Elina Brotherus : why not?

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« La lumière venue du Nord », voilà comment on a nous présenté Elina Brotherus lors d’une large rétrospective qui lui était consacrée au Pavillon Populaire à Montpellier en 2016. Créatrice insatiable, la photographe finlandaise se met en scène dans des intérieurs sobres ou des paysages grandioses depuis les années 1990, et engendre de nombreuses séries sur son existence, que ce soit sur son dépaysement lors de ses séjours en Bourgogne, sur sa stérilité incurable et la reconstruction d’une vie imprévue, sur son rapport à l’autre, à l’art et, surtout, au corps. En effet, son travail prolifique et brillant offre toujours une place éminente au corps, son propre corps qu’elle montre parfois nu, brut, presque sauvage, ou habillé coloré, devenu onirique et vaporeux. Quoi qu’il en soit, Elina Brotherus l’utilise pour aller de l’intime vers le public. Nous avons donc choisi de vous faire découvrir son oeuvre à travers « Meaningless Work », une série à l’effigie de son univers, accessible et ouvert à l’interprétation.

Comme une fresque autobiographique en pleine élaboration, le travail d’Elina Brotherus recèle d’autoportraits. Loin du narcissisme, il ne s’agit pas pour l’artiste de livrer une oeuvre hermétique mais de questionner le corps en l’immortalisant sous tous ses angles. C’est la substance même de sa série « Meaningless Work » : faire basculer physiquement l’être humain dans des poses inédites et loufoques pour bousculer la réflexion. Dans cette performance où elle repousse sans cesse ses limites, l’artiste finlandaise utilise la photographie comme une sonde, s’explorant à travers la lumière. Au coeur d’une nature fascinante ou d’un intérieur stylisé, Elina Brotherus brosse minutieusement son propre portrait avec des couleurs vives et le souci du Beau, ce qui lui vaut, en toute légitimité, d’être comparée à des peintres tels que Nicolas Poussin, Caspar David Friedrich ou encore Mark Rothko. Si ses poses solitaires ont des allures d’introspection, la photographe parvient surtout à tracer les traits de son nouvel espace-temps pour réfléchir sur la condition humaine.

« C’est la substance même de sa série « Meaningless Work » : faire basculer physiquement l’être humain dans des poses inédites et loufoques pour bousculer la réflexion. »

Celle qui a assimilé depuis bien longtemps que le Huitième Art reproduit et révèle le monde remet désormais en cause la signification du contenu photographique. Y-a-t-il un sens à donner aux photographies ? Avec « Meaningless Work », Elina Brotherus déclenche une vague de questions auxquelles elle répond par des clichés décalés. À l’instar de l’écriture automatique, elle se laisse donc guider par l’inattendu parsemant son quotidien de gestes artistiques – ou à l’inverse, saupoudrant son oeuvre d’instants ordinaires – pour tâter les frontières de l’art. Quand elle parle de son travail, la photographe douée d’une sensibilité éclatante cite l’artiste Arthur Köpcke : « Les gens me demandent : pourquoi ? Je réponds : pourquoi pas ! »


Découvrez « Meaningless Work » ici !

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