Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédits photos : Hugues-Alban Bermond / Yann Morrison

Spleenarium : premier album Volume 1 disponible

Volume 1 est un laboratoire d’idées, un lieu d’expérimentations et de mélanges de substances musicales issues de sources particulièrement différentes. Regroupant les membres de plusieurs projets toulousains, Spleenarium a cherché, durant le confinement, un vaccin à la morosité autant qu’à la solitude et aux différentes façons de les laisser s’exprimer pour pouvoir mieux s’en libérer. La naissance de l’opus, véritable microscope par le biais duquel chacun est appelé à contempler les modifications mentales et corporelles provoquées par l’isolement, s’est peu à peu transformée en oeuvre vivante, corps folk ondulant au fil des apports génétiques qui lui étaient injectés. De nappes réverb amplifiant la dimension intime de l’ensemble à des cuivres et cordes permettant aux cobayes que nous sommes de franchir océans et frontières uniquement par la pensée, en passant par quelques distorsions temporelles et spatiales, Volume 1 distille ses ingrédients et molécules dans une parfaite continuité et une recherche inépuisable de racines généalogiques que seule la science mélodique est capable d’explorer. En résulte un travail d’hybridation passionnant, diversifié et dont il est difficile – pour ne pas dire impossible – de ne pas ressentir immédiatement les puissants effets. Plus qu’un disque, une théorie de l’évolution devenue, suite aux manipulations expertes de Spleenarium, une thèse que nous serions bien incapables de ne pas adopter ou de réfuter. Jugez par vous-mêmes en vous rendant dès maintenant sur la page FACEBOOK du projet.


Coup de coeur : Grandma’s Ashes

Deux possibilités : soit il faut être génial, soit totalement inconscient pour offrir, en l’espace de quelques semaines, des reprises radicales et parfaites de KADAVAR, MONOLORD, Queens of the Stone Age et Muse. Le point commun ? Trois prêtresses rock parisiennes en quête d’une spiritualité imposée à grands coups de riffs et de rythmiques s’imposant sans aucune résistance possible, tout en dansant sur les cendres de leurs ancêtres généalogiques. Grandma’s Ashes nous a purement et simplement retourné les méninges, ne ménageant à aucun moment sa peine pour laisser exulter une énergie électrique et cardiaque prompte à bouleverser nos petits tracas du quotidien en leur fichant de bons coups de lattes bien placés. De même, lors d’un live particulièrement mémorable des Capsules datant d’avril 2020, les compos « Daddy Issues » et « Radish Cure » diversifiaient à merveille le potentiel apparemment infini du trio, ce dernier ne se réfugiant pas dans des formes toutes faites mais, au contraire, cherchant constamment à dépasser les styles et ses propres capacités, allant sans crier gare du rock mélodique au noise ou au stoner, le tout dans une prodigieuse maîtrise et habileté de production apportant un son n’appartenant qu’aux trois artistes. Se pose alors la question ultime : comment font-elles pour parvenir à maintenir, sur la durée, ce potentiel à la fois extatique et structurellement hyper carré ? On se repasse les vidéos, et les regards, les gestes, les attentions constamment focalisées entre ces complices démontrent une cohésion de tous les instants, une rencontre qui n’avait finalement rien du hasard. Grandma’s Ashes est, et de loin, l’un des projets les plus palpitants de ces dernières années ; une reconnaissance en plein essor et sur le point de se concrétiser dans les mois à venir, à travers différents médias dont nous vous reparlerons forcément. En attendant, le phénomène vous ouvre ses portes sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Joy in Mess : nouveau clip  » Lost In Memories »

La pesanteur implacable des engrenages soniques de Joy in Mess transforme rapidement « Lost In Memories » non pas en quête de souvenir, mais en façon de marquer éternellement des instants, des sensations saisies sur le moment et pouvant prendre différentes formes. Qu’elles soient lourdes et tétanisantes ou, en quelques secondes, diffuses et aussi inquiétantes que rassurantes, elles traversent le titre dans des variations imprévisibles et spectaculaires. Axées sur des paroles interrogeant leur essence, leur intervention et leur persistance, ces émotions et marques au fer rouge dévalent les pentes de l’oubli en essayant de se raccrocher aux rochers glissants de la mémoire, dans des efforts surhumains que l’instrumentation et les évolutions vocales tentent de sculpter à grands coups de riffs appuyés et de rythmes abrasifs. « Lost In Memories » est loin d’être un voyage de tout repos ; ce serait même l’inverse. Mais sa complexité en fait l’illustration parfaite et idéale des tourments de la pensée, quand cette dernière est bousculée et malmenée par les mensonges, les idées fausses ou les influences néfastes de nuisances à immédiatement bannir. Ce sont ces escapades périlleuses que Joy in Mess dessine afin de résister aux éléments naturels et humains, d’imprimer par le sang et la sueur une empreinte durable et éternelle de la connaissance. Or, si celle-ci veut survivre, elle doit obligatoirement être exposée et respectée en imposant le silence, par le cri et l’amplification des arguments. Des aptitudes que les Rennais n’ont maintenant plus à démontrer. Toutes les preuves sont à votre disposition sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Fragile : nouveau clip « Sang Conclure »

