La mélancolie automnale de Pam Risourié

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Quelques souvenirs alors que la Terre tourne. Quelques images de joie, de peine, de partage, de non-dits tellement expressifs. « Cinnamon Leaves » de Pam Risourié ouvre le chemin d’une histoire tendre et cruelle, solitaire et complice. Le paradoxe intime de la relation familiale, de la portée éternelle de ce que l’on donne, par vocation, par sacrifice.

Le lieu, immense, paraît cependant trop imposant pour la femme et l’enfant. Tandis que les doux accords de « Cinnamon Leaves » résonnent, que la mélodie vocale enlace, dans ses brumes chaleureuses, ce duo éphémère, l’évocation du lien qui les unit se fait forte et fragile. Introduite et conclue par un simple point de vue extérieur, en quelques secondes, sur celle qui tient la caméra, l’expérience de six minutes qui nous attend sera dure, éprouvante, unique. Le temps a fait son oeuvre, a abîmé les pictogrammes des sentiments, les climats tantôt chauds, tant frais. Les regards sont protecteurs puis lointains ; comme si Pam Risourié voyait, dans le destin de ses deux héros, un drame n’éclatant jamais au grand jour. Les secrets sont bien gardés ; à nous de les deviner, grâce à la musique.

Et si, finalement, notre vision était celle de l’être aimé, du père, du complice ? Si nous avions, nous aussi, notre rôle à jouer pour tromper l’ennui ? Lorsqu’elle nous sourit, elle nous appelle ; non pas à l’aide, mais plutôt à la consoler, voir au-delà des apparences, de la fausse quiétude des jours et des soirées. Le monde devient trouble. Nous sommes un fantôme, désespéré à l’idée de ne pouvoir veiller comme il le voudrait. Nous sommes, en-dehors du cadre, l’esprit de l’absence. La tristesse est tétanisante, appuyée par la force évocatrice de la chanson elle-même, pas cette bande originale du vide de l’être, du péril de l’humain. Les pistes se couvrent de feuilles mortes, échappent au sens. Qui n’est plus là, nous demandent les derniers plans de « Cinnamon Leaves » ? Une sensation brutale, marquante. Et l’envie de ne pas demeurer inactif face au désarroi et à la peine.

Noctessa de Pam Risourié, sortie le 29 mai 2020 chez Lofish Records / In Silico Records / Araki Records.


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