Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération

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crédits photos : Sébastien Marchal / Stéphane Perraux / Cole Smith / Simon Wright / Martha-Maria le Bars

Davy Sicard : nouvel album Bal Kabar disponible (sortie numérique) ; édition physique le 13 novembre (autoproduction)

Bal Kabar commence comme une émission de radio, un talk show dont les différents invités sont appelés à se manifester au fur et à mesure de l’avancée du disque. Une entrée en matière étrange de la part de Davy Sicard, mais très subtile lorsqu’on y pense : le musicien réunionnais va pouvoir, grâce à son disque, conjuguer le paraître et l’être en totale liberté, les images préconçues de la culture qu’il représente et son essence insulaire beaucoup plus profonde et intense. Le regard du compositeur se fait tantôt doux, tantôt acéré, observant la rapidité à laquelle le monde entier se précipite vers les gouffres abyssaux de la violence et de la haine d’autrui. Ce paradoxe emplit Bal Kabar de deux éléments primordiaux et inséparables l’un de l’autre : la danse, afin d’exulter et d’exorciser le mal universel, et la manifestation révoltée d’un être libre et maître de ses discours et propos. Chœurs et cris de soulèvement se manifestent dans leur plus limpide revendication, au fil de mélodies soignées et reflétant les promesses d’une aube qui, à défaut de tout changer, sera plus belle que la précédente. Un opus fort et fragile, dense et alerte ; chose trop rare pour ne pas être soutenue, d’autant plus qu’elle nous arrive d’une terre apte à se soulever et à nous entraîner à ses côtés. Davy Sicard vous explique ses raisons d’être et aspirations sociales et artistiques sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Jéhan : nouveau single « Tellement te dire » / Nouvel album Vivement Maintenant disponible le 13 novembre (avec le soutien de Lust for Live et de La Jument du Jeudi)

Une poésie de l’ordinaire, sans détour ni accords ou phrases inutiles. L’art du substantif manié par Jéhan est une confidence, une sincérité relevant de la mise à nu la plus totale, évitant les écueils de l’amplification émotionnelle. Il aime et le partage. La chanson déroule ses événements et instants de séduction, ses maladresses, ses regards et craintes de ne pas être à la hauteur. Tout cela sera-t-il réciproque ? Est-ce un coup de foudre ou une éternité ? Les souvenirs de Jéhan répondent aux interrogations de l’auditeur, l’histoire avance au gré de minutes parfaitement décrites de l’intérieur. Avec cette cruelle évidence : il faut parfois partir loin pour mieux éprouver l’absence et la dépendance. On ressent, viscéralement, les passages à vide et les explosions émotionnelles du chanteur, ses peurs sourdes et ses soulagements tant mérités. Tandis que les interlocuteurs changent, que les ultimes secondes ne tournent plus autour de la femme à laquelle s’adresse ce formidable poème, nous sommes heureux. Pour Jéhan et sa volonté, infaillible face à la réserve et à la patience. Ces émois humains qu’il explorera pour nous tous sur Vivement Maintenant, révélant ainsi sa multitude de sensations fortes et intérieures dans une dizaine de jours. Afin de patienter, retrouvez Jéhan sur sa page FACEBOOK.


Brotherwood : premier album From Basement… disponible

Il aura fallu creuser dans les décombres d’un rock sale et poussiéreux afin d’extraire les cadavres dissimulés dans From Basement…, premier opus volcanique et direct des Toulousains de Brotherwood. Car leurs compositions ne s’enferment pas dans la facilité d’un genre aisé, à coups de riffs prévisibles et sans audace. Constamment à la limite des bruits les plus ravageurs, des tonalités perçantes et hurlées d’une découverte macabre enterrée dans le lieu maudit ayant donné naissance au titre de l’album, Brotherwood s’use les doigts et les ongles jusqu’au sang, menaçant chaque seconde de ses guitares aiguisées et de ses mélodies vocales corrosives à souhait. La chaleur quasiment intenable du sous-sol finit par nous donner le tournis, ses odeurs nous bercent après nous avoir saisis à la gorge. Huit bocaux sulfureux contenant les restes humains d’un style qui, depuis des décennies, n’avait plus été aussi hargneux et mordant. Les saturations des basses, les pulsations irrégulières de la batterie et ces six cordes parfois contrariantes, parfois autoritaires, nous confrontent à une famille isolée de toute influence extérieure, se réunissant pour exhorter les démons du fuzz à vivre leurs virées nocturnes en toute liberté. De quoi réveiller les morts, certes, mais surtout les pulsions indicibles de nos esprits fragilisés par les assauts du quotidien. Un sabbat dont les flammes se voient à des kilomètres, dont les incantations se préparent à attirer beaucoup de monde et à rapidement changer la face lisse et passive de notre planète et de ses habitants. Un coup de dents et de couteau dans nos chairs, nous éveillant de la torpeur, la bave aux lèvres. Le livre des ombres de Brotherwood est à consulter dès maintenant sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Opinion : nouvel album Molly disponible (Flippin’ Freaks)

