Home Cinema #1 : Septembre 2020, première partie

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Entre deux retours plus et moins réussis, un plantage intégral, de l’action débridée et des promesses qui nous font d’ores et déjà saliver, première salve de films à retrouver sur vos écrans domestiques !

On a vu

  • Au bout du monde de Kiyoshi Kurosawa (Japon, 2019), disponible en DVD et Blu-ray depuis le 2 septembre chez Eurozoom et en VOD depuis le 28 mars 2020.

Pour beaucoup, Au bout du monde apparaîtra très certainement comme un OVNI dans la filmographie dramatico-fantastique du grand Kiyoshi Kurosawa. Son postulat de départ (une journaliste de divertissement japonaise envoyée en Ouzbékistan pour réaliser un documentaire sur les curiosités locales et confrontée à une multitude de situations rapidement hors de contrôle) semblera également saugrenu, voire facile. Se risquant (avec brio) à l’humour dans ses premières minutes, le long-métrage n’en demeure pas moins imprégné d’une accablante solitude et cruauté. Celle de Yoko tout d’abord, femme égarée et malmenée (au propre comme au figuré, comme lors de la scène du parc d’attractions) géographiquement, linguistiquement et émotionnellement, dans un monde inconnu et masculin à l’extrême (la phrase prononcée par le pêcheur ouzbek, « Les poissons détestent l’odeur des femmes », est d’une violence et d’un mépris inouïs). Mais aussi celle d’un pays dont la culture devient autant familière que rebutante pour son héroïne porteuse, contre son gré, d’apparences télévisuelles imposées dont la fausseté transforme les témoins en victimes. Des sensations que la mise en scène et le grain de l’image amplifient sans que cela devienne oppressant ou en décalage, prouvant que le metteur en scène maîtrise sur le bout des doigts son sujet, ses tenants et aboutissants, avec un respect de son décor et de ses personnages, de même qu’une humilité exemplaire pour un créateur de sa carrure. Un réalisme brumeux, dont chaque plan demeure d’une intense poésie liée intrinsèquement à une dramaturgie constamment sur le fil du rasoir, par alternance de courtes et longues focales millimétrées. Une liberté souvent avortée, mais au coeur de laquelle chaque minute compte. La définition parfaite de l’égarement initiatique, sans exagération ni cliché, avec un amour inconsidéré du 7e Art et de ses libertés créatrices et narratives.


  • 3 From Hell de Rob Zombie (USA, 2019), disponible en DVD, Blu-ray et VOD depuis le 15 septembre chez Metropolitan.

On adorerait défendre le dernier-né du musicien-réalisateur américain Rob Zombie, suite très attendue de ses cultissimes La Maison des 1000 Morts et The Devil’s Rejects. Malheureusement, nos craintes ressenties après avoir vu 31 se révèlent fondées à travers le brouillon qu’est 3 From Hell : enchaînement d’effets chocs usés jusqu’à la moëlle, personnages emblématiques devenus de purs et simples figures anecdotiques et désincarnées (un comble après le final inoubliable du second volet, les élevant au rang d’icônes tragiques et immortelles dans l’inconscient collectif), de « fuck » à faire pâlir DiCaprio dans Le Loup de Wall Street et de scènes soit prévisibles, soit carrément à côté de la plaque. Après une première demi-heure réussie, c’est la débâcle. Alors, en fans inconditionnels du bonhomme, on a poussé le masochisme jusqu’aux dernières secondes, mais rien à sauver du naufrage. Quand tu veux, Rob, pour nous refaire un Halloween (le director’s cut du second remake est à (re)voir de toute urgence) ou, mieux encore, un The Lords of Salem, merveille expérimentale et cinématographique inclassable et unique. On peut toujours rêver.


  • Blackout d’Egor Baranov (Russie, 2019), disponible en DVD et Blu-ray depuis le 16 septembre chez Koba Films et en VOD depuis le 11 septembre.

2004 marque à jamais un tournant majeur dans l’histoire du cinéma russe ; Night Watch de Timur Bekmambetov démontre qu’avec peu de moyens mais quelques idées bien pensées, on peut facilement rivaliser avec les films d’action et de science-fiction américains et asiatiques. Depuis, nombre de metteurs en scène se sont glissés dans la brèche, pour le meilleur (Subwave, 2013) ou pour le pire (Guardians, 2017, tentative ratée de faire de l’ombre à Marvel et DC mais dont l’abyssal vide global nous reste encore en travers de la gorge). Cela dit, n’attendez pas beaucoup d’originalité de la part de ce Blackout, qui se contente de remplir son cahier des charges en mode bourrin pendant un peu plus de deux heures : en gros, un postulat originel intéressant (le monde confronté à une coupure de courant majeure… sauf chez Poutine, bien sûr !), des soldats envoyés en zone dangereuse pour comprendre ce qui se passe, une explication finale basique, de la destruction massive en bonne et due forme… Mais ça fait le job, notamment grâce à la lisibilité parfaite des scènes de combats et un jusqu’au-boutisme qui fait plaisir à voir, à travers plusieurs tentatives scénaristiques réussies (les kamikazes sautant des toits, notamment, et quelques effets gore bien sentis). De quoi laisser son cerveau au vestiaire tout en passant un bon moment devant les élans patriotiques de soldats qui semblent cependant avoir oublié leur charisme sous les neiges sibériennes. Efficace.


On n’a pas tenu jusqu’au bout…

  • Mortal d’André Øvredal (Norvège, 2020), disponible en DVD et Blu-ray depuis le 2 septembre chez Wild Side/FIP et en VOD depuis le 27 août.

Un homme sorti de nulle part se découvre des supers pouvoirs qu’il ne contrôle pas. Une jeune psy va l’aider à maîtriser ces derniers avant qu’il ne soit trop tard… Vu et revu, malgré quelques plans assez bien faits (la scène du pont), le nouveau film 100% norvégien d’André Øvredal (le mémorable Troll Hunter, l’excellent The Autopsy of Jane Doe et le moyen Scary Stories) enchaîne les prouesses informatiques en mode CGI illisibles, sans saveur ni cohérence, dans une intrigue beaucoup trop prévisible. Sous influence Starman, l’âme et l’émotion en moins. On a résisté pendant une heure ; et c’est déjà pas si mal.


  • Inunaki, Le Village Oublié de Takashi Shimizu (Japon, 2019), disponible en DVD et Blu-ray depuis le 16 septembre chez The Jokers et en VOD depuis le 9 septembre.

Le réalisateur de The Grudge n’a pas eu l’air de trop vouloir se fouler pour pondre son nouveau film de fantômes, à l’instar de la fainéantise ambiante dont les symptômes ont également contaminé son pourtant talentueux confrère Hideo Nakata. Un village maudit, des esprits mal fichus visuellement, des visions jamais effrayantes… L’archétype de ce qui semble encore fonctionner au Pays du Soleil Levant mais qui, ici, ressemble de plus en plus à un pétard mouillé. 39 minutes montre en main avant de zapper.


On attend impatiemment

Le coffret « Alfred Hitchcock – Les Classiques » (le 30 septembre chez Universal Pictures), avec les versions 4K de Sueurs Froides, Les Oiseaux, Psychose et Fenêtre sur cour !