On rembobine : « The School Nurse Files » de Lee Kyoung-mi et Chung Se-rang

Publié le par

Sortie en catimini sur Netflix vendredi dernier, The School Nurse Files mérite pourtant d’être vue de toute urgence, tant pour ses idées totalement déjantées que pour sa critique acerbe d’une pop culture asiatique bourrée de clichés et se transformant en sous-genre prêt à tomber aux oubliettes. Ou quand l’imaginaire le plus fou mène à une série exemplaire, satirique et sensible, voire inédite dans le paysage des (super)productions sud-coréennes.

crédit : Netflix

Ahn Eun-young est infirmière scolaire dans un lycée d’excellente réputation. Jeune femme apparemment sans histoire, elle dissimule cependant un lourd secret, celui-ci l’investissant rapidement d’une mission qu’il lui faudra mener à son terme : elle voit les sentiments que les personnes autour d’elles éprouvent sous forme de « jelly », une substance visqueuse proche du slime. Mais elle a notamment la capacité de déceler tous les phénomènes surnaturels qui, brutalement, commencent à se produire dans l’établissement où elle exerce. Aidée par un professeur de littérature chinoise doté d’une aura empêchant les monstres de le toucher, elle va lutter contre les forces qui se déchaînent sans discontinuer durant les six heures totales du show.

Attention, série à part. The School Nurse Files expose très rapidement son ambition : tailler dans le vif et les atroces gimmicks devenus monnaie courant en Orient, des fantômes aux animes pour enfants sans queue ni tête, des films de monstres à la K-Pop. Dans ce contexte, chaque scène est un formidable déroulé de ce qui, depuis longtemps, aurait déjà dû être pointé du doigt. Sans jamais ridiculiser ses sujets, le programme en décortique les absurdités sous la forme cependant angoissante et mouvementée d’une histoire brassant le tout avec intelligence et subtilité. Même l’humour parfois lourdaud est exposé à nu et, dans le cas présent, fonctionne parfaitement, pour peu que l’on sache l’utiliser. De héros attachants en situations rocambolesques et phosphorescentes, de créatures nées de l’imagination fertile des équipes en charge des effets spéciaux et des bruitages dont la liberté – et le résultat à l’écran – font plaisir à voir. Du burlesque (la chorégraphie précédant les cours, les canards passant régulièrement dans le champ de la caméra) à la fable écologiste, les aventures d’Ahn Eun-young surprennent, passionnent et, plus que tout, se démarquent remarquablement bien des erreurs trop souvent commises par ses semblables, allant même jusqu’à rendre le comique de plus en plus mélancolique ou, mieux encore, à inverser constamment les rôles des représentants du bien et du mal. Foisonnante d’idées créatrices, The School Nurse Files est une œuvre courageuse, pour ne pas dire téméraire, et qu’on ne cesse d’adorer au fil de ses révélations (la dernière partie traite habilement mais frontalement de sujets complexes, sans jamais sombrer dans le ridicule ; une corde raide parcourue d’un bout à l’autre avec une exemplaire intelligence d’écriture et de mise en scène). Dans son cinquième épisode, elle s’autorise même une réflexion à la fois poétique, violente et tragique sur la folie engendrée par la solitude ; un sujet que l’on est peu enclin à voir exploité sous cette forme dans les créations télévisuelles. Jamais indigeste, toujours fin et savamment exposé, ce mélange des genres achève de faire des aventures de la jeune femme et de ses partenaires un spectacle tout bonnement inestimable.


The School Nurse Files (Corée du Sud, 2020) de Lee Kyoung-mi et Chung Se-rang, disponible sur Netflix depuis le 25 septembre 2020.