Muzz, rock contemplatif et élégant

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Entre ses projets personnels et ses collaborations réussies (Banks & Steelz), Paul Banks (chanteur et leader d’Interpol) est un homme plutôt occupé, et rarement à court de créations. Ces quelques mois de break avec Interpol lui ont permis de remettre ça, donnant naissance à Muzz. Il a en effet retrouvé deux de ses premiers compagnons musiciens pour se lancer dans ce nouveau projet musical. C’est donc bien accompagné par Josh Kaufman et Matt Barrick qu’ils forment un trio 100% new-yorkais dont le seul but semble être de prendre du plaisir à créer, ensemble. Le premier acolyte du chanteur d’Interpol est un multi-instrumentiste et collaborateur bien connu de The National et The War On Drugs. Il participe également au trio folk Bonny Light Horseman. Matt Barrick, de son côté, est batteur des ex-The Walkmen. Les trois hommes sont amis de longue date, mais n’avaient jamais saisi l’occasion de collaborer de façon officielle sur un nouveau projet.

C’est donc chose faite avec ce premier album éponyme. Les premiers singles ayant annoncé la couleur, on y retrouve sans réelle surprise un rock contemplatif et élégant, à rapprocher plutôt du velours de The National que des guitares d’Interpol. L’ensemble de l’album dégage une douce léthargie -même sur « Knuckleduster » à la batterie enlevée – grâce à la magnifique voix de baryton de Paul Banks qui prend ici toute son ampleur.

Le rythme reste lent durant ces 43 minutes, et l’on pourrait rapidement s’en lasser si l’opus n’explorait pas autant de styles différents et avec autant d’applications et de vista. L’ouverture « Bad Feeling » est un parfait avant-goût du disque : une mélodie sensible et terriblement classe mise en valeur par des chœurs et des cuivres qui s’invitent par surprise sur la fin du titre. On est ensuite entraîné d’échappées jazzy (« How Many Days », « Chubby Checker ») bien agréables en expérimentations étranges (« Evergreen »), le tout pour un doux voyage que l’on ne voit finalement pas passer.

On peut légitimement reprocher à Muzz son manque de titres phares. Toutefois, en contrepoint de cette apparente uniformité, « Red Western Sky » se démarque de façon évidente.  Dans un jeu de funambule constant entre simplicité instrumentale et envolée psychédélique, ce nouveau trio trouve sa parfaite expression dans ce titre. L’album ne se révèle pas dans le clinquant, mais dans ces infimes petits détails derrière chaque composition qui le rendent si riche et sophistiqué.

Muzz n’est pas l’album le plus original de l’année, certes. Il est toutefois l’un des plus classes et soyeux que l’on ait entendus jusqu’ici.

Muzz de Muzz, sorti le 5 juin 2020 chez Matador.


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