Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédit photo Genoux Vener : Jacques-Henri Heim

Solomun : nouveau clip « Home »

C’est exactement le genre de clip dont chacun de nous a besoin pour commencer un week-end marqué par la tragédie et les restrictions. Une pause dans la noirceur du quotidien, grâce au talent inné de Solomun, à son art de la musique électronique en tant que motivation et excitant corporel et spirituel. « Home » instaure une atmosphère musicale toujours aussi particulière, une empreinte propre à son compositeur. Dépassant les limites imposées par le genre, il laisse progresser ses arrangements, ses mélodies, au gré d’une action cinématographique dont la précision et le naturalisme demeurent constamment d’une justesse magnétique. Tous ces caractères que nous regardons, qui nous guident auprès d’eux pour accomplir rien de moins qu’une thérapie chorégraphique pluriculturelle, ont chacun leur rôle, leur identité, leur importance dans l’œuvre d’art globale que constitue ce superbe « Home ». La communion parfaite des images, des architectures et des corps nous immerge dans des scènes d’une puissance rare, tandis que le montage alterne les plans volés et d’autres ressemblant d’autant plus à des peintures mouvantes, colorées et saisissant tous nos sens. Dans l’attente d’un nouvel album prévu pour début 2021, Solomun signe une merveille de cohésion et de convergence, fédératrice et magistrale. Toutes ses infos sont à retrouver sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Helluvah : nouvel album Lonely Riots disponible (Dead Bees Records / Jarane)

Comme elle semblait l’annoncer grâce au clip crépusculaire et marquant de « Soleil noir », Helluvah avait en elle une rage qui, en plus de la consumer, ne demandait qu’à sortir, à cracher au visage de celles et ceux qui avaient trop tendance à la sous-estimer. De ce fait, ses Lonely Riots, ses révoltes solitaires, se muent rapidement en cri universel mobilisant tous nos sens et notre écoute active. Des saturations transfigurées par une écriture au rasoir, une âpreté à la fois troublante et hautement bénéfique. Comme elle le dit en introduction, « Different Now » dessine une incontestable différente, une recherche instrumentale fouillée et complémentaire de son timbre fragile et au bord du vide. Sexe, rébellion et désespoir s’agitent au fond de son esprit, se rebellent et enflamment l’essence de compositions sans concession, relectures personnelles du rock et de ses intentions premières. La surprise, totale, nous impressionne. On connaissait Camille fragile, pudique même ; sur Lonely Riots, elle change de peau, de visage. Elle existe, nettoie les boues saumâtres qui essaient tant bien que mal de la paralyser, consume les peurs et les hésitations (« Mon cœur est parti à la guerre »). Ouverture finale vers une fragilité éternelle, « Hysterical » achève de faire de cet opus un exemple de thérapie cognitive par le don de soi, entier, dangereux même. Helluvah s’élève et affirme un charisme qui, indéniablement, va longtemps nous porter dans les heures les plus ténébreuses de nos cauchemars et de nos besoins viscéraux de nous extraire du marasme. Rejoignez la grande prêtresse sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Amazone : nouvel EP Épisodes disponible le 2 novembre (B&FF Records)

Le quartet nantais Amazone ne fait pas de la pop. Bien sûr, il s’inspire de ses sonorités, de ses formes lyriques en français et de ses instrumentations et arrangements. Mais son art, ses capacités sont ailleurs : dans la déconstruction, les saccades rythmiques et les expérimentations mélodiques d’œuvres amenées à ne se rapprocher d’aucune forme connue. Épisodes pourrait dès lors ressembler à un patchwork trop hermétique pour le commun des mortels ; mais son intelligence est de rendre l’écoute éminemment active, car recelant mille et une idées que l’on ne cesse d’explorer, à l’infini. Chaque titre se distingue, vit sa propre existence, invite chœurs et chants dans des structures fragiles, des secousses sismiques dont l’indicible douceur est difficile à décrire. Figures éthérées, décors imaginaires rejetant les angles droits et les formes au compas ; l’opus n’est jamais lisse mais toujours lisible et d’une exceptionnelle fluidité. On ressent, à travers ces chapitres d’un spectacle unique, les effets secondaires précieux et indubitables d’une action continue, oscillant constamment entre la dureté des impulsions et la sagesse de la composition. Un disque mutant, tumultueux et dont les mille et une facettes excitent assidûment notre intellect et nos ressentis. Les mystères d’Amazone se dévoilent discrètement sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Crack Cloud : nouveau clip « Favour Your Fortune »

