PUNKTUM feat. La Face B

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On devait se poser en terrasse sous le soleil parisien pour siroter une pinte de blonde (tu peux mettre au pluriel ! Me corrige-t-il) tout en discutant groupes québécois et souvenirs de concerts, mais le confinement nous a poussés à faire autrement. Rendez-vous sur Messenger, où on peut tranquillement s’envoyer des gifs de Rocky, pour échanger avec Charles, rédacteur en chef et fondateur de La Face B. Entièrement dédié à la musique, ce webzine arrivé en trombe sur la scène des médias en août 2019 n’est pas né de la dernière note, en témoignent ses rubriques atypiques telles que « La Face B de l’artiste » ou les « Interviews ADN ». Sincère et très curieux, Charles vous montre sa Face B dans un grand cri d’amour et d’humour, évidemment.

crédit : Céline Non

PUNKTUM : Tu vas bien ? Comment se passe le confinement ? On vient de voir que vous avez lancé « Dernier Morceau Avant Fermeture », une playlist saveur fin du monde sur La Face B !

Écoute, ça va pas mal. J’étais en train de travailler sur mon interview des Louanges, j’ai mis l’album de Maky Lavender. Et oui, on a lancé le « Dernier Morceau Avant Fermeture » cette semaine. Au début on voulait l’appeler « L’Apocaplaylist » mais on a fini par trouver ça anxiogène (rires). Le principe est simple, des artistes ainsi que des amis de salles de concerts et d’autres médias nous filent leur titre parfait pour la fin du monde. C’est assez sympa, ça permet de prendre du recul, et, qu’elle vienne des artistes ou des lecteurs, la réponse est bonne donc on a plein d’épisodes à venir ! En fait, cette nouvelle playlist rentre parfaitement dans l’esthétique de La Face B, c’est-à-dire être curieux et toujours solliciter l’avis des artistes qu’on aime.

Ça change de vos playlists « Fesse B » dans lesquelles des groupes sont invités à partager des morceaux qui mêlent musique et sensualité…

On doit cette idée à mon grand ami Alphonse Terrier ! La « Fesse B » c’est juste pour ramener du fun. Dès qu’il s’agit d’être un peu con et bas de plafond, tout en gardant quand même une structure cool et sérieuse, on ne se le refuse pas. Finalement, on est des petits punks. Mais, en vrai, c’est hyper dur de faire une playlist en envisageant des gens potentiellement en train de baiser dessus ! Et quitte à faire des playlists, autant proposer plusieurs formats qui permettent de découvrir les artistes sous un angle différent.

« L’esthétique de La Face B c’est être curieux et toujours solliciter l’avis des artistes qu’on aime. »

Charles, rédacteur en chef et fondateur de La Face B

En fait, à l’instar de la face B d’un vinyle, ton webzine regorge de surprises et d’inédits. Est-ce ainsi que tu as conçu La Face B ?

Au moment de me lancer, je n’ai pas vraiment réfléchi. Ce n’était pas forcément une période joyeuse de ma vie, alors j’ai décidé de faire un média qui me rend heureux, et qui ne cherche pas forcément à parler de gros artistes. Ce qui ne va toutefois pas nous empêcher d’interviewer Adam Green ou Other Lives, qui sont un peu des dieux vivants pour moi, et d’autres gens qui font que j’aime la musique comme je l’aime. Par exemple, les artistes québécois, tu te dis directement que tout le monde s’en fout. Mais que ce soit Of Course, Double Date With Death ou Debate Club, j’adore ces artistes ! Il y a une scène de malade là-bas, très diverse, et c’était important pour moi d’en parler. Tout vient d’envies et de curiosité.

L’avantage quand tu es ton propre chef, c’est que tu fais ce que tu veux. Pour l’équipe, je ne suis pas allé chercher des « professionnels », mais des gens en qui je voyais un potentiel, des gens avec qui je voulais travailler, des gens qui avaient des choses à dire. Bref, La Face B c’est une grande histoire d’amour et de folie ! Parce qu’il faut une bonne dose de folie pour lancer un média en 2020, tu ne penses pas ?

À qui le dis-tu ! En suivant tes envies musicales et ces groupes peu répertoriés dans les médias habituels, tu as mis en ligne des rubriques originales, sortes d’annexes au trio classique chroniques – live reports – interviews. Sur La Face B, on trouve plutôt « Bon Baisers du Québec », « Format Court » ou encore des interviews « ADN ». Ce type de rubriques te permet de poser un autre regard sur le travail des artistes ?

