« La Cravate » : il était une fois un jeune militant d’extrême droite…

Publié le par

En ce moment en salle, le documentaire La Cravate porte sur le parcours de Bastien, jeune militant du Rassemblement National lors des présidentielles de 2017. Notons que ce résumé est loin de faire honneur à la richesse esthétique et narrative du film de Mathias Théry et Etienne Chaillou : outre un rebondissement que nous nous garderons bien de dévoiler par souci de ménager son effet, La Cravate se distingue par sa mise en scène appuyée. L’humour et le rythme du film séduiront à coup sûr tous les spectateurs, même ceux qui ne sont pas intéressés par les documentaires en premier lieu. 

Dans leur précédent film, La Sociologue et l’ourson (2016), les réalisateurs prenaient déjà la température du climat socio-politique français par le biais d’une forme fictive. En effet, les questionnements autour de la loi du Mariage Pour Tous y étaient incarnés par des marionnettes. Nulle peluche pour porter la parole de Bastien et ses collègues dans La Cravate, mais une voix off littéraire qui s’exprime au passé, décrivant ainsi faits et personnages à la manière d’un roman. Le commentaire serait redondant et creux si le film n’était pas ponctué par les réactions du personnage principal en train de lire ce même texte, assis dans un cinéma, le récit imprimé posé sur les genoux. Et ce sont précisément les séquences de Bastien s’étudiant lui-même qui font la force du film, intervenant régulièrement mais jamais de manière systématique : elles donnent la parole à Bastien. Alors qu’ils sont en désaccord avec ses convictions d’extrême droite, les réalisateurs instaurent un rapport plus équitable avec leur personnage. 

S’il est possible de parler d’analyse pour décrire La Cravate ou La Sociologue et l’ourson, c’est bien parce que Mathias Théry et Etienne Chaillou prennent le temps du recul. Plusieurs années séparent les images tournées et la sortie des films, ce qui est appréciable en cette ère de l’immédiateté. Le temps consacré à la réflexion est évidemment réaffirmé par la forme écrite, toujours visible et recherchée dans leurs œuvres. Ici, la mise en scène assumée instaure la distance nécessaire pour appréhender la violence du climat politique actuel. 

En somme, La Cravate est un film intelligent, qui décrypte un fait de société dans le respect du protagoniste, en dépit d’une divergence politique importante entre celui-ci et les cinéastes. Néanmoins, en mettant l’accent sur le passé de Bastien comme unique origine de son endoctrinement, le film tait le malaise politique contemporain et son rôle dans la popularité grandissante du Rassemblement National – exception faite d’une séquence portant sur l’usine Whirpool.


La Cravate de Mathias Théry et Etienne Chaillou. En salle depuis le 5 février.