Léo Lalanne : “L’idée c’était arriver avec rien et faire mes preuves”

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Au printemps dernier, le chanteur français sortait Allen, un premier EP où coulent les textes personnels sur les rives de l’électro-pop. Un an plus tard, il largue un remix de son titre phare Garçon avant de prendre un virage pour s’éloigner de l’intime.

Accommodé à une pointe de naïveté, la bienveillance de ce Garçon avait suffit à nous conquérir. Face au soi-même encore fébrile, Léo Lalanne a dressé cinq titres cathartiques, tout aussi épris d’une poussée optimiste que prêts à lâcher le morceau pour, toujours, trouver de quoi amarrer dans les remous de l’identité. Une année s’écoule et Léo fait le point sur ce premier EP concocté aux côtes d’Apollo Noir. Rencontre.

Crédits : Juliette Poulain

PUNKTUM : Sortir son premier EP en plein (premier) confinement, ce n’était pas trop frustrant ?

Léo Lalanne : Je bossais dessus depuis 2018 donc c’était pratiquement impossible de ne pas le sortir. Ce début annonçait plein de choses. Je ne me voyais pas le garder en attendant des jours meilleurs. Avec le recul, c’était trop bien. J’ai eu beaucoup de retours et de soutiens. C’est pas ce qui a fait le plus de streams, ni le plus de vues mais il fallait que ça sorte, peu importe l’impact. 

C’était un choix de le sortir seulement en numérique ?

Pas les moyens pour le support physique. Pas le public non plus. En plus, ça aurait retarder sa sortie. Le temps de le faire mixer, masteriser. Le temps que je travaille sur de l’image aussi. Les moindres frais retardent le processus de sortie. En soi, l’EP pourra être édité en vinyle plus tard. 

Ce premier ep, Allen, va bientôt fêter ses un an. Tu viens de sortir un remix de Garçon, le morceau d’ouverture…

Oui, j’ai travaillé sur ce remix avec Bapari. Ça faisait longtemps que je voulais le faire mais je n’avais juste pas trouvé d’artistes avec qui collaborer. Puis, j’ai découvert Bapari sur un edit de Vanessa Carlton. Elle fait des trucs dansants, hardcore, j’adore ! Elle a immédiatement accepté. Je voulais que ce soit un remix de Garçon car c’est le titre qui fonctionnait le mieux à la sortie de l’EP. 

J’avais envie de travailler avec quelqu’un qui fait quelque chose de complètement différent. Le but d’un remix c’est de s’éclater en prenant un virage à 360 degrés. Bapari a fait exactement à ce que je voulais. Garçon a quelque chose d’extrêmement lancinant, avec beaucoup de recul, très doux tandis que son remix c’est un truc explosé, genre Berlin à 3h du matin. C’est trop bien.

Comme elle vit à Los Angeles, Bapari est résidente à la radio NTS. Le fait qu’elle le diffuse sur les ondes américaines m’a permis d’ouvrir le public. Et, de façon générale, c’est intéressant de voir que le remix peut toucher des gens qui ne connaissent pas du tout l’EP de base.

Tu as récemment posté une photo sur Instagram en annonçant que d’autres remix d’Allen arrivaient. Tu peux nous en dire plus ?

En fait, c’est un nouveau single qui arrivera au printemps. Le remix de Garçon était tellement bien que je ne veux pas en faire d’autres. Il fallait que ce soit cohérent et instantané, avec la bonne personne, ici en l’occurence Bapari qui tout à fait réussi. Maintenant, il faut sortir des choses nouvelles.

En attendant, revenons un peu sur ton premier EP qui s’intitule Allen, en hommage à Ginsberg. C’est lui qui a déclenché ton envie d’écrire ?

Oui, c’est surtout lui qui m’a ouvert à l’écriture. Mais il y a d’autres piliers créatifs comme Wolfang Tillman qui ont suscité ma curiosité artistique et littéraire. Ne serait-ce que ma rencontre avec Apollo Noir, qui a composé et produit mon EP. Il a forgé cette envie. Notre relation m’a, en quelques sortes, incité à me diversifier et à écouter autre chose. Par exemple, l’ambient. Notre amitié m’a plongé dedans. Apollo Noir, c’est quelqu’un que j’admire énormément.

Comment s’est déroulée la composition de tes cinq titres avec lui  ?

J’étais très impressionné. C’était mes premiers moments en studio donc j’étais vachement en retrait. J’avais pas forcément confiance en moi, ni dans le projet. J’étais persuadé de tout ça mais quand tu débutes, tu tâtonnes beaucoup. Apollo Noir a enclenché plein de choses. Pierre à pierre, il a construit cet univers avec moi et m’a permis d’acquérir une certaine confiance.