« Favour Your Fortune » ressemblera, pour beaucoup d’entre nous, à une dystopie dans laquelle la noirceur des drogues, la déchéance d’une société anarchique et la violence sont au pas de nos portes. Mais ce serait négliger la portée revendicative, la non-apologie innée et maligne du nouveau court-métrage de Crack Cloud ; introduit par un plaidoyer qu’il prendra plaisir à illustrer et déconstruire grâce au son et à l’image, le clip transforme le malaise en force, en relâchement d’un système punitif bien trop prompt à imposer ses lois basées sur le vide et le désert de l’argumentation. Sans jamais clamer haut et fort que l’opposition continue est la seule solution, Crack Cloud, ses acteurs et ses visages exposent frontalement de terrifiantes conséquences, universellement reconnaissables dans ces voix du monde entier qui s’élèvent et ne fuient à aucun moment le combat. Réaliste jusqu’au bout de ses ongles noircis par la pauvreté et l’abandon, le destin de Crack Cloud n’a pourtant rien de négatif ; car même ses gueules cassées, injustement emprisonnées, ne baissent pas les yeux. Une véracité du discours qui, si elle n’éveille pas les consciences, risque fort de les tourmenter jour et nuit. Voire de changer la donne, en projetant sur la répression le reflet de son propre ridicule insensé et injustifié. Rejoignez dès maintenant le collectif sur sa page INSTAGRAM.


Animal Triste : nouveau clip « Dancing in the Dark » (Bruce Springsteen cover)

L’intelligence de la reprise de « Dancing in the Dark » du Boss par Animal Triste est de se focaliser sur la solitude exprimée par les paroles elles-mêmes, cette pesanteur constante de l’oubli, de l’isolement. Appuyées par un noir et blanc d’une beauté mélancolique et dense, les intentions du groupe trouvent, au fil de la mise en scène, une justification de leur interprétation : sans jamais essayer de faire renaître l’énergie optimiste du matériau originel, le sextet amplifie le spleen inhérent à la chanson, ses regards sincères et envieux sur l’existence d’autrui. Ici, le rock est acéré, meurtri, désemparé. Quand il retentit, il semble appeler à l’aide, s’adresser aux absents, aux morts, aux rejets relationnels que rien ni personne ne peut justifier. Mais « Dancing in the Dark » ne sombre jamais dans un désespoir avide de sacrifices psychiques ; malgré son atmosphère lourde et infinie, il transperce le rideau du mal-être, de la solution radicale permettant de mettre un terme définitif à ces heures perdues et irrécupérables. Vif et terrassant, il est un témoignage respectueux et personnel envers l’importance du grand Bruce à travers les décennies ; celui-là même qui, avec le E Street Band, déchaîne les foules autant qu’il nous incite à une urgente introspection sur ses inoubliables The Ghost of Tom Joad et Devils and Dust. Animal Triste synthétise ces monologues et discours, en quatre minutes sauvages et volontaires. Leur premier album éponyme arrive le 4 décembre prochain (m/2L) ; on sera là, fébriles et impatients de les laisser exprimer nos peurs et nos délivrances. Suivez la meute sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Genoux Vener : nouveau clip « Métro Boulot Dodo »

C’est bien gentil de râler au quotidien en comparant les rames de métros à des bétaillères ; mais si l’on se penchait plutôt sur les causes, plutôt que sur les conséquences ? « Métro Boulot Dodo » de Genoux Vener s’y risque et accomplit cette périlleuse mission avec une acuité lyrique, musicale et visuelle qui forcent le respect. Au bord du burn out, Chloé et Pauline affrontent l’angoisse, la routine, les habitudes qui ne font que nuire à l’individu. En speed (la douche habillée) ou adoptant les gestes du commun des mortels pour se sentir exister (la salle de sport), leurs visages et regards, l’impulsivité rageuse de leur musique, la radicalité atone de leurs constats débités dans une suite dont la logique est d’une innommable cruauté, donnent un autre rythme à la narration ; il manque bien l’humain au cœur de ce système bien huilé selon ses propres apparences factices. C’est ainsi que les couleurs prennent le pas sur la grisaille mentale et professionnelle, sur des distractions qui ne signifient finalement rien. Pendant deux minutes, on a juste envie de coller des claques bien méritées aux adeptes de l’apparence, de l’image, du paraître finissant par devenir ridicule ; heureusement, sous ses intonations désespérées et prêtes à plonger dans le gouffre, « Métro Boulot Dodo » s’éveille, pète un câble bienfaiteur et nous entraîne avec lui aux côtés de deux femmes refusant de se soumettre à tous ces diktats sans saveur et, poussés à l’extrême, cherchant continuellement à annihiler l’hypersensibilité de celles et ceux qui, au moins, ont compris que tout cela ne rimait strictement à rien. Un magnifique bordel revanchard en guise de conclusion, et nous voilà en accord parfait avec Genoux Vener. On met ça en pratique avec elles dès qu’elles le souhaitent ! Pour préparer ce pur plaisir tout sauf coupable, retrouvez-les sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.