Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédit photo Clarys : Pascal Blua (Mousedesign)

Praïm Faya : premier EP Native disponible

Native creuse un sillon parfait dans le monde très fermé du metal français. En six titres dont les évolutions n’oublient jamais d’offrir un propos musical élaboré et sans temps mort, le premier EP des Rouennais de Praïm Faya dépasse, et de loin, les genres qu’il revendique, abordant avec respect et énergie l’art extrême dans toute sa sombre splendeur. La production est d’une étonnante fluidité, chaque instrument et arrangement parvenant à nos neurones avec une focalisation rendue possible grâce à l’élaboration de mouvements constants, de riffs et rythmiques dont la complémentarité n’est jamais une démonstration de force. Touchant à la perte de l’individualité et de l’humanité, Native nous incite à imaginer les socles érigés en pièces maîtresses d’un lieu hors de notre temps, d’une cité lovecraftienne non pas effrayante mais bel et bien rassurante. De chants païens en hymnes ensanglantés et sacrificiels, de prédictions apocalyptiques en reconnaissance d’une terre nourricière massacrée par le commun des mortels, l’opus va droit à l’essentiel pour mieux invoquer les inéluctables ténèbres des sept minutes fulgurantes et ensorcelées de « Crimson Comet », chronique de la renaissance d’un être cyclopéen apte à rebâtir de plus stables fondations sur les cendres encore fumantes d’une civilisation ayant causé sa propre perte (« Crépuscule »). La noirceur de l’œuvre est passionnante, ne sombrant jamais ni dans la morbidité, ni dans des travers techniques ou thématiques trop souvent ressassés. Un disque hanté par les démons et merveilles que les psychés de ses auteurs ont condensé sur une offrande qui, à elle seule, pourra sauver le peu de vie qu’il reste en chacun de nous. Ouvrez les portes du royaume venteux de Praïm Faya via leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


thaïs : nouvel EP Paradis Artificiels disponible (Troublemakers)

Ce que thaïs conservait au fond d’elle-même et qui, il y a quelques semaines, s’est révélé à nous via « Sushi Solitude », ne laissait en rien présager de la bouleversante surprise que représentent ses Paradis Artificiels, ces substances de l’oubli et du vide, ces choix draconiens entre la noyade par alcools et hallucinogènes combinés et l’espoir quasiment sacrifié de sortir du marasme. L’œuvre se confronte à la culpabilité de sa créatrice, à ses sempiternelles questions portées par une hypersensibilité aussi utile qu’encombrante, voire destructrice. La meilleure manière de la canaliser se découvre dans les mélodies électro-pop d’un opus fragile, délicat et prêt à se briser si l’on n’y prend pas garde. Un cœur sur le point de se rompre, implorant les prénoms et les états sentimentaux, l’obscurité et les parfums rassurants d’atmosphères tantôt amères, tantôt sucrées. Paradis Artificiels essaie d’affronter ses failles et ses reproches, malmène la compositrice dans sa patience et sa colère retenues, sans jamais éclater en sanglots. Mais là où beaucoup verront de la pure et simple résignation, thaïs développe au contraire les humeurs réalistes de l’implication émotionnelle totale, dans l’amour et l’affection. Face aux angoisses, aux phobies et aux terreurs liées à la solitude, elle accepte les élans imprévisibles d’hormones contradictoires, changeant brutalement les sensations et les perceptions. Paradis Artificiels est honnête jusqu’au bout de ses ongles rongés et de ses intentions blessées et à vif. Le poème aigre-doux d’une requête dont on ne sait si elle se réalisera, de vœux amenés à se réaliser ou se heurter aux murs de la conscience. Admirable par sa sagesse, tragique par ses détresses et tourments. Humain, avant tout. Les confessions de thaïs sont à écouter et consoler sur sa page FACEBOOK.


Clarys : nouvel album De là disponible (accompagnement Microcultures / Kuroneko)

S’exiler du commun des mortels, de ses vœux pieux face à la consommation reine. Retrouver la virginité d’une poésie motivée par le mal-être mais se transformant lentement en délivrance, en échappatoire nécessaire. De là est un disque grave, scrutant droit dans les yeux les faiblesses humaines et intimes. Un combat de tous les instants, dont les épines rock nous arrachent quelques lambeaux de chair et lacèrent nos cœurs en peine, en souffrance. Clarys observe les circonstances, les tenants et aboutissants sans saveur d’un quotidien démoralisé et dénaturé, où le sexe, la violence et la soumission règnent en maîtres. Des boucles mélodiques acides ou apaisées, se protégeant des flammes en cherchant perpétuellement un coin d’ombre que la destruction ne peut atteindre. Visant les vestiges cachés d’une civilisation capable de ne plus se laisser emporter par ses propres outils et simulacres de sensations spontanées et sans avenir, l’opus demeure en éveil, en alerte ; blotti parfois dans les bras rassurants de la résignation et du malheur, il peut recommencer à hurler à n’importe quel moment. Le verbe de Clarys est aride, nerveux, maîtrisé. Il est le miroir extrême des lassitudes, des espérances bâclées et des lueurs soufflées par le vent de la discorde. Une fugue dissociative qu’il convient cependant de voir comme un accomplissement. Sous les mouvances nocturnes du doute, parmi les fantômes de cités devenues interdites, de leurs habitants abandonnés et de leurs rues sépulcrales, ou encore vers les routes d’une migration forcée pour les uns, voulue pour quelques autres, De là est un passage. L’observation d’un ailleurs imparfait dans ses apparences mais rédempteur par ses conséquences, sur Clarys autant que sur nous-mêmes. Les étapes de ce périple vous attendent sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


