Nos 3 films de l’été (pour ne pas déprimer à la rentrée)

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Le blues de fin d’été s’installe lentement, sans broncher, dans nos quotidiens et nos esprits. On a eu envie de vivre ailleurs, autre chose. Il nous fallait un coup de pied, un réveil imprévu, de quoi être ému. Alors on a plongé dans les écrans du ciné, et on vous a dégoté trois films essentiels sortis entre le déconfinement et le mois de juillet, de quoi se ressourcer et redémarrer la machine sous la fraîcheur des nouveaux rayons de soleil !

Été 85

de François Ozon • sorti le 14 juillet

Par Juliette Monnier

Un film frais, jeune. Le petit teen movie que l’on attendait s’ajoute à la belle filmographie variée de François Ozon. Adapté du livre d’Aidan Chambers, La Danse du Coucou, son livre de chevet de jeunesse qu’il confie avoir eu envie d’adapter dès son premier long-métrage, le film d’Ozon prend une allure intimiste et semble avoir été écrit pour lui. Si le roman se veut être un parcours initiatique, la structure narrative du film ne rend que plus évidente la question de l’adolescence en faisant passer Alex et David des rires aux pleurs, de la rencontre fusionnelle et kitch au drame le plus total. Ozon renoue ici avec des thématiques de toujours : l’adolescence, la quête d’identité, la sexualité mais également la place de la famille. Il réussit le pari de concilier cinéma d’auteur et cinéma dit « populaire » avec un film nostalgique sans en faire trop sur les années 80. Musique, décor et costumes sont au rendez-vous sans être dans l’extrême cliché de ces années si idéalisées aujourd’hui par la jeune génération. On apprécie tout particulièrement les paysages du Tréport et de Mers-les-Bains, ces grandes falaises blanches et ces boutiques laissées dans leur jus. Pour l’anecdote, le film devait initialement s’appeler Été 84, mais une des musiques phare du film « In between days » des Cure est sorti en 1985 sur l’album The Head on the Door… On s’adapte pour être cohérent ! Un film qui n’est pas inoubliable, mais qui a tout de même le mérite de mêler fraîcheur et drame, et de proposer un peu de nouveauté dans les salles de cinéma françaises. On le soutient !

P.S. : pour les sceptiques, le film a reçu le label Cannes 2020 et devait d’ailleurs se trouver en compétition officielle cette année.

Queen & Slim

de Melina Matsoukas • sorti le 12 février

(ressorti en salle après le confinement)

Par Juliette Poulain

Dans l’Ohio, sous les couleurs chaudes d’une nuit hivernale, deux jeunes afro-américains, Queen et Slim, concrétisent leur rencontre sur Tinder en allant dîner en tête à tête. Puis, ils repartent ensemble en voiture, se chamaillent en riant, et font un écart, remarqué par un policier qui les arrête. La conversation tourne rapidement à l’altercation, le flic tire sur la jambe de Queen. Slim s’empare de son arme et le tue. À travers ce meurtre commis pour se défendre contre un racisme latent et omniprésent, Melina Matsoukas pose toute la problématique de son premier film en quelques minutes. S’en suit la fracassante échappée de Queen et Slim qui ravive le mythe du couple en cavale à la Bonnie & Clyde et redonne du goût à une balade sauvage. La réalisatrice magnifie le road movie de sa propre esthétique, celle du clip, en faisant surgir de la lumière et du mouvement toute la souplesse et la beauté des corps de Daniel Kaluuya (« Get Out ») et Jodie Turner-Smith. Une chose est sûre, c’est la route qui fonde et forge le précieux lien qui les unit. Mais, au-delà d’une relation intime, cette traversée émouvante et chaotique des États-Unis déterre l’histoire du pays. Ce voyage impromptu se fraie un chemin dans la société américaine pour sonder ses failles, et particulièrement cette haine inextirpable de l’autre. Des violences policières – résonnant tristement avec l’assassinat de George Floyd – au racisme quotidien, le film remet complètement en cause la notion de justice. Au pays des shérifs, ne serait-elle finalement qu’une illusion ? De ces questions fondamentales mêlées à la beauté incomparable des plans se dégage toute la force d’un premier long-métrage très réussi.

1917

de Sam Mendes • sorti le 15 janvier

(ressorti en salle après le confinement)

Par Raphaël Duprez

Beaucoup ne jugeront le dernier film de Sam Mendes que sur la prouesse cinématographique qu’il représente. En effet, réaliser un long-métrage à base de plans-séquences complexes et de plusieurs dizaines de minutes paraissait aussi risqué qu’insensé, voire impossible sans les progrès d’effets spéciaux numériques permettant de dissimuler cuts et autres faux raccords. Mais 1917, à l’instar de la scène d’introduction de Spectre – dont il partage la même ambition – raconte avant tout une histoire au service de la technique, et vice-versa. Le but de l’artiste n’est pas d’en mettre plein la vue, de favoriser la virtuosité au détriment du contenu. Ils sont constamment imbriqués l’un à l’autre, de la traversée mortifère d’un champ de cadavres à la course effrénée finale pour empêcher une charge dont l’échec serait, sans intervention humaine, inexorable. Ne nous y trompons pas : 1917 est un film, un vrai ; une œuvre maîtresse du Septième Art actuel, dont la grammaire emploie les avancées techniques pour narrer l’humain, ses conflits intérieurs et extérieurs, ses démons et soulagements. À l’heure de la caméra frénétique et de l’épilepsie picturale auxquelles beaucoup se raccrochent pour susciter un semblant d’action rapidement indigeste (on exclura sans conteste possible Paul Greengrass de ce trombinoscope, sans pour autant répondre à la sempiternelle question « Mais comment fait-il pour rendre le mouvement rapide aussi lisible ? »), Sam Mendes prouve, à la suite des deux réussites de ses lectures des aventures de James Bond, qu’il est là non pas pour impressionner, mais pour conter.