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Chapi Chapo & les jouets électroniques : nouveau single « The Hurdles » (avec Rachel Horwood)

Ce projet mystérieux mais qui nous met l’eau à la bouche depuis plusieurs mois est sur le point de se concrétiser avec la sortie de l’album Collector le 4 décembre prochain (Music From The Masses / [PIAS]). Derrière les deux héros d’un âge que beaucoup d’entre vous n’ont pas eu la chance de connaître, le musicien finistérien Patrice Elegoet a créé une véritable collection de synthés et objets musicaux ayant traversé les décennies et dont certains, du moins on l’imagine, ont dû être sacrément difficiles à trouver. Mais ce qui rend ce nouvel extrait, « The Hurdles », étonnamment moderne, c’est bel et bien l’utilisation maligne qu’en fait l’interprète, ici aidé par la voix céleste de Rachel Horwood (Trash Kit, Bamboo). Quand certains auraient pu craindre une forme de easy listening dépassée et démodée, Chapi Chapo & les jouets électroniques distille ses arrangements, ses idées composites et fantaisies sonores donnant vie à un ensemble orchestral intemporel, union d’une multitude d’outils robotisés dont la simplicité se voit transcendée par l’emploi qui en est fait. Ce qui nous amène à immédiatement prendre les paris : et si Collector était l’une des œuvres les plus visionnaires de la décennie qui commence ? De notre côté, nous en sommes déjà convaincus. Pour en savoir plus sur ce projet hors du commun et terriblement attachant, rendez-vous sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Elvis Perkins : nouvel album Creation Myths disponible (MIR / Petaluma Records)

Le clip crépusculaire accompagnant « Anonymous » nous avait d’ores et déjà démontré que ce nouvel opus d’Elvis Perkins allait sonner comme le glas d’une ère dépassée, le point d’ancrage entre songwriting classique et expérimentations sonores. De ce fait, Creation Myths paraît au premier abord doux au toucher et agréable aux sens mais, petit-à-petit, laisse pénétrer en nous le poison brûlant d’une écriture au cordeau, d’une complainte mortuaire et fantomatique qui finit par totalement nous hanter, tandis que les cuivres scintillent sous une lune blafarde ou que les cordes lancent leurs archets sur nos veines. Traversant, tel l’esprit des saisons éperdues, les décennies et leurs mélodies oubliées, le disque se pare de fulgurances jazz, de folk prêt à imploser ou de ballades dont la transparence des figures croisées, l’impossibilité de les toucher ou de les consoler, nous tourmentera longtemps. Une œuvre dont l’austérité devient la puissance inhérente, la raison d’être par-delà l’oubli et l’évanescence du souvenir. Une beauté ténébreuse et obsédante, entre tendresse et angoisse de l’après, de l’incertitude d’un futur faisant table rase de tout ce qu’il doit à ces époques essentielles durant lesquelles la musique a appris à exister, à s’humaniser. N’hésitez pas à aller croiser l’âme en peine d’Elvis Perkins sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Daniel Trakell : nouvel album Warning Bell disponible (Dumont Dumont)

On imagine les plaines australiennes plus aptes aux délires cinématographiques de George Miller ou aux peurs isolées et tétanisantes de Greg McLean. Ce serait oublier que, à l’instar des paysages inspirants et solitaires d’une Amérique très souvent racontée par ses plus grandes plumes, le pays recèle des lieux tenus secrets, où le folk s’empare de la solitude pour en tracer de superbes et émouvantes lettres. Warning Bell offre à Daniel Trakell un refuge, un terrain propice à sa liberté, à l’apprentissage de l’existence telle qu’il se doit de l’éprouver. De la peur de l’ennui qu’il parvient à dompter aux prémices d’amours ayant enfin recouvré une innocence qui lui sied à merveille, le songwriter caresse sa guitare et orne ses compositions d’arrangements choraux d’une subjuguante beauté. La cloche d’alerte qu’il fait ici retentir sonne plus comme l’avertissement précédant le bouleversement de la vie que nous traversons sans jamais la regarder, demandant alors à nos personnalités égocentrées de s’arrêter et d’observer terre et ciel, êtres humains et visages en proie aux sentiments les plus purs ou éprouvants. Vers la fin de l’opus, « Start Again » et ses claquements de mains invoquent une union universelle libre, respectueuse et que l’on se plaît à imaginer, à concevoir comme réaliste et salvatrice. Tout l’art de Daniel Trakell est là : il est le fil conducteur de nos temps suspendus ou inutiles, de nos heures égarées. Il reconstruit la ligne claire d’une volonté d’émancipation, de bienfaits mutuels et éternels. Pour en savoir plus, rendez-vous sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


IMBERT IMBERT : nouvel album Mémoires d’un enfant de 300 000 ans disponible (version numérique)