New Bleach : nouveau clip « Awake (Solo Acoustic) »

Ce qui se dissimule au creux de cette version acoustique d’« Awake », c’est avant tout une amplification de l’état émotionnel dans lequel le titre nous plonge ; cet intermédiaire entre le rêve et la réalité, entre ce que l’on désire et ce qui est. New Bleach parvient ainsi à nous faire douter de ce que nous regardons : la performance de Dominic est-elle en train de se produire, ou est-elle le fruit de notre imagination ? Même le piano, ses sonorités à la fois métalliques et en écho, apportent un supplément d’âme à une chanson d’ores et déjà ancrée dans le rapport entre bénédiction et perte. « Awake » s’interroge sur l’éloignement intérieur provoqué par l’absence, la mort, la distance impossible à résorber entre deux êtres que rien n’était supposé séparer. Ballade du vertige de la solitude, mais également d’une éternité qu’on ne peut briser, l’ode de New Bleach efface les routes infinies tracées entre ces esprits condamnés, pour le meilleur, à ne jamais se perdre. Le format clavier-voix multiplie les sensations à fleur de peau d’un poème transcendant le néant et son insondable silence. La bande son d’une lumière toujours visible, des siècles après l’acte qu’elle immortalise. Retrouvez les œuvres éblouissantes de New Bleach sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Burri : nouveau single « Altermodern »

Définition de l’altermodernisme : « contextualisation de l’art contemporain comme réaction contre la standardisation et le mercantilisme ». Voilà, débrouillez-vous avec ça. Pour celles et ceux qui pensent toujours que le concept (encore un) demeure malgré tout obscur, Burri va vous aider à y voir plus clair : patchwork de sonorités vocales étranges, de rythmes entre trip-hop et reggae et de nappes à la fois obscures et cruellement obsédantes, « Altermodern » préfère amplement relire sa copie en apportant ce qui manque à l’énoncé ci-dessus. En effet, sous les doigts de Nicola Mora, l’idée devient nettement plus fluide et, pour ainsi dire, hautement acceptable. Du vide de mots inconsistants, il parvient, en à peine quelques heures de travail intensif, à donner corps aux idées passe-partout d’une énième tentative de sublimer la création en la noyant dans des phrases insipides. Au moins, le titre que nous savourons ici contient la modification de l’interprétation et des arrangements, l’expérimentation low-fi de mélodies brutalement déracinées par la distorsion et, lors de ses ultimes secondes, d’un voyage acoustique modérant l’événement unique venant de se dérouler pour nous. « Altermodern » joue le jeu de l’extrême, trempant sa plume dans les encres les plus diverses et les moins prévisibles, pour un résultat axé uniquement sur le plaisir de se voir confronté, en parallèle, aux cauchemars psychiques et à la beauté harmonique. À vous de vous faire votre propre opinion dès maintenant.


Eliott Jane : nouveau clip « À la vie, à la mort »

Un regard en arrière : ce qui était, ce qui est. « À la vie, à la mort » permet au spectateur d’imaginer deux interprétations possibles : celle de l’amour perdu et celle, plus intense encore, d’une femme s’observant quelques années auparavant, dressant ainsi le bilan de ses égarements et de ses manques actuels. Dans un cas comme dans l’autre, le titre d’Eliott Jane, de même que son clip dont les mouvements de caméra et les passages en noir et blanc amplifient la constante nostalgie, est une prise de conscience, une conclusion nécessaire pour avancer et tailler la route. Errant dans les lieux du passé, elle dynamise et électrise chaque personne croisant son chemin, chaque morceau de béton inerte, chaque moyen de locomotion. Ainsi, quand elle nous regarde droit dans les yeux, elle avoue cette confession n’ayant rien d’une intimité mal placée, mais plutôt de ce qui aurait pu être si ce « dernier verre de trop » était bu, consommé, consumé. En plus d’être l’une des chansons les plus dansantes et motivantes de cette fin d’année, « À la vie, à la mort » nous ouvre la possibilité de faire la paix aussi bien avec nous-mêmes qu’avec nos réminiscences humaines ou spirituelles. Une ultime exultation avant de se lancer, à corps perdu, vers l’inconnu. Et de nous retrouver, tous, autour d’Eliott Jane, dans un rade perdu au milieu de nulle part mais qu’elle s’apprête à ressusciter, grâce à cette énergie nouvelle et pure qu’elle est parvenue à acquérir. Ses intentions et objets de désir sont à retrouver sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.