Que reste-t-il de Tchernobyl ? La vie en couleurs, par Niels Ackermann

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« Tchernobyl n’est pas réservé qu’aux scientifiques, aux techniciens du nucléaire, aux journalistes, aux humanitaires […] l’artiste est à même de capter l’étrangeté de vivre là-bas et d’en témoigner. » affirme l’un des personnages d’Emmanuel Lepage dans sa bande-dessinée Un Printemps à Tchernobyl, parue en 2012. À l’instar du dessinateur français, le photographe suisse Niels Ackermann a régulièrement foulé les sols nucléaires de l’Ukraine entre 2012 et 2015. Il s’est notamment rendu à Slavoutytch, ville située à trente kilomètres de la centrale de Tchernobyl qui a permis de reloger les victimes après la catastrophe de 1986. Là-bas, le photographe côtoie surtout une nouvelle génération pleine de doutes et d’espoir, trimbalant leurs vies virevoltantes à travers un paysage fracassé. Loin de la course aux clichés spectaculaires ou misérabilistes, Niels Ackermann croque un bout du quotidien de cette jeunesse post-Tchernobyl, déjà marquée au fer rouge, mais vigoureuse et avide d’amour. 

Il suffit de prononcer le nom « Tchernobyl » pour que l’on se retrouve immédiatement submergé par la tragédie. Que ce soit des images d’archives ou des reconstitutions visuelles récentes, comme la bouleversante mini-série Chernobyl diffusée en 2019 par HBO, les verts-de-gris dominent la noirceur des réacteurs délabrés, tandis que les débris errent, pulvérisés dans une blancheur jaunâtre qui nous enrobe d’une atmosphère pâteuse et épaisse. Tchernobyl, c’est l’asphyxie générale. Pourtant, cette série que Niels Ackermann a appelé « L’Ange Blanc » s’accroche aux couleurs vives d’une jeunesse flamboyante, qui semble bien loin du ravage de la catastrophe nucléaire. Ces couples s’embrassant dans une ambiance radieuse, ces fêtes entre amis illuminant le quotidien et ces bande d’ados agiles se délectant de leur liberté pourraient venir d’ailleurs. Mais l’ombre du 26 avril 1986 ne se cache jamais et ses funestes résidus rodent toujours, en attestent quelques photographies d’un panneau signalant une forte dose de radioactivité en plein milieu d’un champ ou les ruines de Prypiat, classée zone interdite. 

La série de Niels Ackermann s’élance pleine d’espérance comme une véritable ode à la vie qui continue.

Dans cette série saisissante, le regard insolite de Niels Ackermann souligne l’importance de la photographie pour appréhender les cataclysmes humains. Naviguant sur les flots emmêlés du documentaire et de l’esthétisme raffiné, le photographe suisse tente de traduire l’indicible. Si Tchernobyl est la conséquence d’une tempête de paroles, entre mensonges profonds et vérité dissimulée, il reste difficile de poser des mots sur un accident qui a décimé une large partie de la population. Ces photographies exorcisent-elles les démons ? Témoignent-elles d’un apaisement retrouvé ? Finalement, peut-on vraiment se soigner du désastre ?

Le photographe suisse capte Slavoutytch à vif, dans l’éclosion de cette jeunesse post-traumatisme, pour qui il n’est certainement pas question de surmonter l’Histoire, ni de la renier, mais de courir après, comme elle le peut, avec ses peurs, ses sourires et ses réflexions. Ainsi, « L’Ange Blanc » se déploie telle la fresque d’un présent en reconstruction, dont les clichés éclatants ne s’arrêtent pas à leur beauté revigorante. Ils retiennent aussi le passé contaminé d’une humanité capable de se consumer. Alors, qu’allons-nous faire maintenant ? La série de Niels Ackermann s’élance pleine d’espérance comme une véritable ode à la vie qui continue.

L’Ange Blanc de Niels Ackermann, publié le 8 avril 2016 aux Éditions Noir sur Blanc.


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