Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédits photos : Guillaume Kerjean / John Ogunmuyiwa / Laura Herz / MT Image

We Hate You Please Die : « Got The Manchu » (mini-clip/live report)

On ne remerciera jamais assez We Hate You Please Die pour cet excitant et formidable « Got The Manchu ». Petit retour en arrière : il y a quelques semaines, The Flaming Lips livre une prestation live de « Race For The Prize » en montrant chacun des musiciens et des membres du public enfermé dans une bulle en plastique, pour cause d’épidémie de coronavirus. La performance est saisissante et magistrale mais, forcément, branle-bas de combat chez les fervents défenseurs du spectacle vivant et du partage de sueur et de contact. Et, même si l’on comprend et partage totalement ce point de vue, il est impossible de nier que la démonstration était belle, voire réellement émouvante. We Hate You Please Die va encore plus loin ; car c’est bel et bien une orgie électrique qui se déroule devant nos yeux, remparts artificiels à l’appui. Un pogo endiablé que les protections amènent vers un tout autre niveau, une démonstration de force visuelle et esthétique qu’il est purement et simplement impossible de critiquer. Les plans s’enchaînent, vus de l’extérieur et de l’intérieur. Une magnifique frénésie rock, stroboscopique et communicative, remède parfait au nihilisme ambiant qui commence sérieusement à nous mettre en colère, surtout lorsque la joie du moment présent se lit sur les visages des heureux élus filmés dans le clip. La culture ne fait rien pour vous ? Dans ce cas, agissez par vous-mêmes. Et le Bubble Bump jouissif de We Hate You Please Die d’exposer une liberté reconquise et éminemment réjouissante. Rien que pour ça, retrouvez-les sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Luca Wilding : nouveau single « Ruby, Don’t Cry »

Déjà auteur des mémorables « Johanna » et « Heartachers », Luca Wilding nous offre aujourd’hui « Ruby, Don’t Cry », appel au réconfort dont les tonalités saturées, discrètes mais essentielles, laissent planer un sentiment de dépression, de mal-être. Le tourment de l’âme est illustré d’une manière forte, puissante et réaliste, sous les strates harmoniques d’une ballade tendre et lacrymale. Investi d’une mission délicate et demandant toute son implication personnelle et artistique, le songwriter dépasse le stade de simple narrateur pour donner vie à ses héros d’un ordinaire cruel et malfaisant. À travers sa chanson, il se doit d’agir, de dépasser le stade trop fermé de l’enregistrement, de communiquer. C’est à cela que l’on reconnaît le talent unique de Luca Wilding : ses créations sont les actes d’une pièce de théâtre moderne, les définitions précises et impliquées de rôles écrits et dessinés avec une extrême justesse. De la douceur à la corrosion de l’âme, « Ruby, Don’t Cry » développe une écriture épidermique, sensitive et vraie. La preuve ultime d’une remarquable volonté, d’un don accepté et respecté pour les douleurs et les rédemptions que ses lignes mélodiques et lyriques transforment en êtres vivants, afin de nous positionner en tant que témoins des dérives et des délivrances. Luca Wilding vous présente ces nombreux caractères sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


O Meara & Kucera : nouveau clip « Monolapse » / nouvel EP Shadowmen disponible (Gobsmacked Records)

Les pulsations étouffantes de « Monolapse » annihilent toute pensée, toute volonté de sortir du marasme industriel dans lequel le nouveau titre d’O Meara & Kucera nous plonge immédiatement. Même les décors désaffectés mis en scène, succession désincarnée et imbriquée de lieux sans âme, ne nous permettent à aucun moment de reprendre notre respiration. L’électronique selon le projet est violent, éradiquant toute autre forme artistique pour ne conserver que le bruit et la fureur. Une apocalypse numérique et nucléaire, réservant ses moments de luminosité accrue lorsque des sons cristallins déformés par l’épuisement et la distorsion essaient d’appeler à l’aide. Ce qui engendre une fascination totale chez le spectateur, une sensation d’attirance vers les boues chimiques et le vide, vers la menace d’une catastrophe programmée. Une sensation que l’on éprouve constamment à l’écoute de Shadowmen, EP désespéré et obscur, que ce soit dans le minimalisme irrévocable et sans issue de « Monolypse », au cœur de la lave incandescente de « Bunker », ou encore lorsque nous croisons les esprits tapageurs de « Shadowmen » et « Ma Chimes ». La technologie échappant au contrôle humain, suscitant chez sa victime un plaisir quasiment masochiste. Les cris instrumentaux rageurs du duo sont à retrouver sur FACEBOOK et INSTAGRAM.


