Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération

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crédits photos : Loeiza Jacq / Nick Bostick / Parri Thomas

Maxïmo Park : nouveau clip « Baby, Sleep »

Vingt ans d’existence et toujours un temps d’avance pour Maxïmo Park. À l’aube de la sortie de leur nouvel album, Nature Always Wins, le 26 février prochain (Prolifica), les Britanniques nous confient les expérimentations informatiques et psychiques de « Baby, Sleep » qui, contrairement à ce qu’indique son titre, n’a strictement rien d’une berceuse. Ni d’une promenade de santé, d’ailleurs. Une incision dans le virtuel, qui ne prend que quelques secondes, et le groupe se retrouve projeté au cœur d’un réseau dont l’ancienneté n’a aucunement entamé l’efficacité ou, du moins, les effets des messages subliminaux qu’il projette à l’écran. La multitude de couleurs, pixellisées ou sous forme de peinture, expose les transmissions neuronales d’une seule et unique question : « What does the future mean to you? » En trois minutes, le court-métrage redonne ses lettres de noblesse à l’adjectif « alternatif », tant dans les sonorités et la production du titre que dans le chant de Paul Smith, déroulant son argumentaire inspiré et chargé de sous-entendus sans jamais ciller une seule seconde. « Baby, Sleep » pourrait être l’histoire d’une dégénérescence, d’une dégradation de l’équilibre mental face à la modernité ; ou comment condenser une révolution de deux décennies en une VHS qui, si elle tombait entre de mauvaises mains, ferait de considérables ravages. Cependant, Maxïmo Park propage le virus idéal au cœur de l’image, possédant un jeune scientifique jusqu’à la transe totale. Ce que suscite également en nous le style toujours aussi racé et unique des natifs de Newcastle. En attendant la victoire de la biologie sur le genre humain début 2021, explications et cours de rattrapage d’histoire naturelle et artificielle sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Napkey : nouveau clip « Land »

entamée sur le superbe Nectar, on n’aurait jamais cru que la réflexion identitaire et la construction de la psyché humaine imprégnant le message de Napkey irait aussi loin qu’avec « Land » ; pourtant, dès sa première image, glaçante, la peur d’une génération malmenée et privée de liberté s’impose, implacable. Ce n’est pas un clip que nous regardons, abasourdis et impuissants. C’est un film, un court-métrage d’une qualité esthétique et scénaristique aussi admirable qu’éprouvante. Les ralentis suivant les enfants sauvages, tandis que la chanson débute par le constat le plus alarmant – « You are not yourself in the land where you feel the dark » -, annoncent le drame, au-delà du choc initial. « Land » est une guerre, une perte de valeurs essentielles où nous voyons nos descendants grandir au centre d’une répression active. Le message est grave, impactant nos rétines et coupant brutalement notre respiration. Terrifiant, violent, tétanisant, il enchaîne les moments de bravoures et les défaites, n’hésite pas à faire jaillir le sang du traumatisme et de l’injustice sans essayer une seule seconde d’épargner le spectateur, en pleine conscience de ce qui doit être exposé. Le réalisateur Aurélien Grellier-Beker (Ganache Studio) mène sa mise en scène dans un jusqu’au-boutisme radical, une souffrance qu’il communique aux êtres passifs que nous regrettons d’être tandis que la colère commence à nous animer, à nous consumer. Les ténèbres se referment, figures masquées d’un totalitarisme régnant en maître et capable d’annihiler notre futur si nous n’y prenons pas garde. Sans oublier, cependant, un ultime espoir ; un plan, magnifique et remettant au centre d’un système déréglé un espoir auquel il est impossible de ne pas se raccrocher. Œuvre d’art ultime et extrême, « Land » allie la poésie noire du sacrifice et la lumière d’une aube qui, tandis que nous l’attendons, pourrait tout changer. Bouleversant. Napkey mérite, au-delà des mots, tout votre soutien en les retrouvant sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Tim Burgess : nouveau clip « The Ascent of the Ascended »

Le but semble inatteignable. L’ange solitaire Tim Burgess entame son pèlerinage au milieu de terres désertées, escaladant les montagnes et les sentiers en montrant constamment sa propension à douter, à ne pas savoir où et quand le miracle va se produire. Si miracle il y a, bien entendu. Les tonalités pop rock de « The Ascent of the Ascended » se parent d’effets spacieux, de dérivations à ciel ouvert dans les échos de guitares appelant l’être perdu à reprendre son envol, à vaincre l’impossible. Le clip, réalisé par Tim Pope (qui, à 64 ans, donne encore une leçon de mise en scène à tous les réalisateurs en herbe de notre époque), est abrupt et poétique, s’autorisant également des incohérences scénaristiques malignes et admirablement imaginatives (l’ULM piloté par la créature divine est certainement l’une des idées les plus folles et attachantes que l’on ait pu voir au cœur d’un tel exercice). Poussé par le désir croissant de retrouver sa voie et sa fonction sur Terre et au-delà, Tim Burgess amplifie son ascension au fur et à mesure que les landes s’illuminent en accord parfait avec son visage, d’abord blafard puis, petit-à-petit, radieux et éblouissant. L’ironie humoristique et émouvante d’une figure religieuse et imaginaire que l’on n’oubliera pas de sitôt et auprès de laquelle on aimerait tant saisir les nuages et le soleil, au loin. En attendant son EP Ascent of the Ascended prévu pour le 27 novembre prochain (Bella Union), n’hésitez pas à aller toucher le firmament sur les pages FACEBOOK et INSTAGRAM de Tim Burgess.


