Kirk Douglas, le repos du guerrier

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Décédé le 5 février dernier à l’âge de 103 ans, Kirk Douglas demeurera, pour tous les cinéphiles, la figure cinématographique emblématique des décennies passées. Entre carrure athlétique, gueule inoubliable et franc-parler engagé, au-delà du mythe, c’est bel et bien l’homme de convictions qui disparaît. Retour sur ses deux collaborations avec un autre artiste entré dans la légende : Stanley Kubrick. Une relation amour-haine digne des tribulations Herzog-Kinski.

crédit : Universal

1957. Tournant majeur dans la carrière du cinéaste Stanley Kubrick, « Les sentiers de la gloire » projette d’ores et déjà aux regards admiratifs des inconditionnels du réalisateur la tension que chacun de ses films à venir provoquera chez les uns ou les autres : soit l’homme sera encensé, soit il sera décrié (il suffit de revoir ce classique pour comprendre les intentions picturales et scénaristiques du récent « 1917 » de Sam Mendes). Une constante chez l’auteur de « L’ultime razzia », qui doit notamment cette chance de faire ses preuves à un homme, Kirk Douglas, ici co-producteur – avec Kubrick et son fidèle acolyte des premières heures, James B. Harris. Pourtant, sur le papier, tout semblait opposer les deux artistes (à un point tel que leurs futurs combats semblent avoir été anticipés par le cinéaste dans son premier court-métrage, « Day of the Fight » ; prémonitoire ?). Leur perfectionnisme, tout d’abord, celui-là même qui aurait pu mettre un terme rapide à un partenariat pourtant précieux. Leur caractère et leur désir de contrôle, ensuite, qui finiront cependant par faire des merveilles sur grand écran. Tout au long de leurs carrières, ils se devront mutuellement leurs titres de noblesse. En deux longs-métrages, grâce à ces figures immortelles, l’Histoire du cinéma n’a plus été la même.

Malheureusement, la seconde expérience scellera la fin d’une union sacrée : « Spartacus » (1960), que Kubrick récupère après le désistement du metteur en scène Anthony Mann, celui-ci s’y étant cassé les dents (à moins que Douglas lui-même ne s’en soit chargé ?…), marquera, malgré son succès international, la scission irrémédiable entre nos monstres sacrés. Là où Kirk Douglas imposera sa vision et ses opinions politiques pour créer le pamphlet que l’on connaît, Kubrick se contentera d’expérimenter, sans réellement reconnaître son implication artistique lors de l’exploitation à grande échelle du résultat final. Mais l’apprentissage des ennemis reste ce qui fera date : le premier y gagnera les lettres de noblesse d’un interprète dévoué corps et âme à ses compositions, le second y puisera la renommée qui lui accordera une totale liberté créatrice. On peut évidemment regretter que leur entente ait été ainsi sacrifiée sur le cruel autel hollywoodien ; malgré tout, tandis que le fils du chiffonnier part rejoindre le visionnaire solitaire, on se remémore ce que leurs passions communes ont engendré pour l’éternité. Une alliance qui, même dans les siècles à venir, servira d’intarissable exemple.

« Si vos yeux rencontrent la mort dans les miens, le néant sourira en moi… »

Amal Dunqul ~ Spartacus’ Last Words