En quête du St Graal

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Jeune prodige à la créativité intarissable, St Graal a émergé sur les berges de la scène française en novembre dernier avec Pulsions, premier EP composé de fines sonorités électro/rap très actuelles. D’une plume soignée, les cinq titres tentent d’apaiser des blessures encore ouvertes sans pour autant renoncer aux risques des vives passions rougeoyantes. Quoi qu’il arrive, St Graal poursuit sa quête dans le rude enchevêtrement des sentiments. Retour sur le début d’une épopée solitaire, rêveuse et encore amoureuse.

crédit : Ilona Robert

PUNKTUM : En pleine période de confinement, tu sors quotidiennement une chanson d’environ une minute sur les réseaux sociaux. Même s’il y a un trait d’humour dans ces vidéos de toi en train de chanter, les thèmes nous laissent rire jaune : critique d’une société qui tourne autour de l’argent, blâme d’un président des États-Unis ultra populiste… Tu es vénère, en ce moment ?!

St Graal : Le confinement se passe bien ! En ce moment, je ne suis pas vénère, ni heureux, je suis dans un mood où je dois penser à autre chose que le confinement. Je laisse donc ma créativité passer d’un sujet à un autre, mais j’aime y mettre de l’humour, ne serait-ce que pour moi ou pour les autres !

C’est toi qui choisis les sujets sur lesquels tu écris ?

Oui, complètement et heureusement ! 

Certains artistes font voter leurs sujets de chanson par commentaire. Ta façon de faire paraît plus personnelle, et peut-être plus ouverte à une création qui émane de soi…

J’ai un peu de mal à demander de l’aide sur certains sujets musicaux. J’ai construit St Graal seul et malgré moi. J’aime l’emprise que j’ai sur le projet, c’est-à-dire : totale.

Justement, venons-en à ton projet St Graal. C’est ton premier projet musical ? 

Non absolument pas, c’est mon troisième. J’ai notamment essayé avec d’autres personnes.

« J’ai construit St Graal seul et malgré moi. J’aime l’emprise que j’ai sur le projet, c’est-à-dire : totale. »

St Graal

Et ça n’a pas abouti ? Se jeter à l’eau tout seul, ça doit être un expérience inédite, assez différente d’un groupe !

Exactement, c’est pour cela que j’ai commencé en faisant simplement des DJ set dans des boîtes de nuit. Mais je pense qu’inconsciemment, j’avais peur de ma propre solitude face au public. Sinon oui, c’est différent, mais je suis heureux que cela se passe de cette manière-là !

Avant le confinement, tu avais aussi sorti un son enregistré en live au sujet de la télévision. Il annonçait déjà tes vidéos quotidiennes sur des problématiques actuelles. Ça change complètement de ton EP ! Pulsions est sorti en novembre dernier et le thème récurrent est l’amour…

Oui, l’amour reste toujours un thème adoré et infini pour moi. Mais, en ce moment, j’ai envie de faire mûrir le projet vers des sujets que je hais. J’aime l’idée de haïr quelque chose pour en faire une belle chanson. C’est la meilleure vengeance !

Avant de revenir sur l’évolution de ton projet, parlons de l’amour qui embaume ton EP. Le premier titre s’intitule justement « Amour ». C’était un moyen d’entrer directement dans le vif du sujet ?

L’EP Pulsions parle d’une rupture en soi donc je trouvais ça beau de commencer avec l’amour !

De plus, le clip qui accompagne la chanson est superbe ! Il a été tourné avec la danseuse Camille Lhomme. Tu voulais mêler les arts en liant danse et musique ?

Totalement ! La danse et la musique sont complémentaires pour moi, dans les deux sens. Avec le réalisateur, nous voulions un plan unique, un dézoom constant, un ralenti planant. L’appartement était magnifique, la vue aussi, et la danse entre Camille et moi symbolise un échange amoureux et profond. Petit fun fact : heureusement que nous avions prévu que je sois assis car je m’étais fait une double déchirure à la cuisse, j’étais donc en béquille ! À la fin du clip, on me voit en train de me rasseoir d’une manière un peu étrange, jambe raide. Maintenant vous savez tout !

