Last Call : l’actu musicale quotidienne sans modération (2e partie)

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crédits photos : Andréa B. Photographies / Jean-Baptiste Dominici

Obii : nouveau clip « Second Wind »

Fort Worth, Texas. Un désert suburbain, capté au cœur d’un noir et blanc aussi angoissant que solitaire. On se demande ce qui se passe dans ces rues, dans ces maisons alignées les unes à côté des autres, où aucune présence ne semble devoir se manifester. En suivant le quotidien d’Obii, « Second Wind » illustre à la perfection l’isolement forcé, cette forme d’indépendance que l’on n’a pas voulue mais qui, au contraire, nous a été violemment imposée. Comment vivre, survivre dans ce contexte, tandis que la menace, tant virale qu’humaine, peut surgir dans n’importe quel plan ? Le titre, magnifié par la production cristalline et emplie d’affection d’Ergy, porte les essences de la mélancolie, mais surtout d’un espoir. Il ne fait jamais réellement nuit dans « Second Wind » ; la lumière, même fugace, a son importance. Qu’elle soit vocale (le timbre du chanteur est d’une saisissante volupté et incarnation) ou visuelle, elle ouvre les paysages abandonnés, les horizons infinis. Ce vent d’une chance renouvelée, d’une urgente solidarité, c’est à nous de le sentir sur nos épidermes, de nous en emparer et de l’amplifier. Bande originale du désarroi et, en filigrane, d’une infinité de possibilités, « Second Wind » nourrit nos espérances, au-delà de l’enfermement. Tout ce qu’il faut savoir sur Obii est dispo sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Daria Arkova : premier single « Nothing » disponible le 30 octobre

Elle s’est fait connaître sur Youtube grâce à ses reprises acoustiques de nombreux titres issus de genres radicalement différents. Mais ce qui nous avait d’ores et déjà marqués à travers ces performances de Daria Arkova, c’était bel et bien la réappropriation, l’inspiration ultime ressenties par l’artiste elle-même et, en parallèle, par le spectateur. La jeune femme n’est pas une musicienne comme les autres : elle se nourrit de chaque expérience, de chaque mot, de chaque accord, de chaque arpège. Dès lors, « Nothing » marque une profonde identité, une écriture à la fois douce et radicale, âpre et poétique. Le nihilisme du titre n’est à aucun moment évident, dissimulé sous une production brute et directe, capturée dans les mailles d’une grisaille pourtant rassurante. S’affranchissant du folk où elle aurait pu être trop rapidement cataloguée, Daria Arkova ressuscite les fantômes d’un blues fébrile, les esprits endormis qui, durant quelques minutes, s’éveillent afin de nous conter leurs existences par la voix de celle qui les a invoqués. Quand elle s’impose dans de vibrants aigus, elle traverse les strates de l’existence, celles qui séparent le réel du surnaturel. Et, du vide, donne naissance à une nouvelle forme artistique, belle et intense. Afin de vous permettre de patienter jusqu’à la sortie du single, nous vous laissons admirer les dons innés de Daria Arkova sur sa reprise du pourtant périlleux « Cry Me A River » de Justin Timberlake et vous invitons à en découvrir bien d’autres sur sa page YOUTUBE. De même, elle vous accueille avec bienveillance sur FACEBOOK et INSTAGRAM.


Casablanca Drivers : nouveau clip « Obayaya »

Voilà un plan-séquence à la première personne dont on risque de se souvenir pendant très, très longtemps ! « Obayaya » nous emporte, dès ses premières secondes, sous la chaleur d’un ciel réconfortant, parés pour la visite d’un lieu qui, de loin, semble paisible, mais se montre bientôt sous son véritable jour. La disco énergique et communicative de Casablanca Drivers sert de fil conducteur à tous les excès visuels auquel elle ne nous a pourtant pas préparés ; ici, il est question de fun, de laisser sortir notre propre originalité sans craindre le regard des autres. Mieux encore : fugacement, l’image nous montrant un squelette immobile derrière son bureau annonce habilement la couleur, opposition constante entre une forme festive de l’existence et un quotidien bien trop rangé et impersonnel. Coloré et réservant son lot de rencontres inattendues et bienveillantes, « Obayaya » est la visite guidée idéale d’une bâtisse tout droit issue de nos inavouables fantasmes, là où la paresse et la danse se fréquentent assidûment et se propagent inexorablement parmi ses habitants. Nos maîtres de cérémonie, intensément impliqués dans leurs rôles d’agitateurs, chassent toute inhibition apte à nous freiner dans l’exaltation qu’ils prodiguent. Ce qui transforme rapidement le clip en anti-exhibition à l’américaine, ces spectacles lassants à base de piscines trop lisses et d’orgies désincarnées, dont l’impact est de plus en plus faiblard ; non, ici, c’est bel et bien la sincérité qui prime, voire une forme d’attirance physique tandis que les héros consentants que nous sommes suivent une femme désirée, amante avec laquelle on souhaite par-dessus tout quelques heures d’intimité et de tendresse. Nulle meilleure manière d’annoncer un premier album, Super Adventure Club, prévu pour le 20 novembre prochain. S’il vous reste quelques forces, allez immédiatement les jeter à corps perdu sur les pages FACEBOOK et INSTAGRAM de Casablanca Drivers.


