, on passe d’une influence à une autre sans pour autant changer de style, mais on trouve de nouveaux arrangements. Je cherche pas à faire un truc particulier. Je cherche juste une chose : faire des chansons.

En plus, tu t’es mis à écrire en français pour ton dernier single, Les Nénuphars. Qu’est-ce qui t’a donné envie de changer de langue ?

C’était mon premier essai en français, et au piano aussi ! J’étais un peu lassé, je cherchais autre chose pour faire des chansons. Je ne sais pas jouer grand chose au piano. Pour apprendre un instrument, j’écris une chanson. Pour ce qui est du français, pareil, c’était pour tester. Parfois, tu finis d’enregistrer un titre mais tu ne le montres pas. J’en ai accumulé pas mal de côté. Mais 2020… Je me suis dit vas-y, je la sors !

C’est quoi l’avenir de Richard Allen ?

Écrire des chansons, sortir des albums, faire des concerts.


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EN CONCERT

· le 9 octobre à Creil / La Grange à Musique
· le 27 octobre à Saint-Riquier / festival de Saint-Riquier
· le 12 novembre à Oignies / Le Métaphone
· le 16 novembre à Dunkerque / Le Bateau de Feu
· le 27 novembre au Moulin de Saint-Félix /Festival Hautes Fréquences