Le ciné pour s’évader : notre sélection ! (5/5)

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Souvent représenté afin de paraître exemplaire sur de nombreux points, tant humains que moraux, le duo demeure l’un des emblèmes de l’évasion et de la liberté retrouvées, chacun de ses membres motivant l’autre à dépasser les barrières sociales les plus encombrantes ou restrictives. Il nous paraissait donc primordial de redonner vie à ces figures emblématiques du 7e Art, non pas en choisissant de flagrantes évidences, mais en rappelant que l’émotion et les sentiments, qu’ils soient musicaux, dramatiques ou oniriques, demeurent la clé existentielle majeure de la découverte de vies sans limites. La preuve par trois !

The Blues Brothers (1980) de John Landis

Par Charles Gallet

S’il y a bien un film, à mon sens, qui représente l’évasion, c’est sans conteste The Blues Brothers. Il est à la fois à l’origine de mon amour pour le cinéma et de celui pour la musique. Quoi de mieux que de suivre ces deux faux frères en mission spéciale pour sauver le couvent qui les a abrités pendant leur enfance ? Embarquer dans la voiture de police de Jack (John Belushi) et Elwood (Dan Aykroyd), c’est partir pour une épopée au cœur de l’Amérique, mais aussi de sa musique, puisqu’ici l’un ne va pas sans l’autre. En passant du jazz au blues, du rock ou au bluegrass, on traverse les États et on y croise des rednecks, des ecclésiastiques, des néo-nazis, des barbus, un aveugle arnaqueur à la gâchette facile et une princesse bien connue qui troque ses mythiques chignons pour un bazooka et un langage assez fleuri. Un régale du début à la fin, dont l’analyse vieillit avec celui qui le regarde. De l’évasion grand luxe, sans bouger, comme on aimerait en vivre plus souvent.


Mala Noche (1986) de Gus Van Sant

Par Kenzo Di Maggio

Premier film et premier grand film de Gus Van Sant, Mala Noche, film fauché à la nervosité et la beauté de la jeunesse documentée. Adapté du journal intime de Walt Curtis, anti-conte poético-politique au noir et blanc contrasté, narre l’amourachement éperdu et vain de Walt (Tim Streeter), jeune épicier de Portland, pour un immigré clandestin mexicain nommé Johnny (Doug Cooeyate). Chasse au bonheur dans une société qui chasse les heureux, Van Sant saisit une jeunesse sauvage éprise de liberté mais prisonnière de son quotidien, un jour le jour fait de petits rêves et de grands riens. Un film de déambulation sous forme d’invitation au voyage, figé et frustré, où l’évasion se fait par le fantasme, s’attrape par miettes et se perd dans une ville sans horizon qui s’étire jusqu’à devenir labyrinthe, lieu de chassés-croisés où l’un cherche tandis que les autres fuient. Van Sant ne fait pas dans l’apitoiement, sa beauté rebelle réside dans cette satisfaction du vain, cette plénitude du peu, magnifiée par une photographie aussi effervescente que sa jeunesse. Portland, ville morte où s’embrase la jouvence ardente, embrasse l’existence entre coup de poing et coup de langue. Mala Noche, évasion statique ou je t’aime moi non plus, l’art de faire s’épouser pour le temps d’un récit une jeunesse en fuite et une jeunesse en quête.


Sailor et Lula (1990) de David Lynch

Par Mathilde Prévot

Avec Sailor et Lula, David Lynch propose une virée surréaliste dans les méandres de son univers, remportant, par la même occasion, la Palme d’or au Festival de Cannes en 1990. Le long métrage se déploie à un rythme effréné, où le couple formé par Sailor et Lula nous entraîne avec frénésie dans leur cavale mouvementée sur les routes des États-Unis. Pris au piège d’un monde aliéné et violent, ils y croisent des individus énigmatiques et déjantés à souhait. La bande originale offre également quelques instants mémorables à l’image de ce duo démesuré qui s’arrête pour une danse déchaînée au beau milieu du désert sur le puissant Slaughter House de Powermad. Lula, quant à elle, se retrouve face à son hallucination, manifestation d’un inconscient, émergeant de l’obscurité sur la musique envoûtante « Wicked Game » de Chris Isaac, sans oublier Sailor chantant « Love me tender » d’Elvis Presley sur le capot d’une voiture au milieu d’un embouteillage. Road movie hybride et subversif, au croisement de plusieurs genres, Sailor et Lula oscille d’un extrême à l’autre, poussant les émotions à leur paroxysme. La richesse de ce délire lynchien est incontestable. Assurément rock’n’roll aussi bien dans le fond que dans la forme, il est tout bonnement électrisant.