Without A Fight avait été l’un des chocs discographiques de la fin 2017. En un album, Fragile parvenait à résumer plusieurs décennies de rock français, tant dans son agressivité qu’au fil de ses instants de doutes et de poésie mélancolique et nihiliste. Trois ans après, « Sang Conclure », ultime hommage au disparu, refait surface et nous saisit à nouveau par sa terrible force de prédiction autant que de prédication. Les images d’archives, souvent troubles ou confondues le long d’un tunnel sans fin, absorbent le texte d’une chanson désespérée, noire comme le silence et l’absence. Les définitions s’enchaînent, les traumas se dévoilent au grand jour. On s’accroche, la respiration se bloque, on essaie en vain de reprendre notre souffle. La biographie se parcourt sans que nous puissions la faire cesser ; non pas que nous le voulions, mais elle fait battre le sang dans nos tempes et accélère notre rythme cardiaque. Elle est limpide, trop peut-être, car d’autant plus douloureuse. « Sang Conclure » est une chute, un dernier hurlement avant l’adieu, une condamnation de la fatalité et du sort. Une conjuration dont l’amplification rageuse s’emplit d’une tristesse à fleur de peau, aiguisée comme la lame du rasoir le plus tranchant. Il faudra continuer à paraître, malgré les cicatrices. Or, celles-ci seront impossibles à cacher. Et, dans les heures les plus terrifiantes de la solitude et du manque, nous reviendrons vers cette fin, nous la réécouterons. Car elle seule sera à même de nous sauver de notre propre saut dans le vide de l’accablement et de la désolation. Fragile vous accueille, humblement et amicalement, sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Jewly : nouveau clip « I Am Strong Enough – Age 5/10 »

Se débarrasser de la substance noire, de la paralysie qu’elle crée en nous et autour de nous. Le deuil, la perte. L’impression que l’on demeurera à jamais dans les profondeurs huileuses et ténébreuses d’une dépression involontaire, prisonniers de sucs lents et acides rongeant notre volonté. Cinquième âge traversé par Jewly, cinquième épreuve toxique ; mais, sans doute, l’une des plus délicates à mettre en musique et en scène. Elle ne pouvait qu’apparaître devant nous, revêtir cette matière prompte à polluer les mouvements, à engourdir les muscles et les émotions. Comment respirer quand tous les pores de votre peau vous abandonnent et étouffent ? Comment vous relever quand le sol se dérobe sous vos pieds et que même vos jambes ne vous obéissent plus ? Le choc s’impose, traumatique, violent, avalant tout sur son passage. Les moments d’éveil repassent rapidement, en boucle, à ceux de l’endormissement volontaire, de la procrastination, d’un temps suspendu pour une durée indéterminée. Pourtant, en un regard, en une phrase, Jewly continue de se battre ; elle sait que le destin, dans son incommensurable cruauté, est une épreuve humaine avant d’être divine ou spirituelle. « Now I’m strong enough Dad, I get what is toxic, I know where I stand / I accept you’re in a better place but you will always hold my hand ». Tant qu’elle sent ses poumons se gonfler d’air, qu’elle parvient à laisser transparaître la blancheur immaculée du soulagement sous le pétrole intrusif de la prostration, elle témoigne et laisse perdurer celui qui n’est plus. Maintenant, elle est lui. Et elle lave, lentement, l’horrible carapace de l’anéantissement. Jewly exprime ses âges et visions rédemptrices face aux situations les plus nocives et empoisonnnées sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Sisterhood Project : nouveau clip « Human »

Face à l’adversité, aux regards méprisants et blessants, aux opinions défavorables avant même d’avoir ne serait-ce qu’un fond de vérité s’avérant rapidement insipide et archaïque, « Human » est un progrès, tant dans sa mise en scène que dans l’expressivité musicale et vocale qu’il véhicule. Lorsque l’on tombe, lorsque les violences du quotidien vous empêchent de vous relever, il y a, non loin, une passion apte à vous encourager afin de vous dépasser. Vous courez, vous criez, vous doutez puis vous vous abandonnez dans les bras de l’être aimé. Le nouveau clip de Sisterhood Project est un message foudroyant de beauté et de réalisme, une émotion dont la violence passionnée nous trouble, nous tétanise. Cette chorégraphie prenant le temps de s’interrompre durant quelques secondes, afin de ne pas se précipiter pour savourer la liberté totale d’être et d’exister, va bien au-delà du féminisme dans sa définition la plus commune ; elle incarne une loi novatrice, une opposition savourant sa prise de risque tout en sachant que, telle qu’elle nous apparaît, elle ne pourra que fédérer celles et ceux qui la contempleront. Le militantisme devient le décor de l’union, du baiser final qui, en plus de revêtir les atours d’un idéal enfin concrétisé dans l’esprit communautaire et social actuel, est d’une poignante sincérité. Rien ni personne ne sera dorénavant capable de s’élever contre ces sentiments et fusions ultimes. Car, en un peu plus de quatre minutes, toute forme de crédibilité passéiste ou d’archétype sexué vient bel et bien d’être rayé de la carte. Sisterhood Project nous invite à les rejoindre dès maintenant sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.