La boîte à souvenirs publique de Clémence Foucart

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Les coups sonnent en fond comme un gong, un violon tire un trait fin sur les notes lentes qui pleuvent chaudement. « The First Day of Spring » ouvre le deuxième album de Noah And The Whale comme une éclosion, émanation de beauté et de tourment. La plaie ouverte à chacun qu’on arrose parfois de joie. Cette chanson s’accorde parfaitement aux images de Clémence Foucart, où coulent autant mélancolie que douceur pure. La couleur délicatesse collectionne les reflets, les ombres, les soleils couchants et ces rayons de lumière qui caressent la peau. Les souvenirs s’accumulent, ponctuent une chronologie personnelle, le récit d’une vie. Ils accentuent la conscience de l’instant et la photographe marque son passage dans l’espace, dans le temps.

Mais quel espace-temps ? Clémence Foucart brouille les pistes. Surplombant la mer, dans le métro, sur un toit, dans une gare, avec cette fille, dans un champ, avec ce mec, elle alimente le mystère et suspend toutes les pistes d’orientation. Sa boîte à souvenirs est publique, ouverte à toutes les interprétations. Depuis les dernières lueurs d’un appart’ ou à travers ce hublot, les instants flottants s’assemblent à notre guise. Actif, le public y projette sa propre histoire, nourrit l’oeuvre et se laisse aspirer par l’onirisme. Si les rêves paraissent coton, une tristesse latente s’en dégage aussi. Ces restes qu’on regarde à l’aube, l’éternellement fini qu’on accumule pour puiser à volonté dedans et se rappeler comment vivre, encore et fort. Un rempart contre la morosité quotidienne.

De toute évidence, le travail de Clémence Foucart a des allures anecdotiques. Ces anecdotes qu’on empile, trop souvent réduites au superflu, à l’inutile, l’insignifiance. Or, l’oeil aiguisé de la photographe française questionne sans cesse notre rapport au réel et au désir d’entasser les souvenirs. Plus encore, les photographies de Clémence Foucart éveillent nos émotions par leur esthétisme. Leur grain particulier, leurs lumières pâles nébuleuses et la pluralité des cadrages formulent des ressentis bruts. La matière de l’instinct, l’émotion à nue. 

Rapidement, on fusionne avec la sensibilité de Clémence, pourtant, l’impression d’une identité insaisissable demeure. La photographe fait des apparitions furtives, souvent cachées derrière l’appareil ou semi-dévoilée, parce qu’elle se dédouane de la figure de l’artiste omniprésente. Bouleversante, elle nous fait pénétrer dans une brèche de sa personnalité par son vécu. Ses clichés s’assimilent à une carte de son quotidien, un voyage de souvenirs partagés par lequel on peut enfin s’échapper.


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