On discute rêves, pop, Baudelaire et crise sanitaire avec Pam Risourié

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Fin septembre, le ciel bas s’alourdit déjà. Insignifiant et sombre. Sur la terrasse du Trabendo, la scène regorge d’instruments qui attendent sagement leurs maîtres. On se faufile entre les masques, le bar où s’alignent les pintes et la console allumée avant d’atteindre la salle, envahie par le vide. L’image est un crève-coeur pour tout le secteur musical qui subit de plein fouet la crise sanitaire, entre annulations et reports de concerts depuis mars dernier. Heureusement, pour la rentrée, le Supersonic a investi le lieu avec toutes les précautions nécessaires – des concerts en terrasse – et une programmation alléchante, exclusivement française. Une demi-heure avant de monter sur scène, la bande rêveuse et (encore) optimiste Pam Risourié échange quelques mots avec nous. Ils n’ont pas joué en live depuis janvier.

crédit : Claire Desfrançois

PUNKTUM : Ça fait quel effet de remonter sur scène ?

Pam Risourié : Ça va être très cool, on a hâte ! C’est excitant, mais à la fois on se demande si ce n’est pas notre dernier concert avant longtemps… C’est horrible de se dire qu’on ne peut plus faire ce pour quoi on vit. 

Cette période est terrible, la culture prend une sacrée claque.

Mais, t’inquiète, le Puy du Fou c’est ouvert ! (rires jaunes)

En effet, quelle ambiguïté ! Ce soir, on vous retrouve sur la scène du Trabendo, l’occasion de revenir sur votre deuxième EP Noctessa, sorti en mai dernier. Comment se sont déroulées l’écriture et la composition de ces cinq titres ?

C’est vraiment Rémi [le chanteur, NDLR] qui porte le projet et nous on vient s’y greffer. Mais l’idée c’est quand même de travailler en groupe, notamment quand on modifie les morceaux en retravaillant les riffs, les mélodies.

Votre musique est étiquetée « dreampop », vous entendez quoi par-là ?

Mouais… On ne définirait pas le groupe comme entièrement dreampop. C’est un genre dérivé du shoegaze, peut-être moins sonore et plus pop. C’est plutôt notre deuxième EP qui est dreampop.

Justement, il émane de Noctessa un côté aérien, plus présent que sur votre premier EP Rituals. C’est ce que vous vouliez créer ?

Carrément. Pour le coup, Noctessa est complètement dans cette veine et la prod tend vers la pop. On l’a enregistré avec Alexis Fugain de Biche, en octobre dernier. 

On a un véritable coup de coeur pour « Night Flowers », le morceau qui clôture l’EP. D’où elle sort, cette chanson ?

Oh, ça, c’était il y a longtemps. Rémi l’avait enregistrée avec des copains et on l’a ajoutée à l’EP parce qu’elle se raccordait bien à l’esthétique. C’est donc le seul titre qui n’a pas été enregistré chez Alexis.

Quelques mots sur ce clip qui l’accompagne ?

C’est un clip assez esthétique, qui ne raconte pas forcément une histoire. En fait, « Night Flowers » est très influencée par les poèmes de Baudelaire comme « Les femmes damnées » et ces personnes qui trouvent leur éclosion dans la nuit.

« Night Flowers » s’impose un peu comme l’inverse de « Cinnammon Leaves » dans lequel on suit un enfant qui se met à faire de la musique. C’est autobiographique ?

Non, pas vraiment. Le but c’est de suggérer. Par exemple, les rapports entre les personnages sont toujours ambigües. Dans « Night Flowers », on peut imaginer que les deux filles sont ensemble ou sont soeurs. On ne connaît pas leur rapport. Ces clips sont ouverts l’interprétation.

Vous accordez beaucoup d’importance à votre identité visuelle ?

Disons que les clips sont surtout importants pour la promo. Ils illustrent. Mais c’est toujours la musique d’abord.

Parmi vos influences, on retrouve Beach House ou encore Sonic Youth. Pourquoi ces groupes vont inspirent ?

Parce que c’est stylé ! (rires) En terme de guitare, Thurston Moore [leader de Sonic Youth, NDLR] a posé un délire où il fait ce qu’il veut avec le son qu’il veut. On adhère complètement à ça : faire ce qu’on veut. Pour Beach House, les gens veulent toujours des trucs rythmés, et eux font totalement l’inverse ! Ils posent une ambiance. Nous aussi, les morceaux rythmés ça commence à nous saouler. On cherche des morceaux plus mélancoliques dans lesquels la musique prime. Après, on a plein d’autres influences. Ces deux groupes connus permettent de nous étiqueter pour que les gens saisissent rapidement ce qu’est Pam Risourié.

Sur la scène alternative actuelle, quels groupes vous tapent à l’oreille ?

On a une passion commune pour Ulrika Spacek, puis des influences très différentes ! Ça va de la musique ambiante au kraut, en passant par la synthpop et la cold wave.

« Thurston Moore [leader de Sonic Youth, NDLR] a posé un délire où il fait ce qu’il veut avec le son qu’il veut. On adhère complètement à ça : faire ce qu’on veut. »

Pam Risourié

La question qui tue : comment envisagez-vous la suite de l’aventure ?

(font semblant de mourir et éclatent de rire) Sans masque ! No Future ! On sait pas trop… On est déjà contents d’être là ce soir. Vaut mieux pas trop se projeter, c’est l’angoisse.

C’est comme ça que vous vivez cette période de crise, dans l’angoisse ?

À un moment, oui, c’était comme ça. Parfois c’est du dépit ou de la colère.

Cette crise est-elle un frein à la création ?

La création sera là, dans tous les cas. Les gens ont des trucs à dire. C’est surtout pour les concerts qu’on est freinés. C’est quand même ce qui rend le projet vivant, des dates comme ce soir au Trabendo. L’avenir proche, c’est continuer à bosser en sous-marin, essayer d’être optimistes, mais c’est flou et ça fait chier de pas avoir de concerts.

« L’avenir proche, c’est continuer à bosser en sous-marin, essayer d’être optimistes, mais c’est flou et ça fait chier de pas avoir de concerts. »

Pam Risourié

Sans concerts, sans actualité, ça doit être complexe d’avancer à l’aveuglette ?

Des aides sont mises en place pour les intermittents, mais pour les gens comme nous qui font de la musique dite « indépendante », pour les « petits groupes », il n’y a rien. Soit tu as ton statut et c’est cool, soit tu n’as rien et démerde-toi, va bosser à l’usine.

Pour terminer cette interview sur une note positive, avez-vous une anecdote ou un bon souvenir à nous raconter ?

Hm… On n’a pas fait beaucoup de concerts cette année à cause du Covid. Ah si ! On a joué au Café de Paris, dans le 11ème, c’était marrant, d’ailleurs on a claqué notre premier cachet en une demi-heure… Faut vraiment qu’on trouve un trésorier dans le groupe ! 


Écoutez Noctessa ici !

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