Oui ! Ça permet d’avoir des exercices différents, au niveau du format ou pour cadrer ma pensée. Par exemple, « Format Court » c’était très compliqué pour moi au début, car je divague rapidement. D’autres articles sont plus difficiles à rédiger. Je déteste écrire des live reports, c’est extrêmement difficile de retranscrire l’ambiance d’un concert ! Le plus souvent, j’écris n’importe quoi et ça me fait bien marrer. Ces multiples formats d’articles nous permettent de montrer le respect qu’on a pour les artistes car on fait tout pour valoriser au mieux leurs projets et leurs personnalités. On reste bienveillants, curieux et constructifs. Je suis incapable de faire des chroniques négatives parce que je ne vois pas l’intérêt de défoncer un jeune artiste. Si je n’aime pas ce qu’il fait, je n’en parle pas. Enfin, faire différemment des autres permet de se démarquer. C’est le cynisme du rédac chef qui parle !

« Ces multiples formats d’articles nous permettent de montrer le respect qu’on a pour les artistes car on fait tout pour valoriser au mieux leurs projets et leurs personnalités. »

Charles, rédacteur en chef et fondateur de La Face B

Explorons plus en détails ces rubriques propre à La Face B. Par exemple, on a repéré les fameuses interviews « ADN ». Tu peux nous expliquer le principe ? 

Comme les artistes ne sont pas toujours disponibles pour de la promo, et que je déteste les interviews par mail, on a réfléchi à une forme d’interview qui permettrait autant de découvrir l’artiste sous un nouvel angle, que de lui offrir un article cool, et qui le représente bien, à partager. On les défend énormément, je voulais faire une espèce de carte de visite pour les artistes émergents. C’est pourquoi on a décidé de leur demander cinq chansons qui les définissent et d’expliquer pourquoi. Le tout donne lieu à des mini-playlists et ouvre des perspectives différentes. On travaille toujours avec beaucoup de curiosité.

The Big Moon par Cédric Oberlin pour La Face B

Quant au nom, « ADN », il est venu tout seul. Je me suis réveillé un matin, j’avais l’idée en tête. En général, quand ça se passe comme ça, j’envoie directement un message à un pote pour pas perdre le truc. Certaines personnes de La Face B me détestent parce qu’elles reçoivent des messages de ma part à quatre heures du mat’ ! (rires)

Et vous en avez déjà publié quasiment cinquante ! Les artistes et vos lecteurs en sont friands ?

Les lecteurs réagissent bien, et les attachés de presse aussi, on est assez surpris ! Il doit y en avoir une bonne vingtaine dans nos tuyaux, qu’on diffuse avec parcimonie. La dernière qu’on a publié, c’est celui de The Big Moon, un groupe qu’on adore et qui a quasiment fait le grand chelem chez nous : chronique, interview, « ADN » et portraits ! Si jamais ça arrive à leur oreilles : les filles, on vous aime !

« Je suis pour une liberté totale. Pour moi, les artistes font partie de la famille. »

Charles, rédacteur en chef et fondateur de La Face B

On apprécie également la rubrique « Bon Baisers du Québec », avec laquelle La Face B laboure les terres de Céline Dion ! Vous y avez déterré des pépites ?

Ah mais plein ! Déjà big up à Of Course. Bon, ils sont français mais vivent au Québec depuis dix ans. On les aime fort, leur musique est vraiment incroyable ! L’album à venir va être très très bon, j’en suis sûr. Je suis également tombé en amour avec L’Au Delà, l’album de Double Date With Death sorti chez Howlin’ Banana Records. Debate Club, c’est assez fou aussi. Je repense au premier EP de Michaëlle Richer, qui est d’une maturité assez dingue. Loic April, c’est excellent aussi. De même, l’EP de Clay And Friends en français est hyper cool. Bref, écoutez des artistes canadiens ! Soyez curieux ! Achetez des vinyles, surtout en ce moment.

Jamais en manque d’inspiration, vous avez récemment inauguré « La Face B de l’artiste » dans laquelle vous leur demandez de faire une reprise d’un artiste qu’ils apprécient. C’est Kim Giani qui a ouvert le bal avec une reprise de Bob Marley. Prêts à renouveler l’expérience ?

On a déjà bouclé trois épisodes ! C’est un projet que j’ai en tête depuis longtemps, même avant la création de ce webzine. J’en profite d’ailleurs pour remercier Kim, qui nous a fait directement confiance ! Et Caesaria qui sont les prochains à venir, et qu’on aime beaucoup sur La Face B ! Eux aussi ils font le grand chelem : entre playlists, interview et « Fesse B », vous allez avoir la carte membres, les gars ! (rires)

Vous offrez une grande liberté aux artistes, ce sont véritablement eux qui ont la parole sur La Face B. Chaque jour, tu laisses même un groupe s’emparer du compte Instagram du webzine ! Cette semaine, aux commandes, c’est Toybloïd, puis Ian Caulfield, suivi de Joko, Tomasi et Bandit Bandit. Les artistes postent ce qu’ils veulent ?