Molly s’apprête à vivre des aventures plus que mouvementées, malgré ses premiers pas souples et tendres. Bien évidemment, cela ne va pas durer très longtemps, et les vingt-deux étapes de ce double album complexe et intense risquent fort bien de modifier radicalement son comportement – et le nôtre. Opinion infuse son rock de façon pernicieuse, laissant les arrangements se poser lascivement, lentement, pour mieux nous exploser en plein visage. Des mélodies chargées de reverb et de saturation, de passages menaçants et d’autres plus rassurants. Une alternance de frayeurs et de consolations, manipulant l’auditeur jusqu’à ce que ce dernier soit incapable d’agir et de réfléchir par lui-même. Molly déchire les rideaux opaques dissimulant les coulisses de sa fortune et de son influence sur notre présent et notre futur, invitant même au bal une trompette suave et venimeuse dont l’intervention nous déstabilise totalement. Chœurs mortuaires et venus de l’au-delà, cauchemars ayant tendance à nous attirer à eux les bras (décharnés) grands ouverts ; l’opus invoque la schizophrénie, l’étirement de l’innocence face à l’égocentrisme ou les répercussions de souvenirs encombrants et menant droit à la folie. Un exploit DIY dont le professionnalisme et, surtout, la logique précieuse et carnassière n’ont toujours pas fini de nous obséder tant et plus. Si vous croisez Molly, arrêtez-vous et écoutez ses histoires ; on vous met au défi d’en ressortir indemne ou de l’interrompre. Dans les deux cas, c’est impossible ; et c’est tant mieux. Elle vous guette et se prépare à se ruer vers vous via les pages FACEBOOK et INSTAGRAM d’Opinion.


Amazone : nouvel EP Épisodes disponible (B&FF Records)

Épisodes se nourrit de cassures, de fissures le long desquelles les histoires humaines vont venir pousser et se greffer. Des désespoirs et désillusions, des solitudes en ruines que le temps use et râcle de ses griffes avides. Les saccades rythmiques des pistes synthétiques d’Amazone s’ancrent à la perfection aux paroles amères du groupe, à ses condamnations passives dont il demeure la victime non consentante mais résignée à l’acharnement du sort. Des syncopes envoûtantes, imprégnées de soulagement et de cruauté, de clameur et de pudeur dépassées par le besoin inné de ne plus retenir la souffrance. Des anecdotes susurrées, murmurées pour ne blesser aucune âme en peine, pour ne pas transférer le malheur et la malchance sur les êtres qui, eux aussi meurtris, ont accepté de s’allonger aux côtés d’Amazone et d’écouter leur désarroi. Une beauté noire, évanescente, où guitares, claviers et rythmes amplifient les sensations fortes et malingres de ces contes de la folie ordinaire, quand tout peut basculer d’une seconde à l’autre. De silences en suspensions sonores emplies de couleurs ternes et volatiles, de saturations psychiques et instrumentales en cadences chamaniques, Épisodes narre la position de l’individu face à l’irrémédiable désastre qui, tapi dans l’ombre de la nuit, fera se dérober le sol sous ses pieds fragiles et libèrera les bêtes pour se repaître de sa présence. À moins que les odes incantatoires d’Amazone ne nous convient à rejoindre la meute ? À nous de faire le premier pas, sans hésiter. La suite se révèle à vous sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Bakar : nouveau clip « 1st Time »

Le quotidien du couple que nous suivons le long de « 1st Time » n’est en rien imprégné d’un romantisme inutile ou exacerbé. Il est honnête, les gestes de tendresse et partages se faisant le plus spontanément du monde, sans peur de ce que l’extérieur pourrait en penser. Les lumières naturelles alliées au groove limpide et soyeux de Bakar achèvent de transformer cette expérience en une formidable tranche de vie, unique et belle, sobre et sincère. Tout est, ici, une première fois. Chaque nouvelle aube est un recommencement. Un naturalisme citadin éblouissant, mais n’étant jamais à l’abri du drame, même si ce dernier ne demeure que temporaire. Il n’y a pas de place pour le fantasme de la perfection dans « 1st Time ». La violence d’une dispute ou d’une confrontation sur les quais insalubres du métro percutent l’esprit du musicien, restent là tels les traumas d’une vie soumise au risque, à la mort rôdant en silence, à la menace de ne plus renouer, encore et encore, avec cette renaissance régulière qui, à elle seule, parvient à occulter les difficultés. Les chocs visuels ont un impact encore plus marquant, lors des secondes durant lesquelles ils s’imposent. Le cri, la douleur, la haine courent sous la peau, quoi qu’il arrive. Mais nos deux amants le savent, et s’en éloignent dès qu’ils le peuvent. Face au destin, nul ne peut s’imposer ; mais le regarder droit dans les yeux, à deux, vaut toujours mieux qu’en solitaire. Bakar vous invite à consulter ses poèmes soul existentialistes sur sa page INSTAGRAM.