« Lux Æterna », que la lumière soit

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Des stroboscopes incessants diffusent les couleurs primaires sur un bûcher où sont attachées trois femmes condamnées pour sorcellerie. Au coeur du cauchemar, Charlotte Gainsbourg est censée brûler vive mais se retrouve surtout à se débattre, écrasée par la lumière et un larsen strident. Lux Æterna, le nouveau train fantôme de Gaspar Noé présenté au festival de Cannes l’an dernier, s’engouffre dans le tournage catastrophique du film de Béatrice Dalle

crédit : UFO Distribution

Mise en abîme cinématographique, plans-séquences et improvisation, personnages au fort caractère embellis par la teinte sombre du rouge-orangé, aucun doute quant à l’identité du réalisateur. À l’oeil nu, on distingue les restes de Irréversible ou Climax. Mais les oeuvres de Noé sont trop souvent réduites à leur caractère sensoriel. Or, cette capacité à agir sur nos sens se mêle toujours avec finesse à un certain esprit critique. Sous son indéniable intérêt pour la matière de l’image, Lux Æterna braque les projecteurs sur la figure controversée de la sorcière.

Sorcières mal-aimées

Terme désuet ou tout droit sorti d’un Disney, la « sorcière » réveille pourtant des histoires lugubres qui ne se sont jamais vraiment endormies. Les droits des femmes ont été et sont encore bafoués. En octroyant une place majeure, forte et active, à ses deux actrices, Lux Æterna se répercute assurément sur le combat féministe actuel. Toutefois, si la libération de la parole et de l’écoute nourrit la lutte pour l’égalité, l’atmosphère est encore moite de mépris. Dans son essai Sorcières, la journaliste suisse Mona Chollet rappelle à quel point nos représentations de la société sont biaisées par des moeurs poussiéreux qui enferment les femmes au point de ne plus voir qu’elles sont conditionnées. Ainsi, le scepticisme palpe toujours les femmes seules, sans enfant, ne répondant pas aux canons de la beauté, celles qui prennent des décisions. Des sorcières modernes ?

Horreur et beauté

Cinéphile avéré, Noé mentionne ces représentations et incruste des extraits de films sur les sorcières, à l’instar du fameux documentaire La Sorcellerie à travers les Âges (1922) de Benjamin Christensen ou du Jour de Colère (1943) de Carl Theodor Dreyer. De surcroît, le réalisateur mu par un besoin crucial d’imprimer sur les rétines mixe volontairement trois niveaux d’images : des extraits des films cités, son film et le making off de son propre film. Délire typique de Gaspar Noé, les 50 minutes de Lux Æterna ne surprennent pas mais l’alchimie entre horreur et beauté fonctionne comme un filtre obsessionnel dont on vous conseille l’expérience.


Lux Æterna (France, 2020) de Gaspar Noé avec Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle. À découvrir en ce moment en salles.