Houmous Musical #59

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Notre Houmous Musical hebdo : une playlist rien que pour accorder vos humeurs quotidiennes à six titres bien trempés !

TARDIGRAADA – « I DON’T NEED FAME »

Mood : Vénérer les choses simples

La précipitation vers la gloire est tentante. On se persuade qu’elle va nous ouvrir les portes du désir et le cœur de l’être aimé. Pourtant, c’est bien le contraire qu’illustre TARDIGRAADA à travers ce puissant et marquant « I DON’T NEED FAME « . Les images qui défilent se bercent d’une corrosive illusion, d’un enfermement dans la quête de célébrité, laquelle peut tout détruire au lieu de réconcilier et rapprocher les individus. D’artifices lumineux et colorés en regards tantôt possédés, tant emplis de tendresse, le clip allie la gravité et la violence intérieure à l’artifice de la reconnaissance, à sa périlleuse brièveté mais, plus que tout, à ce cri dépassant les apparences et dévastant, sans les consumer, les décors du paraître. Une intensité douce-amère qui n’a pas fini de nous interroger sur les sacrifices et les volontés de revivre, à nouveau, des jours vrais et uniques.


GVMMV – « Dernier Voyage »

Mood : Voir la réalité en face(s)

La confession va conduire à une forme inattendue de renaissance. « Dernier Voyage » est un poème de la vérité, une ode à l’acceptation des forces et des faiblesses de l’humain. Bien sûr, il y a la souffrance : celle de GVMMV, mais mise en parallèle de l’être égaré que nous suivons, souillé par une terre cependant à même de le régénérer. Cet ultime échange, cette errance naturelle et individuelle au cœur d’un lieu égaré et solitaire, ne marque pas une fin en soi. C’est même l’inverse, ce que démontre la chorégraphie habitée et hantée d’un homme entre résignation, désespoir et désir, ou encore les traits mélancoliques mais affirmés d’une femme éprise de liberté et de confidence malgré l’abandon, omniprésent, brûlant. Au fil des ruines et des déserts, il y a une issue, parfois fatale et douloureuse, parfois cathartique. GVMMV a ce don unique de concilier les deux aspects de la finalité, ouvrant ce qui doit advenir à une multitude infinie de possibilités, par-delà l’absence et sa connaissance.


iAROSS – « Barbarie »

Mood : Différence en fin de droits

Tout commence comme une histoire décalée mais où l’on sent poindre la tragédie. Celle, malheureusement trop familière, d’un rejet total et global de l’autre quand ce dernier embrasse sa véritable essence. Entre responsabilités et existence, « Barbarie » pointe du doigt les figures imposées d’un comportement social tournant souvent à vide, à l’encontre de nous-mêmes et de nos révélations personnelles. Ne pas avoir le droit revient à assassiner l’autre à petit feu, à le priver de sa seule et unique volonté, de la mise en place de son être, entier et vrai. Convoquant aussi bien les fantômes de John Waters qu’un naturalisme poétique et minimaliste aussi doux que rugueux, « Barbarie » nous prépare au pire, à l’inexorable achèvement de l’être. À moins qu’un ultime éveil des consciences ne vienne définitivement changer la donne ?


Rank-O – « Gallery »

Mood : Un peu d’ordre dans le foutraque

« Gallery » est un véritable laboratoire sonore et visuel. Parmi les décombres de décors abandonnés après avoir changé la face de la performance scénique, Rank-O se nourrit de l’espace et des accessoires à sa disposition pour tenter tout ce qui est possible, voire toujours plus, en termes de réalisation et d’illustration de la musique par l’image. Conséquence directe, et non des moindres : « Gallery » est un kaléidoscope d’idées tantôt farfelues, tantôt soignées dans leurs plus infimes détails, le tout porté par l’énergie rock d’un projet rendant le délire cinématographique abordable et empli de messages cachés et subliminaux. Une forme de recyclage maligne et osée, mais dont le résultat dépasse les attentes. « Gallery » change la friche industrielle et les reliques du 7e Art en source intarissable de tous les possibles. Une expérience fascinante et unique en son genre, bouleversant notre perception de l’inanimé et motivant inlassablement nos neurones.


Teenage Bed x San Carol – « Busy Talking »

Mood : Malsaines occupations

La rencontre de Teenage Bed et San Carol aurait pu faire des étincelles et terrasser toute la pop hexagonale actuelle, du fait de ces talents conjugués le temps d’une œuvre atypique et savante. C’est cependant par la petite porte que cette conjonction de bouillonnants esprits créatifs s’insinue au cœur du petit monde artistique francophone grâce à « Busy Talking », merveille mélancolique et désabusée dont les illustrations sobres et parfaites de Lea MKL décuplent l’impact. Du besoin de l’écoute à la rupture, de l’incertitude à la sensation de se consumer de l’intérieur, le clip et sa bande-son tracent un chemin le long duquel le désespoir et la fatalité s’acharnent dans la douceur faussement innocente de la désillusion. Pourtant, la parole sera primordiale, car seule à même d’empêcher le drame implacable de la solitude. Symbiose parfaite de trois visions d’une unique cause artistique et humaine, « Busy Talking » nous émeut aux larmes en motivant, seconde après seconde, notre imagination.


Kilian et l’aUtRe – « The next (R)evolution »

Mood : Quand le virtuel se fait trop réel

Un jeu. Celui de l’évolution de personnages soumis à des choix qui ne sont pas les leurs. En un clic de souris, tout peut basculer. Personne n’est maître de son destin et des accidents, des agressions, des duperies. Pourtant, dans l’obscurité, une révolte sommeille. La virtualisation sociale et ses victimes collatérales, personnages non joueurs d’un quotidien dans lequel ils sont tous désarmés, n’est plus une fatalité. « The next (R)evolution » change, provoque le spectateur prêt à franchir les limites de l’écran afin de, lui aussi, bouleverser l’ordre établi. En accompagnant une œuvre poétique noire et dénuée de repères, en lui offrant la possibilité d’être vécue et reprogrammée via un jeu vidéo disponible sur le Web et Android, Kilian et l’aUtRe s’investit d’une mission humanitaire juste et intelligente. .exe, disponible le 21 janvier prochain, risque fort de ressembler à un incontournable éveil des consciences et des responsabilités.