Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédits photos : Julien Dirt / Tamara Seilman Films

Seeds Of Mary : nouvel album Serendipity disponible (Klonosphère)

Quand un disque est aussi bien composé et produit, même dans la catégorie bruitiste, il convient de le mettre largement en avant, quel que soit le média choisi. Serendipity n’est pas qu’un simple album de metal, une énième tentative de reproduire le riff ultime ou la puissance la plus dévastatrice. L’expérience à laquelle nous convie Seeds Of Mary est d’une incroyable complexité pour ce type d’opus, regardant tant vers le rock (« Sanity is Statistical ») qu’en direction de landes atmosphériques (la beauté froide et ténébreuse de « From the Void »), soignant ses vocaux clairs ou hurlés avec autant de modération que d’intelligence. Synthétisant l’histoire moderne de l’art guitaristique et rythmique, le disque casse les codes, les impulsions de batterie ou la notion même de solo, isolé dans des harmonies spécialement conçues afin de lui accorder une place à part et rapidement essentielle. Le soin apporté par les Bordelais à l’écriture est purement et simplement admirable, toujours juste et modéré, ces inspirations leur permettant de libérer la bête dès que le moment est venu ; ni avant, ni après. Impossible à anticiper tant il regorge de surprises et d’idées sonores impeccables (« Reinventing You » se pose en transition idéale par son apaisement calculé au millimètre près, au centre du système tempêtueux de l’ensemble), Serendipity est à n’en pas douter l’œuvre hexagonale électrique que l’on n’attendait plus, la symbiose du talent, de la technique et d’une énorme dose d’émotions brutes et fortes. À ne manquer sous aucun prétexte ; ce qui vous oblige, sans résister, à encourager le groupe sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


BAFANG : nouveau clip « Ngo Mee »

Un véritable plaisir coupable pour celles et ceux qui n’en peuvent plus des vidéos insipides, filtres et émoticônes d’une confondante inutilité sous lesquels nous sommes noyés au quotidien. Dès les premières images de « Ngo Mee », on sent qu’il se passe quelque chose, que l’ironie va être poussée à son paroxysme. La jouissance procurée par la musique de BAFANG, elle, marque une distance avec les clichés qui défilent et, par ce biais, semble rire d’actions que beaucoup accomplissent en les croyant originales. La perfection des stories telles qu’elles sont exhibées aux plus voyeurs d’entre nous est cependant impressionnante, preuve que le projet a bossé son sujet pour mieux le désintégrer en un peu moins de quatre minutes. Tout y est, des lunettes aux poses improbables, des messages subliminaux aux likes, des émerveillements faussement admiratifs à la qualité médiocre des thèmes capturés via l’écran du portable. Le court-métrage a dû demander un incroyable travail en amont, exposant à la perfection les dérives et scènes de la vie quotidienne qui seront oubliées aussi vite qu’elles ont été vues. Mais ce serait omettre la qualité instrumentale et vocale de « Ngo Mee », intense invitation à la danse et à l’explosion sensuelle et sensorielle des corps, à la libération des contraintes morales et mentales. Là encore, le paradoxe est alléchant et totalement incomparable. BAFANG illumine nos journées et nos futures semaines de solitude pour cause de couvre-feu. L’album Elektrik Makossa arrive le 27 novembre prochain ; le temps pour nous de ranger nos portables dans les tiroirs et de nous préparer à cette vague de chaleur annoncée, dont vous retrouverez les prévisions sur les pages FACEBOOK et INSTAGRAM de notre lucide duo.


Deafheaven : nouveau single « Daedalus (Live) » disponible / Nouvel album 10 Years Gone le 4 décembre (Sargent House)

Ce qui s’annonçait comme la tournée des dix ans de leur première démo, manière de célébrer la fulgurante expansion de Deafheaven, a dû malheureusement s’interrompre suite aux restrictions mises en place pour lutter contre le coronavirus. Au-delà de la déception, le groupe a pris la décision de se retrouver en studio pour saisir plusieurs captations inédites de huit titres de leur catalogue. À ceci près que ces dernières ne ressemblent pas à leurs modèles originels ; on parle donc bien de réinterprétation, et non de session live. Annonçant les multiples couleurs et charges énergétiques de 10 Years Gone, « Daedalus » embrasse à corps perdu la talent mélodique de ceux par qui, il y a quelques années, le scandale est arrivé, opposant fans inconditionnels et détracteurs criant à la trahison. Cinq minutes pour mettre tout le monde d’accord, du metal au post-rock en passant par le progressif. L’écriture de Deafheaven est unique et malléable, dynamique sans être extravagante. Ce qui rapproche d’autant plus le projet de nos humeurs, de nos colères et de nos mélancolies ; un cri aussi bien poussé du fait de la rage que des larmes. Le 4 décembre paraît dès lors beaucoup trop loin. Pour patienter, tout ce que vous devez savoir sur les Californiens est disponible via leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Undervoid : nouveau clip « Un Regard A Suffi »

