Grandma’s Ashes, forçats du destin

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Aimant par-dessus tout se jouer d’ambiances contradictoires afin de donner vie à des compositions dont les mouvements fascinent et bousculent les conventions, Grandma’s Ashes signe un EP entre sagesse et sauvagerie, unissant aussi bien les bêtes féroces tapies dans l’ombre que la chaleur d’une présence indéfinissable et rapidement essentielle.

crédit : Yann Morrison

Les idées viennent de nulle part. Elles surgissent sans crier gare, germent, s’imposent parfois ou rejoignent le néant, attendant patiemment leur heure. Chez Grandma’s Ashes, elles se voient capturées, analysées, momifiées dans les bandelettes et baumes éternels d’un rock aux multiples définitions. Une telle perfection dans la diversité nous semble souvent impossible, et les disques incontournables sont de plus en plus compliqués à reconnaître et à définir. Pourtant, The Fates en est un, œuvre protéiforme dont les raclements enlacent les peaux satinées de musiciennes angéliques et démoniaques suscitant chez l’auditeur une irrévocable dépendance.

La force de l’opus, ou plutôt SES forces, se révèlent au fur et à mesure sans qu’il soit possible de les anticiper : de la brutalité noise puis sereine de « A.A »  aux épanchements choraux de « Radish Cure », l’introduction au monde du trio nous entraîne dans un univers accueillant et orageux, les pluies acides venant étonnamment purifier nos organismes viciés par la pollution visuelle et sonore à laquelle nous sommes quotidiennement soumis. Toute la difficulté que Grandma’s Ashes a décidé de faire sienne demeure dans ces harmonies tectoniques, ces éruptions volcaniques et geysers saturés dont nous tombons radicalement amoureux malgré les gifles qu’ils abattent sur nous. L’émancipation par le mal de « Daddy Issues » se heurte volontairement aux secondes pop de « Song for Fiona », symbole d’une schizophrénie créatrice admirable et addictive. Ouvrant le résultat à des sphères blues d’un autre monde, « Outro » baigne dans une torpeur qui, lorsqu’elle se verra de nouveau bousculée, sera à n’en pas douter encore plus douloureuse et prégnante que le baptême du feu auquel nous venons d’être conviés. The Fates se moque de ce que l’avenir lui réserve, et c’est bel et bien ce qui permet à Grandma’s Ashes de savourer son indépendance ; et de nous en injecter une bonne dose dans nos froides veines, histoire de remotiver nos muscles et nos esprits. L’art de transformer la malédiction infernale en miracle cathartique.

Artwork : Joshua Dunglas

The Fates de Grandma’s Ashes, sorti le 15 janvier 2021 chez Nice Prod.


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