Winfried Strauss : nouveau single « In The End, We Are All Dead. »

La pureté dans la dissonance. Le mélange sensoriel d’une limpidité rendue inconfortable et tourmentée par de simples variations sonores, discrètes tout d’abord puis omniprésentes et impossibles à contourner. Winfried Strauss aime nous immerger dans l’union du plaisir et du malaise, dans l’alliance de la lumière et des recoins obscurs d’œuvres étranges, inquiétantes. « In The End, We Are All Dead. » approfondit les paysages douloureux et fiévreux de Resonance, sorti quelques mois auparavant. Un nouveau titre résonnant comme une bande usée, un disque que le temps et les éléments n’ont pas épargné mais dont la transcendante beauté et les aspects visuels qu’il inspire sont une démonstration d’émotion vive et brute. Les accords s’abattent, improbables, à la limite de l’entente de chaque voix, de chaque touche. Des erreurs de la nature, l’encre humide d’une partition à moitié déchirée et imbibée des larmes de son auteur. On y découvre du deuil, de l’absence, de la perte ; mais, plus que tout, une puissante résignation qui, sous les doigts de l’interprète, n’a rapidement plus rien de fatal. Avec « In The End, We Are All Dead. », Winfried Strauss ouvre la boîte de Pandore et laisse les fantômes du passé appeler les âmes en peine du futur. Des créatures vaporeuses et fascinantes que vous pouvez rencontrer sur les pages FACEBOOK et INSTAGRAM du compositeur.


Coup de cœur : FRANCŒUR

Sans elle, le confinement aurait été encore plus déprimant. Avec générosité et gentillesse, FRANCŒUR a instauré un rendez-vous régulier, « FRANCŒUR t’invite dans son salon » : vingt-cinq épisodes sous forme de discussions, monologues et concerts privés bien loin du tout-venant disponible en streaming ou en direct sur les réseaux sociaux. L’intimité du lieu, la franchise mâtinée de pudeur et de sourires de l’artiste ont fait de ces instants virtuels un moment à part, délivrant à chacune et chacun d’entre nous une énergie douce et communicative. C’est certainement ce qui définit le mieux cette amie imaginaire dont les traits nous sont maintenant si familiers : qu’elle souffre de craintes, de mélancolie ou d’une indicible joie, elle les partage, les comprend et nous remercie de les lui inspirer. Il y a un an, D’où vient le nord, interrogation initiatique et poétique, imposait la chanteuse et harpiste comme l’une des figures de la poésie hexagonale, toujours prête à voir le bon et le mauvais en elle, ces traits distinctifs qui, au lieu de se transformer en traumas, se fondent dans son être et constituent une entité pleine, présente, consciente. Elle est geste, corps, voix, âme. Elle nous parle des guerres universelles et intérieures, des conflits psychiques et géographiques, des relations durables ou inachevées. Sans jamais se dissimuler derrière le rideau de l’introspection égocentrée, elle se sert du quotidien, le caresse ou le repousse, mais ne demeure à aucun moment indifférente à la multiplicité de ses bienfaits comme de ses souffrances. Une innocence dont le sourire cache parfois quelques larmes purificatrices, utiles à la maturité qu’elle gagne de jour en jour et insuffle en nous, par amitié, par amour. Il est inutile de désespérer, de ne voir que la fatalité face à nous ; FRANCŒUR nous guide, se risque à heurter les murs brûlants de l’incertitude, mais les fait tomber grâce à son don inné d’empathie et de création. Suivez-la dès maintenant sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Gin Wigmore : nouveau single « H B I C »

« Head Bitch In Charge », pour celles et ceux qui se demanderaient ce que signifient les mystérieuses initiales du nouveau single de la Néo-Zélandaise Gin Wigmore. Une forme d’autoritarisme imposé ? Pas du tout. Seulement une manière radicale de remettre les rôles à leur véritable place, de donner un grand coup de pied dans la fourmilière des figures soi-disant dirigeantes de notre monde en perdition. Que celui-ci soit intime ou universel, il passe ici sous le rouleau compresseur pop rock de la musicienne, prête à débattre sans se laisser abattre. D’aucuns y verraient une énorme prise de risque, si ce n’était la sagesse rageuse avec laquelle Gin Wigmore expose ses arguments : illustrant chaque pensée par une action, chaque phrase par une conclusion, elle résiste et affirme son discours grâce à une instrumentation dévastatrice et concise, dont les mélodies ne cessent de nous obséder, écoute après écoute. Ce n’est pas pour rien que le titre est spécialement dédié à la formidable Jacinda Ardern, incomparable et courageuse première ministre de la patrie de la compositrice. Une femme forte et exemplaire dans ses choix, ses paroles et ses actes, dont le parti a brillamment remporté les élections législatives du 17 octobre. Nul doute que nous avons encore beaucoup à apprendre des autres pays et cultures ; Gin Wigmore en a fait son cheval de bataille, et y parvient sans difficulté, impliquée jusqu’au bout des nerfs dans une lutte qui, grâce à des femmes aussi fortes que celles-ci, pourra peut-être, enfin, aboutir à d’imprévisibles et équitables décisions. Rejoignez Gin Wigmore sur sa page INSTAGRAM.