Tu sais ce qu’on dit ? « Plus c’est con, plus c’est bon ! » Certains sont des amis (coucou les gars, je vous aime) alors je leur ai dit d’y aller franco. C’est leur moment, c’est eux qui sont aux manettes ! Je suis pour une liberté totale. Pour moi, les artistes font partie de la famille. Ils sont assez sympas pour prendre le temps de faire ça, donc à aucun moment je ne leur mets des restrictions. Quitte à avoir des problèmes !

Ça sent l’anecdote croustillante

Même pas. Jusqu’à présent on m’a beaucoup fait de promesses non tenues ! Genre MNNQNS m’avait promis des couilles, et ça n’est jamais arrivé… Structures devait le faire pour leur concert à La Boule Noire, mais ce n’est que partie remise, et les connaissant ça risque d’être chaotique !

À gauche : Victor Solf • À droite : The George Kaplan Conspiracy

crédit : Sarah Yarmond pour La Face B

Pour en venir aux coulisses d’un webzine musical, pourrais-tu expliquer à nos lecteurs et nos lectrices comment ça se passe concrètement à la rédaction ? Quel est ton rôle de « tyran en chef », comme tu aimes si bien te définir ?

Est-ce qu’on peut parler de chaos organisé ? (rires) J’ai tendance à faire confiance aux gens qui m’entourent et je le regrette rarement. J’ai deux collaborateurs proches, Sarah et Martin, qui m’aident énormément. On est encore assez jeune donc, en réalité, on grandit aussi en même temps que le média. Concernant mon rôle, c’est essentiellement être à l’écoute de l’équipe, râler parfois (souvent), et tout faire pour qu’on ait de quoi alimenter le site. Honnêtement, vue le rythme, je ne me plains pas ! Sinon, pour le fonctionnement de la rédaction, je fais des propositions aux membres de l’équipe pour des chroniques, mais ils restent libres de parler de ce qu’ils veulent. Le but c’est d’avoir le spectre le plus large possible, car pour moi les genres musicaux n’existent plus vraiment. Je disais déjà ça il y a quinze ans, au lycée, ce qui fait que je n’ai jamais été un cool kid. La Face B est un peu ma revanche de loser !

« Le but c’est d’avoir le spectre le plus large possible, car pour moi les genres musicaux n’existent plus vraiment. »

Charles, rédacteur en chef et fondateur de La Face B

Est-ce ta conception très ouverte de la musique qui t’a poussé sur le chemin de l’écriture de chroniques ?

La musique, telle que je l’envisage aujourd’hui, est arrivée assez tard dans ma vie. Je devais avoir vingt ans quand j’ai profité de l’explosion du web pour télécharger tout et n’importe quoi. Puis, à partir de 2010, j’ai commencé à faire énormément de concerts au Grand Mix et à l’Aéronef, mes résidences secondaires (avec feu La Péniche, reste en paix petit ange). Mais c’est Bagarre qui m’a incité à faire des chroniques pour parler sérieusement musique. Peut-être qu’ils me contrediront, mais je suis le fan number one de Bagarre. Je les ai vus plus ou moins trente fois en concert, et je les suis depuis la sortie de leur premier EP. Comme ils me voyaient partout, on est devenu potes. Un soir de juillet 2016, à Paris, on s’est retrouvé à l’une de leurs soirées et après quelques bières, Thom a commencé à me dire que j’avais un vrai point de vue à défendre. Il fallait juste que je trouve le bon endroit pour le développer. Conclusion : merci Thom, merci Bagarre !

C’est ainsi que tu as fondé La Face B ?

J’ai écrit pendant trois ans pour un média que j’aimais énormément, qui avait (et a encore) une place particulière dans mon coeur. Les choses de la vie font qu’on a dû se séparer. Je me suis demandé s’il était utile que je continue car, comme je le disais tout à l’heure, la période n’était pas la plus cool de mon côté. Puis, je me suis fait tirer les oreilles par des ami.es, par ma famille, par les attachés de presse, et j’ai finalement compris que je ne pouvais absolument pas vivre sans parler de musique. Si je laissais tomber, j’allais devenir fou ! Dieu merci, pour une fois, j’ai écouté les gens et j’ai continué. 

La musique occupe vraiment une place vitale dans ta vie. Alors, tu écoutes quoi en ce moment ?

