Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédits photos : Sylvain Deffaix / Alexander Schipper

TRAMBLE : nouveau clip « Aujourd’hui »

Un conte imaginaire contre la soumission, s’opposant à toute forme d’autorité face à laquelle il faut combattre. « Aujourd’hui » nous emmène à la rencontre de deux enfants dont l’identité est dissimulée sous des masques de carton et de tissu, apparences anonymes mais se démarquant d’ores et déjà du commun des mortels. Au fur et à mesure de la progression de la nouvelle chanson de TRAMBLE, l’avancée du duo nous permet de voyager, d’observer un monde à l’arrêt, passif, retenu par la grisaille ambiante. Les vestiges d’une culture passée se lisent sur les vêtements et les sacs, comme les souvenirs précédant une apocalypse que nous ne verrons pas. La solitude est là, liberté ou conséquence imposée par l’aliénation des masses ayant conduit à la perte d’une humanité égarée. L’aventure de nos héros est attachante, ne versant jamais dans la mélancolie mais demeurant, au contraire, au plus près d’une innocence retrouvée au cœur de la simplicité. Le tourbillon que nous atteignons, spirale d’habitudes n’ayant plus droit de cité, les pousse droit devant, vers les promenades en bord de mer ou à la découverte de mélodies inconnues. L’art de TRAMBLE s’imprègne de cette sobriété créative, de l’immédiateté d’une expression poétique à fleur de peau, frémissante et précise. Une lente marche vers l’évolution et le recommencement. Les poèmes sensitifs de TRAMBLE sont à retrouver sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


January Sons : premier EP The Arrogance Of Youth disponible le 30 octobre

Le titre ne représente pas totalement la musique des Marseillais de January Sons, et pour cause : si l’arrogance de la jeunesse ressemblait à leurs compositions, elle serait l’extrême inverse de ce qu’elle est supposée illustrer. Les compositions du groupe regardent aussi bien vers le folk que dans d’autres directions artistiques, le chant pop s’ancrant au fil de partitions acoustiques et électriques élaborées, qu’elles rassemblent quelques cordes autour du feu ou saturent l’air d’une intensité harmonique à la limite de l’implosion (magnifique « Frozen To The Bone »). Toujours au bord de la crise de nerfs, de la rage et de la rébellion face à un avenir tout tracé qui ne leur convient absolument pas (« Lifetime Lie »), les musiciens transforment la complexité de leurs œuvres en un ensemble urgent et sur le fil, déliant les langues et les émotions grâce à une focalisation exemplaire sur la signification des chansons et leur manière d’être exposées au plus grand nombre. Moment d’apothéose faisant figure d’objectif à éviter ou à atteindre pour mieux le malmener et le remettre en question, « It’s Not Gonna Change » ressemble bien plus à un cri de guerre qu’à une complainte bercée de désillusions et d’abandon. L’opus marque un éveil de la conscience de January Sons, un témoignage des peurs autant que des espoirs qui, quand on se focalise sur leurs sources, en découlent et motivent mes les plus réticents. Un disque passionnant et sans temps mort, dessinant quelques couleurs bienvenues sur les teintes noires et blanches des incertitudes de l’avenir. Tout ce qu’il faut savoir sur January Sons est disponible sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Icare Vertigo : nouveau single « Le combat ordinaire »

« le combat ordinaire » voyage dans l’espace et le temps, essayant de toucher le soleil sans se brûler les ailes. Le nouveau-né d’Icare Vertigo, celui-là même qui porte son nom, ne cédera pas malgré les avertissements répétés de ses géniteurs. Ode à l’imaginaire et aux pensées infinies, le titre ouvre des nuances pop aptes à porter la poésie francophone du groupe, l’histoire d’un héros que tout le monde semble avoir oublié, là-haut, mais sans qui nous ne serions rien. Basculant de l’enfance à l’âge adulte, l’être se nourrit des passions, des peurs, des idées multiples et insatiables du genre humain ; ce qui pourrait finir par causer sa perte, du fait de l’absence de repères terrestres qu’il évite et auxquels il n’accorde aucune importance. La rengaine le précipite dans le corps d’une créature que l’on prive de ses histoires, de ses contes et talents illimités pour créer et transmettre. C’est là toute l’essence de cette lutte, celle qui s’oppose à la résignation, qui considère la rationalisation de chaque chose comme unique objectif. Icare Vertigo déclenche en nous une furieuse envie d’écrire, de dessiner, de sortir nos instruments de musique ; et de laisser nos sensibilités divaguer, non seulement par opposition à la banalité du quotidien, mais surtout pour être nous-mêmes. Une splendide illustration de l’art, de sa définition et de son but ultime. En attendant leur premier album dont la sortie est prévue en février prochain, retrouvez les conseils et réconforts d’Icare Vertigo sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Christian Löffler : nouveau clip « Ronda I Cercle Stories »

