La peur ultime de la solitude

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Le nouveau court-métrage de Marion Berry nous entraîne sur les sols gelés de l’angoisse et de l’isolement. Un huis clos dont les respirations extérieures sont de plus en plus angoissantes, au fur et à mesure de la révélation des événements dont sont victimes Cis et Jo.

On sait qu’un mystérieux phénomène, dont on ne connaîtra jamais la cause ni la place sur une ligne temporelle (nous sommes en 2034, nous indique le résumé de l’œuvre ; mais l’évolution de la situation ne sera possible que par nos propres suggestions), a changé à jamais la civilisation et notre planète. Sonen commence sur l’évocation chorale, en voix off, de noms et de jours, tandis que la caméra de Marion Berry révèle les conséquences du cataclysme en quelques plans lents mais définissant à la perfection une terrifiante conclusion, point de départ d’un échange de dix minutes qui nous retourne l’esprit et le cœur. Là où Heady, sa précédente création, distillait une angoisse féconde dans un noir et blanc propre à l’hallucination intime puis collective, Sonen motive toujours plus l’imagination du spectateur, alternant le dialogue, souvent illustré par les détails du corps de ses protagonistes plutôt que par la simplicité d’un champ/contrechamp, avec ces images de figures semblables à des totems ou des masques devenus inutiles pour se protéger d’une inéluctable contamination.

Le choix de Cis sera, on le sait, lourd de conséquences. La confection de Sonen s’articule autour de ce dernier, de ce qu’il engendrera et de ce qu’il implique, ici et maintenant. On n’est pas impuissant face aux faits qui nous sont exposés ; au contraire, la force de Marion Berry réside dans cette absence de décision, dans cette incapacité à dire s’il faut, ou non, appuyer sur le bouton et déclencher le destin. L’oppression de décors formidablement filmés et crédibles, la peur diffusée par la vision de simples flocons, la vue de ces yeux de verre vides et désincarnés suffisent à nous couper le souffle et nous empêcher de crier vers Cis, de l’aider. Tout au plus pourrons-nous entrevoir un salut dans les ultimes secondes de Sonen, dans les éléments du corps humain que nous scrutons en y cherchant les traces d’une éventuelle libération, d’une bouffée d’oxygène pur. Même si celle-ci semble impossible, le choc est, à lui seul, un battement cardiaque s’amplifiant et accélérant. Signe que tout n’est que fiction ; du moins, souhaitons-le.

Sonen de Marion Berry, visible sur YouTube depuis le 1er mai 2020.