Dernièrement, l’album que j’ai beaucoup écouté, c’est le nouveau Baxter Dury. J’adore Baxter, car écouter Baxter, c’est comme coucher avec une ex. Il n’y a pas vraiment de surprises, mais c’est souvent agréable ! J’adore son style, chaque album est un véritable plaisir. Je dois avouer que mes goûts musicaux sont très éclatés. Mes héros vont de Of Montreal à Stupeflip et le Klub des Loosers. Ces deux derniers sont un véritable rempart contre les affres de mon adolescence ! 

« Écouter Baxter, c’est comme coucher avec une ex. Il n’y a pas vraiment de surprises, mais c’est souvent agréable ! »

Charles, rédacteur en chef et fondateur de La Face B

Récemment, j’ai aussi eu la chance d’interviewer Fuzati du Klub des Loosers, et Cadillac pour son projet solo. Kingju, si tu m’entends : c’est où tu veux, quand tu veux. Le copain TERRIER vient de dévoiler son premier titre chez nous, ça va tout niquer ! Tiens, j’ai aussi écouté l’EP de Rare Akuma, sorti l’année dernière. Il est vraiment dingue ! Et très sérieusement, je conseille à tout le monde d’écouter « Je suis pas fou » de Jul. Ok le mec ne sait pas chanter, mais les paroles de ce titre sont incroyables ! Je vous jure. Sinon, j’ai vu P.R2B en concert et j’ai fini en larmes tellement ce qu’elle propose est fort.

Merci pour ce panier de découvertes, on ira y jeter une oreille. Surtout la chanson de Jul, dont on est très fier que le nom apparaisse sur PUNKTUM ! Et puisque tu parles de concerts, un souvenir particulier à nous partager ?

En 2011, j’ai embarqué Foster The People en after sur Lille, et on est allé au Kremlin (les lillois savent) et mon pote de l’époque a vomi sur le radiateur du bar. On a fini à La Chicorée (les lillois savent aussi) à six heures du matin pour manger un steak et des frites. Depuis, je les croise à chaque fois qu’ils passent en France ! 

J’ai un autre souvenir cool, cette fois-ci avec des techniciens ! Un ami m’avait filé des places pour aller voir Thirty Seconds To Mars. Le show était assez pathétique, mais, après le concert, on s’est retrouvé avec tous les membres de l’équipe à boire beaucoup (trop) de verres dans les bars lillois. J’ai fini par danser la Macarena avec eux, un grand moment ! Je t’avoue que Paris est aussi une tentation affreuse pour mon foie, mais je passe toujours des très bonnes soirées au Pop-up du Label.

Supernova par Alphonse Terrieur pour La Face B

Les afters gravent de sacrés souvenirs ! D’ailleurs, pour partager les concerts sur La Face B, vous ne proposez pas uniquement des live reports au format texte et images, mais aussi des portfolios. L’objectif est clair, mettre en valeur le travail des photographes.

Tu connais l’importance des photographes de concerts ! J’ai la chance d’avoir les meilleurs photographes du game (désolé les autres, mais si vous nous rejoignez, je dirais la même chose de vous !). Outre leur talent, ils ont une vraie sensibilité. Je lance un big up à mon partenaire dans le crime Alphonse Terrier qu’on peut décrire comme « le photographe des stars, la star des photographes », à Cédric Oberlin toujours dans les bons coups, à Céline Non, la photographe la plus punk de tous les temps, à ma Sarah Yarmond, mon bras gauche (parce que je suis gaucher) talentueux à la sensibilité absolue, à Justine pour L’Îlot Son, à Caroline pour son super travail depuis La Rochelle et évidemment à Martin, Elliott et David qui nous ont rejoint récemment. 

Ça va, tu tiens une équipe de choc ! Alors, tu prévois quoi pour l’avenir de La Face B ?

Déjà on va essayer de survivre au Covid-19 ! C’est la vraie préoccupation du moment, même si vue la quantité de bières qu’on s’enquillait en concert, on risque autant la cirrhose que le coronavirus (les jeunes qui nous lisent : l’alcool c’est mal). Plus sérieusement, on va continuer à parler de musique, à faire ce qu’on aime, à être bienveillants, à aimer les artistes mais aussi nos partenaires, les attachés de presse, les programmateurs de salles et les gens qui font leur promo, avec qui on est en lien direct et sans qui on ne ferait pas grand chose. Et puis, spoiler, mais il y aura peut-être un petit concert pour le premier anniversaire de La Face B en septembre prochain ! Il faut garder le sourire et s’aimer les uns les autres autant qu’on aime la musique.

On va finir par citer Miossec : « Rester en vie / Même à dix mètres du sol / Essayer toutes les conneries / Sans s’en tenir au protocole / Faut-il prendre le maquis / Ou imploser en plein vol ? / Rester en vie / Rester frivole / Croire encore en l’infini / Croire encore aux parasols » car je ne vois pas meilleure manière de clore cet entretien !


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