Le ciné pour s’évader : notre sélection ! (4/5)

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Naufrage, traversée du désert et cauchemar fantastique, notre quatrième sélection prend un tournant déroutant en s’emparant de la dystopie et des accidents comme échappatoires. Si le fait de frôler la mort nous donne toujours des frissons, ces aventures rocambolesques éveillent indubitablement notre curiosité. Alors, entre effroi et fascination, on se laisse glisser sur une pente d’émotions vives délivrées par le Septième Art !

Sucker Punch (2011) de Zack Snyder

Par Simon Pouilly

Œuvre polémique du non moins controversé réalisateur Zack Snyder, Sucker Punch – premier film du réalisateur à ne pas être adapté d’une œuvre pré-existante -, sorti en 2011, raconte l’histoire d’une jeune femme surnommée Baby Doll, qui se retrouve enfermée dans un asile psychiatrique. N’ayant que cinq jours devant elle, elle décide de s’échapper avant l’arrivée du « High Roller » qui doit s’occuper de sa lobotomie. Elle s’enferme alors dans un monde imaginaire, où les missions qu’elle doit accomplir pour récupérer les cinq objets nécessaires à sa fuite deviennent des aventures épiques et bourrées d’action. Ainsi, le simple fait de s’introduire dans un bureau afin de voler des plans devient une virée dans les tranchées de la première guerre mondiale. C’est un film imparfait, mais complexe, qui avec ses scènes volontairement racoleuses tend un miroir inconfortable au spectateur. Avec son esthétique et sa structure narrative directement inspirée de l’univers des jeux vidéos, le film est à la fois une ode à la culture geek, mais également une condamnation de ses facettes les plus perverses. Une œuvre plus subtile qu’il y paraît donc, et qui rappelle bien que non : action jouissive et écriture intelligente ne sont pas incompatibles. À voir en version longue afin de profiter d’une fin qui transcende totalement le propos du film.


Gerry (2003) de Gus Van Sant

Par Félix Robert

L’irréductible marginalité que s’est efforcé de peindre Gus Van Sant tout au long de sa carrière perd ici pied dans un désert inépuisable qu’aurait pu photographier Ansel Adams, où la nature est peut-être plus bavarde que nos deux protagonistes : Gerry et Gerry (Matt Damon et Casey Aflleck). « Gerry », c’est le nom qu’ils se sont donnés dans ce décor de fin du monde. Comme si une part intime d’eux même s’était perdu dans les montagnes de ce voyage, où le chemin à prendre était devenu le sujet des disputes incessantes. Les longs travellings qui bercent le visage de ces adolescents en passe de devenir homme dans cette nature aride font directement écho aux Harmonies de Werckmeister de Béla Tarr. Même si le ton n’est pas le même entre ces deux films, le symbolisme porté par les personnages renvoient au même mysticisme. Un mysticisme qui ne trouve sa fin que dans un acte inéluctable qui clôt le film. Dans ce long poème épique au ton moderne, ces deux types perdus dans le désert seront vos guides dans cette nature incertaine. A vous de leur faire confiance.

Bande-annonce également disponible en VOSTFR ici !


All Is Lost (2013) de J.C. Chandor

Par Raphaël Duprez

Un homme et son bateau, un container, le choc et le naufrage. Puis, huit jours seul en mer, le naufragé luttant pour sa survie dans un environnement constamment hostile. Le postulat de départ de All Is Lost pourrait sembler un peu feignant, voire totalement dénué d’intérêt. Mais n’est-ce pas là, justement, le noyau dur de chaque long-métrage orienté vers l’introspection imposée par la solitude, vers l’évasion géographique et psychique ? L’œuvre de J.C. Chandor n’a besoin que de peu de mots pour raconter ses événements, pour attiser une succession passionnante de scènes durant lesquelles le spectateur ne peut que s’identifier au sort réservé à son protagoniste, malmené et gardant cependant chaque seconde d’espoir intacte. Des causes de son exil, on ne saura que peu de choses, mais bien assez pour nous faire comprendre que le départ était un besoin, une nécessité. All Is Lost n’est cependant pas un long-métrage initiatique ; il est une fin, la période ultime d’une existence qui aurait pu être toute autre. Robert Redford, 77 ans au moment du tournage, est impressionnant ; une force de la nature face au déchaînement des éléments et des dieux imaginaires qui les agitent et les mettent en scène. Rarement, s’accrocher au fil d’Ariane aura été aussi périlleux et salvateur, pour nous tous.