Entrevue avec Bandit Bandit, à l’assaut du rock français

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Pendant qu’ils sillonnent les routes du pays à l’arrière de leur van, nos doigts tapotent à toute vitesse sur les claviers de nos ordinateurs de bureaux. Dans l’angle vivant de la modernité virtuelle, nous avons discuté sur Messenger avec Maëva Nicolas et Hugo Herleman à la tête de l’électrique duo Bandit Bandit. Ces Bonnie and Clyde du vingt-et-unième siècle sont partis à l’assaut des contrées sauvages du rock’n’roll français avec leur premier EP éponyme il y a un an, et nous racontent désormais leur ascension ultra rapide, ces nuits de composition à plusieurs degrés, leur rencontre avec Last Train ou encore leur traversée épique du paysage musical actuel à dos de riffs époustouflants et de textes suintant de désir.

NDLR : cette interview a été réalisée avant les mesures prises par le gouvernement français face à l’épidémie du Covid-19. Nous avons choisi de garder nos paroles intactes et les mentions de concerts et festivals désormais annulés.

crédit : Jamie Noise

PUNKTUM : Alors, les Bandit, on est en pleine tournée en ce moment ! Ça fait du bien de reprendre la route ?

Hugo : Du bien… (rires)

Maëva : J’aurais pas dit ça !

Hugo : On se sent un peu routier. Disons que la route c’est pas le plus drôle, même si l’ambiance au sein du groupe est très cool. En revanche, les concerts se passent super bien !

On imagine bien ! En parlant concert, vous passez bientôt par le Printemps de Bourges où vous avez été sélectionnés pour les Inouïs. C’est assez dingue, un an seulement après votre premier show ! Vous le vivez comment ?

Hugo : Ce qui est drôle c’est qu’on était déjà au Printemps de Bourges l’année dernière, juste après la sortie de notre premier single. Et on se disait que ce serait quand même cool d’y retourner, on en rêvait. C’était un peu l’objectif et il est atteint !

Maëva : Trop hâte d’y aller ! Ce sera la cinquième année que j’y vais, tour à tour en tant que journaliste, attachée de presse et désormais artiste. Hâte d’aller au catering !

Hugo : J’avoue, j’ai faim là !

Tournée dans toute la France, objectif atteint en un an, accueillis dans un catering de rêve au Printemps de Bourges… Pas mal pour un duo qui arrive tout juste sur scène ! D’ailleurs, on peut revenir sur la genèse de Bandit Bandit ?

Hugo : Mais oui on en revient pas, ça fait même pas un qu’on a amorcé le projet ! Pour ce qui est de la genèse du groupe, Maëva et moi on s’est rencontré sur Tinder.

Maëva : C’était pas pour tomber amoureux, vous vous doutez bien.

Hugo : On a fait une soirée après un concert de mon autre groupe, Kursed. On s’est défoncé et on s’est chanté des chansons pour se séduire. Puis, on s’est vu et revu, on se chantait des chansons. On se faisait du mal et on se récupérait en chanson. Après, le couple s’est posé. On était plus calme et on a enregistré des démos sans prétention de monter un groupe.

Maëva : Je voulais citer Bukowski, mais je retrouve plus la phrase exacte. En gros, c’est venu comme un coup de poing dans la gueule cette affaire. On ne s’y attendait pas. Nos chansons découlent de choses vécues, et, en quelques sortes, elles nous ont soignées.

Hugo : Puis, on a fait la rencontre de notre manager, par hasard, sur Blablacar.

Maëva : En allant au Printemps de Bourges ! Décidément.

Hugo : Ce manager nous a plus ou moins poussés à monter le groupe. Puis, c’est parti, on a demandé à Ari et Antho de nous accompagner en répèt, en enregistrement, et tout était prêt !

Donc on a Kursed d’un côté et Bukowski de l’autre. Mélangez et vous obtenez Bandit Bandit ! Comment avez-vous décidé de composer des titres rock et de les accompagner avec des textes en français très imagés et poétiques ?

Maëva : Écrire en français n’a pas été une évidence. Au début, nous écrivions en anglais, par pudeur et par habitude, je pense.