On était dans son studio. La première chanson qu’on a enregistré c’était Garçon. Ça s’est fait en un après-midi. Les voix n’ont jamais été changées. Bien plus tard, on a essayé de les refaire et ça fonctionnait pas. C’était ce moment-là, one shot. L’EP s’est bouclé comme ça, quasiment un titre par jour.

De Garçon à Caïds en passant Impair, ton EP est construit sur thème de la masculinité. C’est un sujet qui te tracasse ?

Cet EP était très personnel et à la première personne. J’avais envie de brosser tous ces sujets-là pour pouvoir passer à autre chose. Sur l’identité, Garçon est un titre important personnellement, mais il va au-delà de la masculinité et l’homosexualité. Il y a aussi le fait d’être ce garçon qui vient de province, qui n’était pas forcément promis à grand chose. 

J’ai eu une enfance assez chaotique. On m’a souvent dit que je ne ferai pas grand chose de ma vie. Si je pouvais trouver un cdi en tant que caissier quelque part, ce serait mon avenir. J’ai fait des saisons en tant que caissier, c’était génial, ça m’a permis de me casser à Londres après. On te mettait d’emblée dans la case de l’échec. Avec cet EP, l’idée c’était donc d’arriver avec rien et de prouver que je pouvais faire des choses, faire mes preuves. Installer quelque chose de plus personnel et abouti. 

Toutes ces chansons assez intimes ont un côté épistolaire. C’est comme ça que tu as pensé l’EP ?

Je n’ai pas forcément de schéma d’écriture. Tout est venu de manière naturelle. Londres a été écrit il y a très longtemps à Londres puis réécrit à Paris. Garçon et Caïds ont été écrits à Paris. Impair était en anglais, puis je l’ai traduit. Cet EP c’est vraiment un melting pot de ce qui traînait le long de mes textes et de ces choses, comme l’identité ou la question de la masculinité, qui venaient de naître quand je suis arrivé à Paris.

Le texte de mon nouveau single est complètement différent. Plus poétique et beaucoup plus ésotérique. Pas de « je », même si ça évoque un ressenti personnel. C’est plus général et plus abstrait. J’ai pris un virage en écriture qui vient avec le temps.

“Au-delà de la masculinité et l’homosexualité, il y a aussi le fait d’être ce garçon qui vient de province, qui n’était pas forcément promis à grand chose.

Léo Lalanne

Tu évoquais Londres, tu y as vécu longtemps ?

J’ai torché mon bac et je suis directement parti là-bas. J’avais commencé à bosser avant de partir, histoire de faire des économies. J’y suis resté de mes 18 à mes 26 ans.

Comment s’est passée cette excursion ?

J’ai bossé dans la mode. Sur des créations et dans des boutiques. A côté de ce taf, je faisais de l’écriture journalistique autour de la mode et plus généralement de la musique et de l’art. La recherche d’artistes était très galvanisante. Je suis parti à Barcelone pendant un an. J’écrivais pour Metal Magazine. Puis, je suis retourné à Londres où j’ai commencé à l’écriture poétique.

J’ai fait un recueil de textes que j’ai mis en images. J’ai enchaîné sur deux courts-métrages. C’était une super expérience car j’ai commencé à travailler ma voix, le spoken word et, en parallèle, à travailler sur l’image. C’était vraiment l’amorce de ce que j’allais faire par la suite à Paris.

En effet, ton identité visuelle semble toujours avoir une importance capitale.

Toujours.

Entre la lumière, les personnages et la minutie des plans, tes clips Allen et Caïds sont très esthétiques. La mode inspire ton travail vidéo ?

Pour les clips, je suis très inspiré par la photo. A Londres, j’avais fait une première vidéo qui s’appelait Nuit. C’était juste sur une lumière rouge et de l’ombre. Puis j’ai fait High dans une chapelle abandonnée du sud de Londres avec un mannequin que j’avais choisi parce qu’il faisait ma taille et avait les cheveux rasés. Il me ressemblait vraiment, c’était bizarre ! (rires) On a décidé de jouer sur cette ressemblance. Et le lieu de tournage était super inspirant, la chapelle était incroyablement belle. En photographie, je suis très influencé par Nan Goldin.

Qu’est-ce qui te plaît tant chez Nan Goldin ?

Ce quelque chose d’assez spontané et de très brut. Elle a fait tout un travail sur la communauté queer des années 1970-80 à New York. Elle accompagnait vraiment une communauté naissance et elle mettait tout ça en lumière avec les yeux d’une femme qui aime son entourage. C’est très intime.

Et ton prochain single alors ?

Justement, je suis en train de réfléchir à l’image du nouveau single. On parlait de 3D. En fait, non. Ça va à certains, mais ça ne me correspond pas. Il n’y a pas grand chose de très humain derrière la 3D, rien d’abrupt en terme de sentiments. Donc on fait bientôt un shooting photo pour la pochette. Et on a presque fini de mixer ce nouveau titre. Il sortira au printemps !


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