Le ciné pour s’évader : notre sélection ! (1/5)

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Après avoir écumé les films liés au confinement, on s’est dit qu’il était temps de déguerpir comme on le pouvait, en s’évadant à travers le ciné. On se lance donc sans plus attendre dans une première sélection sur la liberté et les grands espaces, deux thèmes que le Septième Art ne lasse pas d’entremêler. Évidemment, on a immédiatement songé aux road movies américains, mais nos choix vous emmèneront dans des traversées atypiques des États-Unis, tandis que la troisième oeuvre vous emportera dans un doux rêve japonais et enneigé. Éteignez la lumière, ça commence !

Une Histoire vraie (1999) de David Lynch

Par Mathilde Prévot

Pour se sentir moins à l’étroit, rien de mieux que de parcourir les grands espaces américains accompagnés d’Alvin Straight, incarné par le charismatique Richard Farnsworth dont le visage à lui seul suffit à exprimer toute la profondeur de Une Histoire vraie. Le film frappe par sa lenteur hypnotique qui défile au rythme d’une tondeuse à gazon devenue véhicule, pour permettre au vieil homme qu’est Alvin de rejoindre son frère, victime d’une attaque, à l’autre bout des États-Unis. Une allure propice à la contemplation, créant un curieux moment d’intimité au milieu de ce vaste territoire. Ne vous fiez pas aux apparences, c’est bien un long-métrage signé David Lynch. Tout son art se loge ici dans les subtilités, dissimulé dans les détails pour mieux se révéler. Cette étonnante progression sur les routes modifie de manière fascinante les perceptions d’un environnement en perpétuel métamorphose. Les paysages se déploient alors sur la sublime musique d’Angelo Badalamenti qui enveloppe le film d’une atmosphère suspendue dans le temps. Road movie atypique, l’oeuvre prend tout son sens dans les arrêts. Les rencontres y rejouent les images du passé d’Alvin. Les silences, quant à eux, sont d’une éloquence désarmante. Un film de l’épure, voyage du corps et de l’esprit où le regard posé sur les images doit se réinventer. Une ode à la simplicité dans ce qu’elle a de plus extraordinaire !


Little Miss Sunshine (2006) de Jonathan Dayton et Valerie Faris

Par Julia Vigouroux

Little Miss Sunshine ? Un road movie qui ne roule pas toujours très bien, un rêve d’enfant à l’inverse du rêve américain, une famille en route pour emmener leur fille à un concours de beauté aux allures… inattendues. Dans ce film signé Valerie Faris et Jonathan Dayton, s’évader est donc une expérience touchante et loufoque à la fois. Un exemple marquant est la séquence de Dwayne. Grand frère de la famille, embarqué dans ce voyage à contre-coeur, il rêve d’une chose, devenir pilote. Alors qu’il fait vœu de silence depuis plusieurs mois, Dwayne découvre qu’il est daltonien. Révélation qui fait bousculer son ambition et le van avec ! À huis clos, le jeune homme se métamorphose en une boule de nerf, ce qui oblige le père à s’arrêter sur le bord de la route. Dwayne sort de son silence par un monumental « Fuck! », très sincère. En dévalant la petite colline qui longe la route, il s’effondre. La famille entière l’observe d’en haut, sans agir. Petits et impuissants. Malgré la rancoeur qu’il déverse sur eux, sa petite soeur Olive arrive à le canaliser. La famille reprend sa route à toute vitesse dans l’espoir d’arriver au concours à temps. Une nouvelle péripétie qui se règle grâce à la cadette et c’est ce qui émane film tout entier, la force de l’innocente enfance. S’évader du quotidien, monter à bord d’un van entre le Nouveau Mexique et la Californie, se découvrir les uns les autres, accepter les imprévus de la vie, rire, pleurer, mais toujours continuer le voyage, pour Olive, mais aussi pour tous.


Takara, la nuit où j’ai nagé (2018) de Damien Manivel et Kohei Igarashi

Par Louise Schmitt

Kohei Igarashi voulait filmer un enfant, Damien Manivel voulait filmer la neige. De ce partenariat est donc né une fable contemplative dans laquelle un enfant déambule dans la neige. Sorti en 2018, Takara, la nuit où j’ai nagé est un film minimaliste dont la seule ligne directrice est l’observation de ce petit garçon, Takara Kogawa, empreint d’un grand désir, celui d’amener le dessin qu’il a fait avant de se coucher – une constellation d’animaux aquatiques – à son papa, qui travaille au marché aux poissons de l’autre côté de la ville. Emmitouflé dans ses vêtements d’hiver, Takara passe par-dessus le grillage de l’école pour découvrir le monde et paraît tout petit et fragile dans l’immensité du Japon enneigé. La caméra accentue souvent cet effet de démesure par des alternances de plans rapprochés et de plans larges, découvrant le chemin parcouru par l’enfant. On se demande parfois où sont les gens, grands absents de ce film, puis on se rend compte qu’on préfère finalement se perdre dans tout cette immensité immaculée avec Takara. Les réalisateurs ont laissé le jeune acteur, dont le prénom a été inchangé, le plus libre possible. Il est le véritable scénariste de ce film, jouant avec la neige, cherchant à se réchauffer, aboyant joyeusement avec les chiens qu’il croise, perdu dans le monde des grands. Sous l’oeil bienveillant d’une équipe très restreinte, Takara laisse innocemment libre cours à sa vision d’enfant. Ses réactions au monde qui l’entoure sont vraies. Il est maladroit comme le sont les enfants, il est surpris par les bruits inattendus, il a peur parfois, mais, surtout, il est joueur. Dépourvue de dialogues, cette méditation poétique est portée par une bande son tout aussi minimaliste, composée par Jérôme Petit, qui s’efface presque pour seulement accompagner l’atmosphère tendre de ce jour d’école buissonnière. Takara, la nuit où j’ai nagé est un film doudou pour les rêveurs, touchant de naturel, qui démontre toute la sagesse des enfants quand il s’agit de liberté.