Hugo : Pour moi, Kursed, c’est vraiment un autre projet car, pour Bandit Bandit, tout a été repensé. Je voulais pas proposer la même chose, et ça passait par exemple par le chant en français. Maëva vient de la chanson française et moi du rock. On a les mêmes goûts. Bandit Bandit c’est Maëva et Hugo, en tout point.

Maëva : Ce serait plutôt la rencontre de deux univers. On se complète à cent pour cent. Depuis le début. C’est d’ailleurs ce qui nous a effrayés !

C’est justement cette complémentarité de vos deux univers qui est géniale avec Bandit Bandit, et ça ressort totalement quand on vous écoute ! Dans votre musique aussi bien qu’à travers vos clips et sur scène, il y a un mélange de sensualité, de séduction et de danger. Comment parvenez-vous à jouer ces différentes facettes de Bandit Bandit ?

Maëva : Je dirais qu’on ne joue pas, mais plutôt que ça reflète notre couple.

Hugo : J’ai pas l’impression qu’on joue, c’est nous.

Maëva : On est amants et meilleurs amis.

Hugo : On est très attaché à l’image, aux clips. Un projet musical ce n’est pas que de la musique, c’est un tout donc on aime habiller notre musique.

Maëva : On voulait que ce soit très fidèle à qui nous sommes. Par exemple, quand on danse dans le clip de « Pixel », c’est totalement notre manière de danser quand on a six grammes !

« On est très attaché à l’image, aux clips. Un projet musical, ce n’est pas que de la musique, c’est un tout donc on aime habiller notre musique. »

Hugo Herleman, moitié du duo Bandit Bandit

C’est très intéressant cette expression, « habiller notre musique ». Vos clips sont visuellement hyper léchés, très esthétiques et travaillés. Comment se passent leur conception et leur réalisation ?

Maëva : Depuis le début on bosse avec Théo Sauvage, un ami de longue date d’Hugo. La chance qu’on a avec Théo, c’est d’avoir la même vision des choses et les mêmes goûts en terme d’image.

Hugo : Oui, Théo a complément cerné le projet ! J’ai l’impression qu’il fait un peu partie du groupe.

Maëva : Il bosse lui régulièrement avec de grosses marques genre Adidas ou Reebok, des tournages où il n’a pas vraiment son mot à dire en terme d’écriture. Pour lui, Bandit Bandit c’est aussi une grande liberté ! Et l’occasion de mettre en vie ses rêves de réalisation.

Votre univers visuel renouvelle complètement l’image du rock. On pense souvent le rock en noir & blanc sur pellicule alors que vos clips créent une ambiance colorée plutôt branchée rock moderne. Avez-vous justement la sensation de moderniser le genre rock’n’roll ?

Hugo : Dans l’image, on s’inspire pas mal des seventies, voire des sixties, donc c’est pas vraiment moderne. On aime mélanger des images numériques et des images VHS. Ça reflète exactement notre musique.

Maëva : On s’inspire de pas mal de films tels que Natural Born Killers, Pulp Fiction ou encore Sailor & Lula. On adore le cinéma. Les choses figées, vraiment très peu pour nous. On a besoin que ce soit vivant et explosif !

Hugo : Musicalement, on s’inspire du rock des seventies, de la pop frenchy des sixties, et évidement du rock actuel. On n’a pas l’impression de moderniser quoi que ce soit, juste la sensation d’être pas nombreux à faire du rock brut en français.

À propos du rock brut, en France, la place de ce genre paraît écrasée. Ou plutôt, relayée au second plan. Actuellement, ce n’est pas ce qui plaît aux oreilles du grand public. Alors que pensez-vous du rock aujourd’hui en France ?

Hugo : En tout cas, il est bien vivant ! On est loin de se sentir seuls. Il est en effet moins médiatisé que le hip hop ou quoi, mais il est toujours là et en bonne santé.

Maëva : C’est pas une musique vouée à mourir. Il sera toujours non loin, même si moins bien mis en avant. Le rock, c’est une musique franche, instinctive, qui naît de l’instant.

