En plein Syndrome de Stockholm avec Otage

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Aujourd’hui, nous avons le plaisir de nous entretenir avec Otage, groupe de crust punk formé à Cambrai en 2018. Ils sortent leur premier EP en 2019, une oeuvre brutale, engagée, catharsis de leurs angoisses et de leur rage. À l’occasion du remastering de leur EP cette année, ils se sont prêtés au jeu de l’interview pour PUNKTUM !

PUNKTUM : Comment et pourquoi avez-vous formé le groupe ?

Otage : À l’origine, le groupe était un duo guitare/batterie permettant à deux frangins de faire de la musique ensemble. Un moyen pour nous d’extérioriser certaines choses et de rester occupés à une période où certains projets venaient de tomber à l’eau. L’envie de garder une trace audio du projet et l’arrivée de E à la basse ont tout de suite donné plus d’importance au projet. Actuellement, c’est celui pour lequel nous nous donnons le plus. Il nous permet de créer, de nous éclater en concert et de rencontrer des gens fantastiques.

Comment travaillez-vous ? Y a-t-il une tête pensante dans le groupe ?

À l’origine, les premières compos on été créées par J et N. Actuellement, c’est J qui compose la plupart des titres. On arrive donc en répétition avec un bloc de compos brutes que nous travaillons et réarrangeons ensemble plutôt intensément pendant plusieurs semaines. Ensuite, nous préparons des setlists et répétons de manière plus espacée en prévision des concerts. On peut dire que J gère le côté artistique (textes, musique et artworks), E s’occupe plutôt la logistique, le booking (sans lui, on ne serait clairement jamais sortis de notre chambre (rires)), l’identité sonore du groupe et le recording. N est le moins impliqué de nous trois, mais on ne désespère pas qu’un jour il se mette à la composition ou l’écriture.

Pourquoi ce nom,  » Otage  » ?

L’impression d’être pieds et poings liés, dans une prison plus ou moins dorée en fonction de ta classe sociale, au sein d’un monde capitaliste toujours plus crade, excessif et déshumanisant. Tu vis en ramassant des miettes de confort obtenues via l’exploitation d’autre humains moins bien lotis que toi, les oligarques façonnent un monde te rendant toujours plus dépendant de leur système d’exploitation… et si tu cries un peu fort, il y a des chances que tu y laisses un œil ou une main. 

Le nom du groupe vient de ce constat maussade, mais on ne désespère pas de nous délester de nos chaînes !

La culture fait partie d’un arsenal de moyens permettant d’améliorer le monde qui nous entoure, la scène dans laquelle nous évoluons… Utilisons-la !

Otage


Qu’est-ce que la musique vous apporte, qu’est-ce que vous en tirez ?

Comme pour beaucoup de groupes dans notre veine, il s’agit avant tout d’un exutoire bienvenu dans un monde malade. Mais comme dit plus haut, ce groupe nous a permis de faire de superbes rencontre, de vivre de beaux et bons moments, de créer et de pouvoir divertir des gens avec nos créations. Beaucoup de positif, en somme. Pour les lovés, il faudra repasser, par contre.

Plus sérieusement, c’est un projet qui nous met du baume au cœur, nous aide à tenir et à mûrir. 

Parlez de nous un peu de votre EP : Comment se sont passés la composition et la production ?

Il y a eu deux versions de cet EP. La première a été enregistrée en deux jours alors qu’Otage n’était encore qu’un duo dans le studio d’un ami, Simon Beudin (Boar Production), que nous saluons. Le tout a été fait dans l’urgence et nous n’étions pas encore rodés. Suite à l’arrivée de E, nous nous sommes mis à travailler notre son ainsi que le chant, et c’est tout naturellement que nous avons eu envie de réenregistrer l’EP pour qu’il colle au son live du groupe. La basse à été entièrement réenregistrée, les chants aussi. E a offert un mix et un mastering neufs à l’ensemble et on est repartis sur de bonnes bases. On est plutôt contents du résultat final et on espère que ça vous fait bouger la tête.

Est-ce que vous vous définiriez comme un groupe engagé ?

Dès le départ, le but était d’écrire des textes fortement engagés, accessibles à tous.tes et en français. L’étiquette « engagé » est complètement assumée, et on aurait difficilement pu faire autrement. Une musique agressive et crue pour décrire une réalité violente ainsi que la tristesse et la colère qui nous prennent parfois à la gorge. L’engagement ne s’arrête pas qu’aux textes, il s’agit aussi de promouvoir les actions anti-racistes, anti-capitalistes, féministes et anti-fascistes en concert, sur les réseaux. On discute aussi pas mal après les concerts avec le public, de plus en plus de personnes posent des questions sur les textes ; et ça, ça fait vraiment plaisir. La culture fait partie d’un arsenal de moyens permettant d’améliorer le monde qui nous entoure, la scène dans laquelle nous évoluons… Utilisons-la !

Quelles sont vos principales influences ?

Pour ce qui est du son, le crust, le grind et toute la niche fast punk nous influencent énormément. Parmi les premières influences du groupe, on peut citer REPROACH (thrashcore Belge), STRAFPLANET (fastcore autrichien) et le crust culte d’EXTREME NOISE TERROR. On s’est également beaucoup nourris de la scène punk française actuelle qui détruit tout avec des groupes comme MAREE NOIRE (d-beat Fr), qui nous a motivé à chanter en français, ou encore JODIE FASTER (fast punk lillois), qui retourne notre scène locale avec un discours hyper engagé. 

Pour finir, on aime beaucoup l’emo et le screamo pour ce qui est des textes et des messages. On pourrait citer CHAVIRE (Nantes) et anciennement BELLE EPOQUE, CONSTANTE (Rennes) qui prend le relais…


Qu’est-ce que vous voudriez que les gens retiennent après avoir écouté votre EP ?

Les refrains et slogans pour les chanter avec nous sur scène ! On espère surtout que ça les incite à venir en live, à creuser les textes… Si cet EP vous permet de passer un bon moment, de cracher vos angoisses, de vous sentir moins seul.es ou tout simplement de danser dans votre salon, ça nous va !

Si les deux dernières tracks peuvent sensibiliser certaines personnes à la cause animale, c’est tout bénèf’ également. Il y a encore beaucoup à faire de ce côté-là.

On planche actuellement sur la prochaine sortie qui risque d’être un peu plus consistante. Aucune date de fixée, mais ce sera sûrement pour mi-2021. Hâte de retourner en studio, dans tous les cas.

Vous êtes originaires de Cambrai. Que pensez-vous de la scène musicale des Hauts-de-France ?

On l’aime ! En terme de punk et de musiques extrêmes, la scène du Nord regorge de groupes qualitatifs, aux discours intelligents avec leur son, leur style. On a rencontré tellement de crèmes dans ce milieu, tellement d’énergie et de volontés. C’est très motivant ! On peut te citer GUMMO, JODIE FASTER, VETO, SICK NERVES, BILL THE DOG, MEURVILLE, FAKE OFF, SHORT DAYS, FALSE, AVORTE, NERVEN… La liste est longue. Allez checker leurs productions musicales et soutenirs les labels qui se saignent pour produire du physique de qualité accessible (on pense à DON’T TRUST THE HYPE RECORZ, MINGA RECORDS, SLEEPY DOG RECORDS…).

On salue aussi les orgas et les salles qui organisent des concerts quasi toutes les semaines (hors crise sanitaire bien sûr !).



Écoutez OTAGE ici !

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