« Drunk » : l’autoroute de l’apéro

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Connu pour son fameux Festen (1998), Thomas Vinterberg revient avec Drunk, un long-métrage sur une bande d’amis qui va pallier à son manque d’alcool par une consommation quotidienne légèrement excessive. Le réalisateur danois soigne aussi bien son récit que son casting, au coeur duquel on retrouve l’éclatant Mads Mikkelsen (La Chasse) pour une expérience éclaboussante.

Selon le psychologue norvégien Finn Skårderud, l’homme serait né avec un déficit d’alcool dans le sang. Belle excuse pour parfaire sa conscience et passer pour un philosophe plutôt qu’un poivrot. Mais, dans Drunk, Vinterberg vire toute simplicité et laisse place à l’expérience. Quatre potes, tous enseignants dans le même lycée, décident d’appliquer concrètement la théorie norvégienne et boivent tout type d’alcool à longueur de journée. Une seule consigne : sobriété à la maison, du soir au petit matin. Drunk porte en son titre l’enjeu-même débouché par son réalisateur, se prêter à un marathon éthylique tout en gardant un certain équilibre. Bonne allure, toujours bourré.

Marathon éthylique contre morosité quotidienne

Vis centrale du film, l’alcool se hisse comme un rempart à la morosité quotidienne. Les quatre compères, dont Mads Mikkelsen interprète brillamment le professeur d’Histoire désabusé, sont assommés par la routine. La boisson devient donc un remède ordinaire pour s’extirper de l’ennui. Tandis que le jeu se dessine, leurs vies prennent des virages sans freiner. De soirées inoubliables en drames inévitables, ces gaillards enchaînent sans transition des poussées de joie intense et crises de détresse. La perte de contrôle émerge tout doucement jusqu’à ce que la glace se brise.

Ambiguïté au premier degré

Toutefois, Drunk écarte tout manichéisme. Il ne s’agit aucunement de peser le pour et le contre des effets de l’alcool, mais plutôt de retracer une quête de soi dans le réel. Ce réel auquel on est sans cesse confronté, ce réel qu’on aimerait façonner à notre guise, ce réel tangible qu’on peine à saisir et à travers lequel on s’efforce de se trouver. Et si l’ivresse nous aidait ? Non pas à créer l’illusion d’un bien-être mais à tenir en équilibre, à être raisonnable. Vinterberg tire sur toutes les cordes et enchevêtre parfaitement ces contradictions sans jamais se noyer dans la morale. Pour preuve, le film s’achève sur une performance rythmée par « What A Life » qui sème l’ambiguïté.