La musique du producteur allemand Christian Löffler semble avoir été créée pour parcourir les canyons et rues ensoleillés d’Andalousie, où sa performance résonne dans chaque allée et structure architecturale. Un battement cardiaque unissant à la perfection l’électronique et les constructions humaines, le travail manuel et les atmosphères spirituelles du moment présent. « Ronda » est un embellissement constant et destiné à devenir éternel, la vision d’un compositeur et interprète respectant presque religieusement le lieu qu’il se doit de sublimer. L’alliance des jeux de lumière orangée et des sonorités douces et limpides qui les accompagnent est d’une tendresse et d’une dimension que l’on ne cesse d’admirer sans pouvoir prononcer une seule parole. Les plans aériens sont d’une beauté à couper le souffle, tandis que Christian Löffler accompagne le regard, l’admiration et la sagesse d’un instant unique avec autant de gratitude que de concentration. En six minutes, la piste se développe, frôle les aspérités de la roche et la terre cuite brûlante, appelle chacune et chacun à savourer l’instant. Ces secondes qui ne se manifesteront qu’une fois dans une vie et que l’on ne peut laisser nous échapper. Un sommet de poésie et de délicatesse, dont les prolongements artistiques sont à découvrir sur les pages FACEBOOK et INSTAGRAM de ce créateur décidément génial.


Emma Solal feat. Loane : nouveau clip « je t’aime je t’aime »

Sous ses atours de péché mortel (on imagine aisément les reproches de pseudo autorités religieuses visionnant ce pourtant magnifique clip), « Je t’aime je t’aime » est une leçon à tous les niveaux, y compris celui de la foi en l’être humain. Celle-là même qui, de plus en plus, est malmenée, rejetée et remise en question par le commun des mortels, mais qui trouve dans la chanson d’Emma Solal et de Loane une définition nouvelle, apte à nourrir les réflexions les plus intenses. « Je t’aime je t’aime » brise les barrières avec une intelligence forçant immédiatement le respect, le spectacle que nous admirons ici étant d’une authenticité émotionnelle totale. Deux sœurs, figures emblématiques de la réserve des sentiments, du refoulement de l’affection, savourant chaque instant, d’une gorgée d’alcool au contact des embruns en passant par le vent fouettant leurs visages. Elles sont belles, pures, entières. Elles vivent, simplement, en adéquation avec leurs convictions et leur rôle. Emma Solal et Loane exposent, sur ce précieux canevas, leur dialogue, leurs interrogations constantes de la sincérité de l’autre, des apparences trompeuses comme des surprises amoureuses. Entre le chant et le verbe, désir et conscience s’entretiennent, se cherchent, se contestent puis s’unissent autour des deux créatures qu’ils accompagnent. Au fil d’une interprétation habitée et puissante, la tendresse et le désir, l’imagination d’une vie parallèle mais que l’on peut toucher du bout des doigts, s’agitent, s’éclairent et nous sourient. Face à toute forme d’adversité, « Je t’aime je t’aime » répète l’évidence d’une attraction trop longtemps bafouée mais demeurant éternelle, se jouant habilement d’interdits n’ayant plus lieu d’être. Emma Solal vous confie ses émois et pensées profondes sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


October and The Eyes : nouveau clip « Playing God » / Premier EP Dogs & Gods disponible le 20 novembre (KRO Records)

Portant le complexe de Frankenstein à un niveau nettement supérieur, « Playing God » se visionne comme la rencontre idéale de l’expérimentation visuelle et d’une entité invisible qui, à force de vouloir dépasser Dieu, finit par ne plus être que l’ombre d’elle-même et l’antithèse de son propos. Le rock viscéral et poisseux d’October and The Eyes ne s’encombre d’aucune époque ni d’une interprétation particulière : la spontanéité créatrice de l’œuvre globale se suffit à elle-même et nous propulse face à une figure monstrueuse et sensuelle, une femme dangereuse et furieusement belle. La caméra tourne, l’observe, saisit ses mouvements lascifs et menaçants, sa colère explosive ou contenue. Acculée et en plein cauchemar, elle se rebelle et hurle, dominant dès lors celui – ou celle – qui pensait pouvoir la domestiquer. Démonstration violente et enragée des limites du pouvoir, de la subversion et de ses échecs à long terme, « Playing God » enflamme les sens et les esprits, faisant s’effondrer un patriarcat totalement à la ramasse, les symboles de l’omnipotence se trouvant dès lors brisés et fracassés sous les coups assénés par la musicienne et chanteuse. Un objet artistique dévastateur et hautement jouissif, dont on attend la suite avec impatience et fascination. October and The Eyes vous ouvre les yeux sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.