Stats : nouveau single « Old Flames »

« Old Flames » sonne comme la captation en direct d’un constat, de souvenirs parfois agréables, parfois plus difficiles à encaisser. Les Londoniens de Stats s’interrogent, en utilisant une forme musicale immédiate et sans arrangement étouffant, sur l’importance du passé, sur sa charge psychique et civique, en regardant en face la manière que ce dernier a de transformer l’individu soit en reflet sans saveur de l’éducation, soit en être entier, à part. La douce brise qui parcourt la chanson, cette nostalgie n’oubliant à aucun moment de regarder vers le futur pour tirer conclusions et expériences, marche en résonance vers un horizon encore indicible et inconnu, tout en conservant précieusement son originalité, sa raison d’être. Les flammes existentialistes de Stats s’allument une à une, subissent les attaques de tempêtes intimes et relationnelles mais évoluent contre vents et marées. La pureté mélodique qui se dégage de ce vibrant hommage à ce qui a été et ce qui deviendra est obsédante, inspirée par les paysages éternels du Pays de Galles, où le nouvel album du projet a été enregistré. Powys 1999 est attendu pour le 13 novembre prochain (Memphis Industries). Tout ce qu’il faut apprendre de ces fabuleux musiciens vous attend sur leurs pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


David Neerman : nouvel album Noir Lac disponible le 30 octobre (Klarthe / PIAS)

Le mystère entourant ce projet est total et subsiste depuis maintenant plus de cinq ans. Autour du compositeur vibraphoniste David Neerman, une aura délicate et étrange a pris forme, lors de plusieurs nuits de rencontres spirituelles et de performances possédées dans le cadre magnifique de l’abbaye de Noirlac, en compagnie du maître balafoniste Lansiné Kouyaté. Les racines de ce disque hors norme ont alors commencé à germer, ses ramifications atteignant la chanteuse Krystle Warren et l’ensemble Sequenza 9.3 de Catherine Simonpietri.  Et c’est exactement cet échange, cette transmission d’énergies subtiles et invisibles qui imprègnent les huit étapes de l’opus, alliance parfaite des chœurs, instruments et mélodies vocales. La narration de Noir Lac peut nous surprendre à tous moments, tout en maintenant une formidable cohérence d’un chapitre à l’autre, une logique irrévocable nous menant doucement et avec affection vers les pierres accueillantes d’un lieu immémoriel, chargé d’histoire artistique et culturelle. Au fil d’une relecture sublime de Pink Floyd, moment charnière du disque, sa vie entière défile, lentement, devant le voile pénétrant de nos âmes, illustrant par de fins traits harmoniques le blues et la world music pour mieux s’achever sur une dernière révélation en spoken word, conclusion de l’errance exceptionnelle et nocturne de ce Noir Lac captivant et exemplaire. Pour en savoir plus, retrouvez David Neerman sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Hallali : premier EP Pages – Ink disponible le 21 octobre (sortie digitale) et le 21 novembre (sortie physique chez NoReason Records / Sleepy Dogs Records)

On ne peut à aucun moment résumer le premier opus d’Hallali à un simple exercice folk, même si la performance acoustique demeure constamment au cœur de l’œuvre. Elle se surpasse sur chaque plan visible et invisible, s’appropriant des langages très particuliers et dont la dynamique permet d’accélérer constamment le mouvement aussi bien que les battements de notre cœur. Il suffit d’admirer la cavalcade parfaite qu’est « Sounds of April » pour se convaincre de tenir entre nos mains une création polymorphe, portée par le jeu de guitare subtil et complexe du chanteur, dont le timbre habite chaque recoin harmonique d’un disque complexe, ne laissant aucun vide entre ses différents participants et ses lignes dynamiques. Les cordes de « Corps Saints » s’évadent et volent vers des landes qui, dans leur mouvante solitude, nous remémorent les plaines désertes du Grand Ouest américain, quand « No Woman No Cry » invite Bob Marley autour d’un feu éternel. Divisé en deux faces distinctes, Pages – Ink s’accorde une étonnante dérive expérimentale alliant le rock, le psychédélique et l’expérimental durant les dix-sept minutes progressives et bouleversantes de « What The World Needs », condensé d’inspirations et de colère contenue dont les échos ne cessent de nous passionner et de nous étreindre, intensément, lors d’instants de doute, d’intimité et d’éruptions sonores. Hallali accomplit un pur et simple exploit, peignant les tableaux d’une exposition humaniste et terrestre d’une rare beauté. Pour en apprendre davantage, rendez-vous sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.