Yann Tiersen : nouveau clip « The Jetty »

Une minute et cinq secondes. C’est le temps nécessaire à Yann Tiersen pour effacer le monde connu, le visible et l’invisible se conjuguant le long de la courbe de sa posture, au creux du phrasé de ses doigts. « The Jetty » n’a aucun besoin d’une mise en scène élaborée ou sombrant dans l’exagération artistique. Alternance de noir et blanc et de bandes colorées rappelant la pochette de son magnifique Portrait sorti il y a un peu moins d’un an, la captation réalisée par Steve Bliss scrute le musicien et le laisse guider un mouvement fluide, un plan-séquence n’hésitant à aucun moment à redoubler d’inventivité dans la perspective qu’il choisit. Tout le corps est en action, en transe, prisme essentiel de l’art de Yann Tiersen. Sons, respiration et regard propulsent immédiatement le spectateur au cœur du talent inné d’un écrivain sensoriel dont les armes créatives ne dissimulent plus aucun secret pour lui. Le Breton ne joue pas ; il est ce qu’il accomplit, ce qu’il anime. Le regard s’incline, se cache pour pleurer, incapable de retenir ces émotions brutes que « The Jetty » engendre dans le toucher, le son, le sens émotionnel de sa raison d’exister. On ne saurait dire ce qui est la cause du don du compositeur ;  tout au plus pouvons-nous en admirer et en vivre, de l’intérieur, les inoubliables conséquences, sur l’homme et sur le monde. Renouez dès maintenant avec les poèmes instrumentaux de Yann Tiersen sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Palo Alto feat. Thierry Zaboitzeff : nouveau clip « Rhizome » / Nouvel album Difference and Repetition disponible (Sub Rosa / Differ-Ant)

Difference and Repetition signe une collection de rencontres à la fois musicales et philosophiques. Celle, tout d’abord, de Palo Alto et Gilles Deleuze, penseur français dont les théories ont bouleversé le paysage intellectuel hexagonal. Celle, ensuite, du trio et d’invités de marque afin de donner artistiquement vie aux idées révolutionnaires de l’homme. « Rhizome » se doit d’illustrer, dans sa structure, le principe non-linéaire exposé par Deleuze, et déconstruit la composition en encerclant littéralement la performance possédée du violoncelliste Thierry Zaboitzeff. La dimension sonore de la piste est impossible à enfermer dans un cadre particulier, ce qui se révèle d’une fulgurante évidence lorsque l’on écoute le résultat au casque ou en augmentant le volume ; ce découpage entre improvisation et déviances expérimentales creuse le lit d’une existence se suffisant à elle-même et évoluant dans les formes informatiques mises en scène par Jérôme Lefdup. Cependant, considérer « Rhizome » comme hermétique au commun des mortels serait bien trop réducteur : en effet, la sensation d’étrangeté qui nous saisit se conforte dans la base solide des percussions, dans leurs pulsations entraînantes et parfaitement cadencées. L’œuvre y trouve une assise, un repère au cœur de la tourmente psychique et de la formation, devant nos yeux et dans nos cerveaux, d’un concept appelé à constamment évoluer. Un exercice difficile et risqué, mais que les interprètes accomplissent avec imagination et intelligence. Retrouvez Palo Alto sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Bell Orchestre : nouveau clip « IX: Nature That’s It That’s All. »

L’attraction comme divertissement et force naturelle, poussant l’individu à constamment remettre en question le principe même de mouvement. À travers des images d’archives dont le contenu relève du jamais vu, Bell Orchestre installe « IX: Nature That’s it That’s All. » et ses sonorités éthérées dans des ralentis ne remettant pourtant jamais en question le tournis et le vertige que nous ressentons face à ces jeux de foire d’un autre âge. Des sensations viscérales, la suspension de l’instant musical devant l’agitation perpétuelle. Aucun sentiment de malaise, cependant ; il y a une logique dans la conjonction des deux médias. Le premier, antigravitationnel, se passe de toute voix, de tout cri, ne laissant apparaître que la satisfaction de la nouveauté sur les visages. Le second, axé sur une forme harmonique ne s’imposant aucune structure précise, prolonge sans aucun mal la magie de la représentation picturale, son caractère intemporel pour les générations d’aujourd’hui. Car le spectacle vivant qui nous est ici offert pourrait bel et bien être une projection du futur, tant ces amusements nous sont inconnus. De même, Bell Orchestre distille une musique sans âge, sur laquelle les siècles n’ont et n’auront aucune emprise. D’une beauté évanescente, le titre parvient à dynamiser tous nos sens pendant ses quelques trois minutes, à rendre inaudible tout autre son de notre entourage proche ou lointain. Les dérivations structurelles et imaginaires de Bell Orchestre vous sont révélées sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Julien Appalache : nouveau clip « Une minute » (reprise Pomme)