Les arts ne sont jamais véritablement dissociés, on le voit à travers la réalisation de clips et même de pochettes d’albums : visuel et musical s’entremêlent. C’est un lien assez évident, la musique n’est physiquement pas saisissable, alors on projette des tonnes d’images dessus !

Complètement ! Mais, évidemment, avec le clip, ce n’est qu’un point de vue que je donne. Chacun peut et doit se faire son propre film sur ma musique. C’est aussi pour cette raison que le clip reste subjectif et n’offre pas une réalité terre à terre !

« St Graal, c’est une quête. Je veux que chaque EP ait sa propre histoire. »

St Graal

Et ça marche très bien dans ton EP. Tu cherches à explorer l’amour sous différents angles, tout en nous laissant la liberté d’imaginer les histoires que l’on veut. Chaque chanson a un titre qui tient en un mot : « Jalousie », « Mélodrames » ou encore « Narcissisme ». Il y a une véritable évolution. C’est ainsi que tu l’as construit ?

Oui, c’est un peu le but de mon blase. St Graal, c’est une quête. Je veux que chaque EP ait sa propre histoire, une recherche, un peu comme la quête du Saint Graal. J’aime aussi le fait que tout soit carré. Par exemple, pour chaque titre, un mot. Pour chaque chanson, une photo qui illustre le propos. Je suis assez consciencieux sur mes projets.

crédit : Ilona Robert

Comment se passent concrètement l’écriture et les compositions ? Tu évoques des photos qui illustrent tes chansons, l’image de manière générale fait partie de tes inspirations ?

Pour l’écriture, c’est assez automatique car j’écris sur ce que je veux sans censure, sans barrière. L’équipe qui travaille avec moi ne remet jamais en cause mes paroles, et ça c’est top ! Pour la composition, c’est aussi moi qui m’en occupe. J’aime beaucoup travailler chez moi en studio parce que je m’y sens bien et cela me permet de pouvoir me lâcher à cent pour cent.

Comme pour les clips, je cherche à donner un point de vue visuel à mes chansons. Je ne dirais pas que l’image est une inspiration, car, quand je compose, je pars toujours de rien.

On sent que tes chansons sont très ouvertes, très libres, comme ta façon de les fabriquer. Musicalement, le rendu est souvent comparé au jeune chanteur Hervé, ou à des artistes dont le succès est déjà confirmé, comme Odezenne et Lomepal. C’est ce que tu écoutes ?

En effet, j’écoute beaucoup Odezenne. Lomepal et Hervé bien moins, mais ce sont tout de même des artistes que je respecte énormément !

« J’ai hâte de pouvoir emmener les gens dans d’autres pulsions, pourquoi pas plus sombres. »

St Graal

Dans ton EP, il y a aussi des intonations beaucoup plus électro/pop, notamment le dernier morceau, « Spleen ». Son rythme donne juste envie de se déhancher ! D’où vient ce côté dansant ?

Je dois l’avouer, j’ai de grosses influences techno, et aussi très rock ! Finalement, j’écoute quasiment tous les styles de musique. Mais ce que j’aime, c’est pouvoir faire danser les gens en live ! D’ailleurs, les prochains sons auront ce côté dansant. J’ai hâte de pouvoir vous les faire écouter.

Nous aussi, on a hâte ! En parlant de live, tu as fêté la sortie de Pulsions au Pop-Up du Label, à Paris, en janvier dernier. Raconte-nous un peu. 

Honnêtement, j’ai été très surpris du public parisien. On me l’avait vendu comme difficile à séduire, pourtant, je me suis amusé avec eux comme jamais ! J’ai hâte de pouvoir emmener les gens dans d’autres pulsions, pourquoi pas plus sombres.

On parlait de ton projet en train de mûrir en début d’interview, que prévois-tu pour la suite ?

Disons que les pulsions ne sont pas finies, mais elles changent du tout au tout. L’amour était et l’amour durera dans le projet St Graal, mais il changera de forme et deviendra plus rythmé et plus sombre. Je prévois des nouveaux sons pour bientôt, je n’ai pas de date précise, mais c’est en construction !


Écoutez Pulsions de St Graal ici !

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