On rembobine : “Metalhead” de Ragnar Bragason

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Présenté dans plusieurs festivals de cinéma international, dont le Festival International de Toronto, ​Metalhead est un rock movie islandais débutant dans les années 1980, à l’heure où le heavy metal s’instille doucement dans les pays nordiques. Hera est une digne représentante du topos de l’enfant évoluant dans l’insouciance, jusqu’au jour où elle assiste à l’accident brutal de tracteur – non-occulté à l’écran – qui entraîne la mort de son grand frère Baldur (no spoil, ce sont les premières minutes du film).

Terrassée par la douleur et le chagrin, elle s’enfuit de la cérémonie funéraire et rejette ce Dieu qui lui a volé son frère, pour se réfugier dans le heavy metal qu’il affectionnait, allant jusqu’à brûler ses propres vêtements pour prendre ceux à l’effigie de ​Black Sabbath ou de ​Motörhead ​dans l’armoire de Baldur. Elle se plonge dans l’univers de son frère comme pour continuer à le faire exister à travers l’appropriation de ses passions, s’oubliant presque tout en se découvrant l’impossibilité de travailler, de partir pour la ville ou de s’insérer dans sa communauté. Elle adopte une attitude marginale, tout à la rébellion contre ce monde injuste qui ne la comprend pas, cherche le réconfort dans l’alcool et la musique, et la liberté dans des actes de vandalisme prenant à mesure de plus en plus d’importance. Ses parents, issu.e.s d’une société religieuse et taiseuse, sont inquiet.e.s, mais n’ont elleux-mêmes pas discuté de la perte de leur fils, se parlent de moins en moins, se perdent à petit feu. L’apparition du nouveau prêtre de la paroisse, Janus, enflamme les esprits et délie les langues, permettant d’entrevoir une issue à ces situations individuelles si douloureuses.

« Metalhead » n​ous parle de thématiques douloureuses, de destins brisés, tout en présentant une culture marginalisée, complexe et belle, à l’image de son héroïne.

Metalhead ​est un film dans lequel le heavy metal est incessamment présent, que ce soit en fond musical ou esthétiquement, s’attachant à en présenter la culture, la non hostilité envers les populations et l’Église (on y voit même des jeunes métalleux aider à construire une église) et les effets cathartiques d’un genre “qui parle de la réalité, de la mort, de la guerre, qui dit les choses comme elles sont”.​ Metalhead n​ous parle de thématiques douloureuses, de destins brisés, tout en présentant une culture marginalisée, complexe et belle, à l’image de son héroïne.

Ragnar Bragason nous livre un film finalement lumineux, qui encore une fois s’attache aux rapports interconnectées parents-enfants (voir aussi les films ​Foreldrar,​ ​Börn​, Fíaskó​, ou la série ​Fangar)​, sans pour autant oublier l’individualité et la personnalité de chacun.e, quand bien même nous suivons avec plus d’attention les tâtonnements d’Hera. Son interprète ​Thora Bjorg Helga (Þorbjörg Helga Þorgilsdóttir) fut récompensée pour ce rôle par le ​prix Edda de la meilleure actrice en 2014, la plus haute distinction cinématographique islandaise, amplement méritée. Plus profond encore qu’il n’y paraît, ce drame est parsemé d’indices interculturels, pour une meilleure compréhension de l’oeuvre. Ainsi en est-il notamment des prénoms des personnages principaux, Baldur rappelant le dieu nordique de la jeunesse, du bonheur et de l’amour, le seul dieu également à mourir avant le Ragnarök, tué accidentellement, Hera nous rappelant la déesse grecque de la vengeance et de la fidélité, protectrice de la famille et de la vie, et Janus évoquant le dieu romain du commencement et de la fin, signifiant le passage entre passé et avenir. Un film important donc, sur différentes façons de faire le deuil d’une personne chère et de se reconstruire, sans pour autant rentrer dans le moule d’une société normative.


Metalhead de Ragnar Bragason, sorti en 2013. À regarder en VOD sur Outbuster !