Les covers réalisées par Julien Appalache ne sont pas de simples réinterprétations, des exercices d’entraînement dont l’objectif serait la création personnelle de titres inédits. Il y a ici, dans ce « Une minute » nous propulsant au cœur d’une époque visuelle et esthétique inconnue, la volonté croissante d’apporter un point de vue nouveau, une seconde lecture de la chanson originelle de Pomme. Là où la musicienne interrogeait en attendant une réponse, dans ses formes musicales acoustiques nous tendant les bras, Julien Appalache demeure dans la théorie, dans un possible dont la réalisation concrète paraît trop lointaine pour pouvoir se concrétiser. Ses sonorités atmosphériques, sa voix en écho le long de la route déserte qu’il emprunte dans la vidéo, amorcent une solitude interrogative, une attente de l’avis, du sentiment, du jugement précis et argumenté d’une part de sa performance et, d’autre part, de son implication totale dans le processus d’assimilation. La cohérence de son œuvre en devenir se maintient depuis maintenant plusieurs semaines, quête existentielle dont les étapes nous font immanquablement penser à Ginsberg et Kerouac. Traçant sa voie au fil de ses envies, Julien Appalache nous prépare son premier repos, C’est comme ça, pour le 20 novembre prochain (Neon Napoleon / [PIAS]). Embarquez à ses côtés via ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Lawrence Rothman : nouveau clip « Decent Man » feat. Lucinda Williams

La figure usée, en noir et blanc, d’Abraham Lincoln personnifie merveilleusement et dramatiquement le dialogue entre Lawrence Rothman et Lucinda Williams sur ce poignant « Decent Man ». Face à eux, en 2020, les dérives religieuses, raciales et politiques d’une Amérique de plus en plus divisée, phénomène amplifié par les dissensions volontaires d’autorités incapables de tirer la sonnette d’alarme. Dans le piano fatigué et lacrymal du titre, le fantôme du père du XIIIe Amendement de la Constitution des Etats-Unis abolissant l’esclavage observe, triste, accablé, ce que sa décision est devenue entre de mauvaises mains. Bientôt rejoint par d’autres successeurs ayant, lors de leurs mandats, prolongé ou marqué d’importants tournants sur la base d’une fondation pourtant destinée à devenir immuable, Lincoln nous hante, lorsque les deux artistes exposent leurs arguments et leur admirable complémentarité. « The Antichrists are playing God », énonce avec justesse et force Lucinda Williams au cœur de la chanson ; sans s’arrêter à la pure et simple symbolique de la foi et de ses dérives, « Decent Man » ne se montre jamais nostalgique d’une époque mais, au contraire, nous fait part de l’inquiétude en nette augmentation d’une majeure partie de la population mondiale, tous continents confondus. En posant cette question simple mais d’une terrifiante cruauté à l’heure actuelle : que vont devenir nos enfants si les prêcheurs apocalyptiques et les gouvernements autoritaristes, déformant continuellement le concept de démocratie et de tolérance, gagnent en puissance ? Le court-métrage, intense, nous alerte, nous motive à agir. À former, comme cela aurait dû être le cas depuis bien longtemps, une forme nouvelle de contre-culture non pas axée sur la violence, mais sur la solidarité et l’entente. De vains mots qui, grâce à « Decent Man », retrouvent en filigrane leurs véritables définitions. Les principes et idées du compositeur sont à explorer de toute urgence sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


dodie : nouveau single « Cool Girl »

Elle ne souhaite pas se comporter comme les autres, vivre la rupture ou la mésentente selon des attitudes toutes faites, des clichés sentimentaux erronés ou proches du cliché télévisuel et cinématographique. Finalement, « Cool Girl » se veut l’antithèse de l’exagération, la nonchalance quasiment désincarnée d’une femme que le destin est en train de malmener. Mais plus la chanson avance, plus le masque que dodie porte se fissure, celle-ci dévoilant sa difficulté à ne pas être assaillie par ses émotions les plus fortes et torrentielles. De même que la chanson, son calme originel et sa progression de plus en plus soutenue apportent une possible dérive de la volonté, la chanteuse et compositrice avoue les failles, les épreuves. La répétition du refrain, les échos des chœurs et des cordes deviennent un mantra que l’artiste garde au plus profond de son âme, qu’elle se répète pour ne pas craquer. Une conviction profonde, honnête et juste, tandis que ses constats s’éloignent du reproche pour ne laisser derrière eux que la réalité d’un monde intérieur qui s’effondre. Comme pour chaque expérience soumise à la souffrance, il faut faire le deuil ; et, souvent, celui-ci passe par un enfermement volontaire, en soi, pour soi. C’est cette phase qu’embrasse dodie sur ce titre émouvant et magnifique, entre ombre et lumière. Et qu’elle développera, c’est certain, sur son album Build A Problem prévu pour le 5 mars 2021. Les états d’âme existentiels et philosophiques de cette grande dame sont à découvrir dès maintenant sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.