Nous vous parlions il y a peu de la bombe se préparant à atterrir sur le Web et vos platines vendredi prochain, dans l’un de nos précédents articles à retrouver ici. Pour vous aider à patienter jusqu’au choc, il nous semblait évident de voir comment Undervoid considérait l’illustration de son rock nous ayant laissé abasourdis à travers le média visuel. « Un Regard A Suffi » nous confronte à un personnage anonyme, le visage dissimulé sous une capuche, mais dont on sait pertinemment qu’il nous observe tandis qu’il traverse un nombre croissant de paysages bien différents les uns des autres. L’isolement de l’être est total et contagieux, reflet de nos questions et justifications existentielles quand nous devenons les proies du doute ou de la distance. Plus la caméra se rapproche, plus la spirale est irrévocable, impossible à fuir. Cependant, dans l’oubli, des traits prennent forme, une apparence, une identité aboutissant à une existence qui, auparavant, se noyait inexorablement dans la masse. Le court-métrage, dans sa course effrénée, se mue en confrontation, en choix à faire pour se connaître, se reconnaître. Le dédoublement est d’une importance capitale : paraître ou être. Continuer à vivre dans l’obscurité, ou s’affirmer. Ce que Le Noir Se Fait instillait dans son art tempétueux et inclassable, « Un Regard A Suffi » l’amène à un tout autre niveau. Une révolte en forme de réconciliation, par-delà la peur. Les faces cachées du groupe vous attendent sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Des Roses : premier album 28.08 disponible vendredi

Depuis « Le Chalet », nous attendions impatiemment de découvrir Des Roses en long format, grâce à un album annoncé et finalement devenu réalité, que vous pourrez découvrir dès vendredi. Prenez cependant garde : 28.08 est bouleversant d’un bout à l’autre, surgi de nulle part et bousculant les aspects parfois trop abrupts de la pop en donnant à cette dernière une amplitude dont les échos s’insinuent sans peine dans nos esprits et nos cœurs. L’écriture du duo, émotionnelle à l’extrême, enchaîne sans épuisement ni relâche les minutes les plus déliquescentes qu’il nous ait été donné d’entendre depuis très longtemps, au creux de sonorités s’étendant à l’infini au-dessus des paysages maritimes dont ils se sont inspirés. Des Roses raconte les joies et les larmes, les séparations volontaires ou forcées, analysant entre frère et sœur les impacts et conséquences de toutes ces injustices ou, au contraire, des bonheurs qui en jaillissent, même éphémères. Un envol sans retour, une lévitation mélodique de tous les instants jouant avec les nuages et les perles de pluie, appelant les éléments naturels à l’aide pour y puiser une force nouvelle, une consolation. L’opus mobilise constamment nos cinq sens, vaporise ses parfums et caresse nos épidermes, tissant la structure volatile d’une cité céleste qui nous séduit puis nous emporte. Repère ultime de cette errance au-dessus d’un sol devenu inutile et paralysant, « Reviens moi » invoque la dépendance, la présence de l’inconnu pour parvenir à exister. Une piste d’une ampleur sauvage et venteuse, déchaînant en quelques notes et nappes synthétiques l’origine du monde onirique de Des Roses. Louis et Suzanne ont accepté la lourde tâche de rester proches de nous, quoi qu’il arrive ; à nous de leur rendre cette amitié et cette attention. Pour ce faire, répondez à leur appel en allant parler avec eux via leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Sofía Valdés : nouveau clip « Handful of Water »

De même qu’elle a choisi de se servir de ses nombreux apprentissages musicaux lors d’études l’ayant conduite du Panama aux beaux-arts, tant aux Etats-Unis qu’en Angleterre, la jeune Sofía Valdés écrit le journal intime de « Handful of Water » selon les images qu’elle projettent via son clip : en mélangeant les genres, les langues, les couleurs musicales et visuelles. Elle saisit sa différence et permet à sa spontanéité de définir son identité, sans pudeur ni exhibition. Tandis que les paroles enchaînent les questions existentielles que d’autres pourraient lui poser, les inquiétudes ou nombre de conseils inutiles, elle ne s’arrête pas un seul instant, savoure le moment, la présence en un lieu particulier et immédiatement unique, la compagnie des proches. Elle s’abreuve de cette eau pure, de la source vivante de son talent d’écriture et de composition. Portée par la pop, elle s’accorde des dérives vers d’autres tonalités plus mélancoliques ou ensoleillées. Et se met en scène dans toute sa séduisante sincérité : « They say out of site out of mind / That’s not what this is like » ; malgré les incertitudes, elle a raison et ne compte pas se laisser faire. Finalement, qui l’aime la suive, contre vents et marées ; ce que nous nous apprêtons à accomplir sans aucune hésitation, son charme et sa dévotion au destin qui est le sien méritant le plus intense des respects. Sofía Valdés vous attend, vous aussi, sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.