Hugo : De la musique vivante qui ne triche pas.

Maëva : Et elle ne trahit pas.

Hugo : Authentique. Et rien que pour ça, les gens seront toujours touchés par le rock, ils n’en écouteront pas à la radio car il n’y en aura pas, mais ils iront aux concerts. On se serre les coudes avec les groupes de rock émergents, il y a pleins de géniaux en France !

« Le rock, c’est une musique franche, instinctive, qui naît de l’instant. »

Maëva Nicolas, moitié du duo Bandit Bandit

Bien sûr ! La scène française émergente regorge d’excellents groupes d’un rock bien brut dont on ne perdra pas l’essence. Last Train, Structures, MNNQNS et bien d’autres. Quel plaisir de voir toute cette énergie sur scène. D’ailleurs, en concert, ça quoi Bandit Bandit ?

Maëva : Beaucoup de cheveux !

Hugo : Oui, c’est très libérateur pour nous, les concerts. On se donne car ça nous fait du bien.

Maëva : Une sorte de transe absolue.

Hugo : Et on veut inviter les gens dans cette transe.

Maëva : Réparer les maux des gens. J’ai l’impression d’expier toutes mes mauvaises ondes sur scène, de me laver l’âme. Wahou, je suis presque poète aujourd’hui ! (rires)

Hugo : On n’a pas vraiment de message, ou juste : « Viens pendant une heure on oublie notre quotidien de merde, on s’éclate ». Aussi, on adore les groupes rock que vous avez cités tout à l’heure !

Et ça fonctionne parfaitement, au vu des retours du public ! En parlant de transe et de réparer les maux, quand on écoute l’EP, une de ses forces se situe dans les éléments qu’il met ensemble et qui se complètent totalement. Comment passe-t-on du rock affamé de « Maux » à la douceur de « Never Know », sans que cela puisse sonner de façon totalement paradoxale ?

Hugo : Ce que j’aime dans les concerts et dans un album, c’est la sensation de « chaud – froid ». Ton refrain sera beaucoup plus explosif si tu calmes le jeu un peu avant. C’est une vérité au sens propre et figuré.

Maëva : Oui c’est carrément ça, l’idée faire retomber la fièvre.

Hugo : On aime l’idée de bal(l)ade, ce côté très intime qui nous ressemble et qui est certainement dû à notre histoire.

Maëva : Les chansons sont liées entre elles. Chaque chanson raconte une partie de notre histoire.

Hugo : J’adore Black Rebel Motorcycle Club et en live ils font toujours quelque titres en acoustique avant de finir en apothéose, j’adore. Il faut de la nuance, comme dans un tableau.

Et chez vous ça sonne de façon très spontanée ! En concert, vous vous réservez quelques instants puis tout explose. C’est évident quand vous écrivez et répétez ? Quand vous regardez ce que doit être Bandit Bandit, pour vous intimement et pour le public ?

Maëva : C’est pas vraiment réfléchi, on marche plutôt à l’envie et au besoin de.

Hugo : Oui on fait d’abord la musique qu’on aime, on ne la calcule pas. Je pense que les gens aiment les choses sincères.

Pour terminer en beauté sur le live, qui fait totalement partie de votre identité, et sur les groupes de rock actuels qui vous nourrissent, on vous a vus pas mal de fois en première partie des lyonnais Last Train. Ce sont même devenus vos tourneurs avec Cold Fame, la boîte de prod qu’ils ont montée. Comment s’est passée votre rencontre ?

Hugo : J’ai rencontré Last Train avec Kursed, on avait quelques dates ensemble. On est devenus très amis avec eux.

Maëva : Et moi, sur ses dates, j’ai rencontré les gars. Plus tard, j’ai été embauchée comme chargée de relations presse et communication.

Hugo : Ils sont devenus nos tourneurs parce qu’il nous semblait juste évident de bosser avec des gens qui ont la même vision de la musique que nous. Et ça se passe super bien ! En plus, c’est toujours un plaisir de jouer avec eux.

Maëva : Carrément ! On s’adore mutuellement. C’est vraiment devenu une famille.

crédit : Jamie Noise


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