Le ciné pour s’évader : notre sélection ! (3/5)

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Pour cette troisième sélection, on avait envie de vous parler de nature bien verte, d’animaux de toute sorte – parfois extra-ordinaires – et, surtout, d’un autre monde, souvent rêvé. On vous emmène donc prendre une bonne bouffée d’oxygène printanière, quasiment estivale, à travers trois films bourrés d’imagination au goût éminemment écologique.

La Belle Verte (1996) de Coline Serreau

Par Elisabeth Kiehl

La Belle Verte fait partie de ces films qui, massacrés par la critique à leur sortie, acquièrent une certaine réputation avec le temps – Internet aidant, la scène du rétroviseur où Vincent Lindon s’écrie « C’est terriiiiiiible ! » est devenue culte. Et même si c’est un lieu commun, il paraît aujourd’hui évident que le film était en avance sur son temps, à en juger par la prise de conscience écologique de ces dernières années. La Belle Verte, c’est l’histoire d’une extraterrestre venue sur Terre à la recherche de ses racines ; elle s’appelle Mila et elle utilise son cerveau à sa pleine capacité (mais ce n’est pas Lucy) pour questionner nos évidences les plus ancrées. La fable écologique rencontre le conte philosophique grâce à un montage qui enchaîne les parallèles, les alternances, les ellipses et les illustrations. À grand coup d’oppositions et de contrepoints en tous genres, le film dresse un portrait, certes manichéen mais ô combien savoureux, d’une société de consommation qui n’en peut plus d’elle-même. À Paris, les voitures saturent le premier plan sonore et les trottoirs grouillent d’âmes pressées, malades, agités. Au contraire, les grandes étendues herbeuses à perte de vue sont synonymes de joyeux bourdonnements des conversations, de chants et de musique. Le film regorge de numéros quasi autonomes, allant des arts du cirque à la musique en passant par la danse. Ici, l’évasion est plurielle : évasion dans l’espace, évasion de la solitude, évasion de notre modèle de société comme unique option. Mieux encore, l’évasion est volontaire et n’est pas une fin en soi, mais plutôt une bouffée d’air pur avant de retourner essayer de bâtir un monde meilleur. La Belle Verte est un film didactique et thérapeutique. D’aucuns seraient tentés de le trouver trop utopique ou profondément idéaliste mais – hé – qu’est-ce qu’un film sinon une petite graine qui vient se loger dans la tête du spectateur ?


L’Ornithologue (2016) de João Pedro Rodrigues

Par Jules Dublé

Tout commence avec une cigogne noire. L’oiseau, rare, fait partie de ces espèces que les ornithologues rêvent d’observer dans leur milieu naturel. Seulement, pour Fernando (Paul Hamy), le héros taiseux de ce film à la beauté sauvage et hallucinée, le rêve prend des détours inattendus, jalonnés d’ombres et de fourches : hypnotisé par la majesté de l’échassier, il laisse une négligence précipiter son kayak dans des rapides qui le broient et l’abandonnent aux flots écumants. Au petit matin, il se réveille à demi nu sur une berge, en aval. Acclamé lors de sa sortie, cet ovni suscite l’égarement, à mesure que cette espèce de St-François d’Assise (pour son dialogue permanent avec la vie qui semble l’épier de toutes parts) fait face aux méandres de l’esprit humain, miroir flou de la rivière qui s’écoule jusqu’au générique. Et quelle rivière ! Les paysages à couper le souffle, saisis avec subtilité par le réalisateur portugais, qui n’en est pas à son coup d’essai, suffiraient presque à justifier un plongeon dans l’obscure clarté de L’Ornithologue. Mais les tribulations initiatiques du personnage joué par Paul Hamy, désarmant de sincérité, vont bien plus loin. Brouillant les frontières entre illusion et réalité, entre mythe et prosaïsme, João Pedro Rodrigues invoque une armée sans trêve ni repos de silhouettes hantées, dont la présence continue de nous troubler après leur départ. Au terme de son périple, s’il y en a un, Fernando sera-t-il encore Fernando ? Rien n’est moins sûr. Cette sublime parabole de la perte d’identité est un outil précieux pour nos petits corps reclus, qui en retirent un prétexte pour se diluer dans la quête d’un autre. À déguster sans attendre  !


Mon voisin Totoro (1988) de Hayao Miyazaki

Par Juliette Poulain

Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, Mon voisin Totoro est une belle porte d’entrée dans l’univers d’Hayao Miyazaki. Bien qu’il en ait l’apparence, son quatrième long-métrage n’est pas un conte, ni un voyage, mais un véritable morceau de vie aux allures oniriques, douces, voire même contemplatives, mais pas pour le moins tonique. Ces impressions émanent certainement des deux soeurettes héroïnes Satsuki et Mei qui viennent tout juste d’emménager dans une grande maison de campagne avec leur père. Leur mère, malade, est encore à l’hôpital. Miyazaki nous transporte à travers tous les thèmes qui lui tiennent à coeur, à l’instar de la nature et cette sensation de liberté, des liens familiaux, ici la paternité et l’absence physique de la mère, la place importante des femmes, une large palette d’émotions, et, surtout, l’imaginaire. Dans cette oeuvre, c’est Totoro, découvert par la petite Mei au cours de ses pérégrinations dans le jardin, dont on doute de l’existence mais qu’on accepte tout naturellement quand il se glisse dans le quotidien réel de la famille. Sur les traces d’un certain Lewis Carroll, le réalisateur japonais établit un basculement récurent très simple entre réel et imaginaire, aussi aisé que le mélange entre onirisme et aventure. Les grands derrière, les petits devant, ce film est conseillé à tout le monde !

Bande-annonce également disponible en VF ici !