LAAKE, au-delà du monde réel

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Dire que la musique de LAAKE prend une toute autre dimension sur O serait encore bien trop réducteur ; le musicien laisse en effet s’exprimer toute sa sensibilité artistique et humaine grâce à un opus bouleversant et mouvementé, brisant notre cœur pour mieux le consoler et lui permettre d’illuminer celles et ceux qui nous entourent. Une expérience rare, unique, pour laquelle il est difficile de trouver les mots justes.

Survivre aux effets secondaires de l’EP PIAANO avait été, pour chacun de nous, difficile, voire impossible. En une poignée de titres, LAAKE avait réussi l’impossible : réconcilier l’auditeur le plus pointilleux avec les capacités hors norme du clavier, dans une performance que l’on ne parvient toujours pas à expliquer, quelque part entre mécanique implacable et jeu surréaliste. Ainsi, lorsque la nouvelle d’un album orchestral nous était parvenue, elle nous avait fait frémir, voire imploser d’impatience (le mot est faible). « RUN » est apparu, plus aucun doute n’était possible ; le musicien était sur le point de délivrer une œuvre à part, inimitable. O (ORCHESTRAA) est bien plus encore : un enchaînement ininterrompu de sensations fortes, de tremblements et de frissons cutanés, d’arrangements parfaits sans être exagérés ou mégalomaniaques. L’écho musical à hauteur d’homme. L’alliance merveilleuse et lacrymale de la technologie et de l’acoustique.

Ce projet de grande ampleur, sous sa forme finale, revêt une étonnante intimité ; LAAKE a su apprivoiser le potentiel de chaque intervenant, de chaque son, pour n’en tirer que la sève la plus dense. « RUN » agite constamment les neurones, fuyant par-delà les contrées de la connaissance harmonique, quand les voix ténébreuses et les pulsions mystérieuses de « NOVEMBER » et « CASTAWAY » effacent tout repère visible, nous immergeant aux confins d’un imaginaire absolu. L’art de la progression et de la sagesse, infusé avec patience et discernement, éclate le long des fissures rythmiques de « BROKEN », dans la colère romantique des cuivres et saturations électroniques de « FUGUE », au fond des abysses dissonants et sombres de « FAATHER ». La lumière ondule, disparaît pour mieux resplendir, quelques minutes plus tard (« LIGHTS », bouleversant). Tel l’invocation des forces inconnues de la nature, des dieux et démons anciens d’une culture oubliée, O use de son propre langage, d’une grammaire chamanique entre paix et fureur, la parole se métamorphosant, qu’elle soit anglaise ou française, en prière aux divinités disparues (« MIND », « DIFFRACTION »).

Nous sommes au centre du cratère, au bord de l’éruption. Nous sentons les odeurs de soufre, la chaleur sur nos épidermes. Mais LAAKE nous protège et maîtrise les éléments naturels, les fait siens grâce à ses partitions enflammées, possédées, exaltées. Le cri de désespoir et de soulagement d’une créature qui, face à la tragédie, se jette corps et âme dans le dernier combat. Subjuguant.

O de LAAKE, sorti le 27 mars 2020 chez Mercury.


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