On rembobine : « Les Quatre Cents Coups » de François Truffaut

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Comme certains de ses films viennent d’être ajoutés au catalogue de Netflix, on s’est dit que c’était l’occasion de se (re)plonger dans l’oeuvre de ce grand monsieur du cinéma, mais surtout une belle opportunité de revenir sur sa carrière. Critique aux Cahiers du Cinéma, père fondateur de la politique des auteurs et pionnier de la Nouvelle Vague, on ne compte plus les faits d’armes de François Truffaut, qui aura marqué son époque ainsi que l’histoire du Septième Art. 

Avec Les Quatre Cents Coups, son premier film sorti en 1959, François Truffaut propose une œuvre semblable à un best-of de ce qui faisait le charme de la Nouvelle Vague française, de ces décors naturels à ces histoires basées sur le quotidien en passant par cet argot omniprésent, cette réalisation qui respire la liberté et l’audace, et même la catharsis de l’auteur. C’est d’ailleurs cet aspect autobiographique insufflé par Truffaut qui lui permet de raconter une histoire d’une rare pertinence, et de livrer un véritable chef-d’œuvre du cinéma d’auteur. Car, oui, même si cela semble évident, on peut le dire : Les Quatre Cents Coups est un chef-d’œuvre, notamment grâce à sa mise en scène d’une sobriété et d’un réalisme criant – ce qui a d’ailleurs permis au film de ne pas prendre une ride -, mais aussi et surtout grâce à son scénario et ses thématiques. Antoine Doinel, superbement interprété par un jeune Jean-Pierre Léaud, est un adolescent de quatorze ans en quête d’indépendance. Entre des parents absents et une société sévère qui ne laisse place ni à la fougue de la jeunesse ni à la créativité, Doinel veut s’émanciper de cette vie morne et répétitive, ainsi que du destin aliénant que le monde lui réserve. C’est donc en faisant les fameux quatre cents coups avec son ami René que Doinel découvre et ressent ce sentiment de liberté qu’il convoite tant.

Les thématiques du film, qui sont toujours d’actualité, en font une œuvre foncièrement intemporelle. Doinel représente une jeunesse en perte de repères, qui n’est plus en accord avec les moeurs et les coutumes du passé, et qui tend à tracer sa propre route plutôt que de suivre la même voie que ses ancêtres. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec notre époque. Mention rapide de la musique composée par Jean Constantin, discrète mais sait se faire très émouvante, en particulier dans la dernière scène du film devenue culte et sublimée par le plan final, dans laquelle jaillit un regard-caméra de Doinel lourd de sens et sujet à diverses interprétations.

Les Quatre Cents Coups est un film sur la quête d’indépendance de la jeunesse. Véritable ode à la liberté, liberté que Doinel convoite plus que tout, mais aussi cette liberté créative revendiquée par la Nouvelle Vague. À l’instar d’un Antoine Doinel qui cherche à s’affranchir des contraintes du passé, les réalisateurs de la Nouvelle Vague s’émancipent des carcans du cinéma qui les précèdent, afin de laisser libre cours à leur imagination. C’est finalement en cela que Les Quatre Cents Coups endosse le costume d’un des films – si ce n’est le film – les plus importants de cette nouvelle vague de création.


Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, sorti en 1959. Disponible sur Netflix.