Les souvenirs, malmenés, obscurs, désarticulés. À l’image des cordes qui parcourent le nouvel album d’IMBERT IMBERT, les saccades de l’Histoire imaginée par le musicien se fracassent par bribes contre nos propres esprits. L’enfance, innocence ici pourfendue par la souffrance d’un environnement hostile, se cherche au fin fond des terres désolées d’un monde livré à lui-même. Tout a disparu, créatures et créateurs, sauf le narrateur d’un conte où fiction et anticipation se frottent l’une contre l’autre, se râpent les membres et le cœur. Mémoires d’un enfant de 300 000 ans est bien plus qu’un disque conceptuel ; c’est une œuvre au fil de laquelle les dissonances et répétitions cherchent une sortie, une issue à l’indifférence d’un Enfer trop réaliste pour être ignoré. L’écriture est brute et stimule nos cinq sens, les mélodies sont mélancoliques et ténébreuses, lentes parfois, rageuses à certains moments. On se sent mis à nu, désincarné dans cette succession de saynètes d’une vie éternelle condamnée à l’errance et à la solitude, au danger et à la peur. Mais, malgré tout, l’espoir paraît, durant quelques secondes, dans les décombres de cet opus sentant le soufre, la sueur et le spleen. Au creux de la douleur et d’une guerre infinie, brillent des yeux, un sourire, sous la crasse et la poussière. Une racine pour confondre le destin et l’ennui, dans le chant et la narration. Dans l’incarnation d’êtres s’interrogeant constamment sur la fatalité ambiante, sans s’avouer vaincus, quand l’adulte peut passer le témoin à la source infinie d’une renaissance que l’on entrevoit, là-bas, au-delà des ruines et de la fumée. Pour en savoir plus sur le chef-d’œuvre d’IMBERT IMBERT, rendez-vous sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


Esplanades : nouvel EP Farewell-O-Scope disponible (Vailloline & Arnillon productions / Make Me Sound Publishing / Jemmapes Distribution)

Démarrer un disque par un titre nommé « Happy Fuck You Day » (accompagné d’un clip, qui plus est) pourrait avoir l’air d’un suicide commercial total, surtout quand on se focalise sur les exaltations rock et pop qu’il contient. Dès lors, on sait que les Lillois d’Esplanades vont certainement devenir nos nouveaux meilleurs amis, tant on aime cet entêtement quasiment masochiste à aller au bout des choses, à commencer par la composition de ce Farewell-O-Scope projetant ses visions mélodiques bien plus loin qu’il ne le laisse paraître. Soufflant aussi bien les sourires malingres (ce fameux single, donc) que les moments de grâce pure et simple (« Sunset Ballet », dont la multitude de détails continue à totalement nous obséder), le groupe absorbe et infuse toutes les idées qui lui passent par la tête, les construit, les polit, les soigne jusqu’à la perfection ultime. « Departure » revêt les atours d’un abandon, d’une course-poursuite pour ne pas laisser ce qui est essentiel nous échapper des mains, quand « Sad Cafes » laisse exploser la furie d’un désespoir en contradiction entière avec les pistes originelles. Une explosion de colère et de révolte, un désir violent de rompre la monotonie de lieux abandonnés et solitaires. Injectant son sang neuf dans les artères de villes silencieuses, Esplanades réalise l’exploit de condenser des décennies d’imagination artistique en quatre titres inoubliables et qu’on ne peut s’empêcher d’écouter encore et encore, sans aucune lassitude. Une œuvre incroyable et difficile à définir, mais qui force le plus profond des respects. Tout ce que vous voulez savoir à propos de cette entité hors norme et tentaculaire est dispo sur ses pages FACEBOOK et INSTAGRAM.


The Diogenes : enregistrement live au Studio RIMSHOT disponible

Brut de décoffrage, saisi sur le vif en août 2020 durant les répétitions du groupe, cet enregistrement que nous offrent les Toulousains de The Diogenes est une déflagration aussi inattendue qu’immédiatement palpitante et corrosive. Oser faire montre de ses talents en prenant le parti de révéler des captations live de cette qualité relève du génie pur et simple, surtout quand on se plonge à corps perdu dans les distorsions noise sans concession d’un rock regardant ce qui se fait de plus corrisif dans le(s) genre(s). On peut ainsi osciller du blues rock au garage d’une seconde à l’autre, s’attendre à un apaisement pour se prendre une gifle en lieu et place d’une respiration, avoir le souffle coupé (ce qui arrive fréquemment au fil de ces quatre titres diaboliques et ironiques) vocalement et musicalement, notamment lorsque retentissent les futurs hymnes en puissance « Religion cathodique » et « Sacrifice à Dieu » sentant bon la révolte punk anglo-saxonne de la fin des 70’s. The Diogenes a un sens, une raison d’exister et de se faire entendre ; car, en plus de charrier dans ses bagages remplis jusqu’à la gueule bon nombre influences éminemment respectables, nos énergumènes parlent, crient et affirment une identité exemplaire et prête à faire des ravages. On suivra tout ça de très près et, en attendant, allez les retrouver sur leur page FACEBOOK.