Des clips et des claps #3

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Rincez-vous les yeux et les oreilles avec notre sélection de clips de la semaine !

Klem H – Space (live session)

« We are in space » ; le paradoxe flagrant entre le lieu de captation de cette étonnante live session de Klem H et l’état second dans lequel les émotions plongent chanteuse et musiciens paraît, au premier abord, trop abstrait pour être compris. Mais rien n’est le fruit du hasard : le jeu des couleurs amplifié par un soleil dont les projections naturelles et puissantes donnent à l’ensemble des teintes au-delà du réel, la caméra se concentrant sur les acteurs de ce match amoureux dont l’issue, souvent fatale, n’est jamais gagnée d’avance ; tous ces points, valorisés par l’énergie vocale obsédante de Klem H, nous font sortir de nos zones de confort respectives et danser afin d’exorciser le malaise de la solitude post-rupture. L’espace entre l’ascension et la chute, entre l’extase du moment présent et la catastrophe de la dissension. « Space » est une vision extraterrestre du plaisir, l’exposition d’un groupe venu d’ailleurs et à haut pouvoir de consolation et d’espoir.


Stubborn Trees  – Carpe Diem

Le titre du nouveau clip de Stubborn Trees est une promesse vite remise à l’état de fantasme du quotidien, à travers plusieurs activités professionnelles et personnelles nous rapprochant de ce qui peut être touché sans être atteint. Jouant des clichés visuels et psychiques pour mieux en amplifier la simplicité et l’espoir sous le vernis de la désillusion, « Carpe Diem » infuse, dans les scènes esthétiquement léchées et logiques de son action multiple, un rock nous permettant d’obtenir des réponses à l’ennui et aux mauvaises habitudes, qu’elles soient professionnelles ou intérieurs. Un orage empli de révolte, de faux idéaux détruits sur place et de victoire de l’humain face au paraître et à l’inégalité financière et sociale. L’importance de la direction photo et des éclairages agit comme un amplificateur des gimmicks individuels, de leurs lacunes et de leurs non-sens ; il faut se laisser happer par les éclairs hypnotiques et harmoniques de Stubborn Trees, par le stroboscope de la révélation, pour radicalement changer la donne. Pari réussi et plus qu’enthousiasmant.


Sylvie Kreusch – Haunting Melody (Live)

« Haunting Melody » est un voyage dans l’esprit de Sylvie Kreusch, tandis qu’elle analyse les joies et peines du contact humain et de la relation sentimentale. En osmose avec ses mélodies entraînantes et mélancoliques, elle danse, entourée de son groupe, mouvement constant agissant comme un exutoire et un signe de nervosité grandissante. L’échange entre les différentes voix harmoniques et chorales montre la pluralité des ressentis, l’immédiateté de la colère et de l’apaisement. Fil conducteur de ces tourments et soulagements, « Haunting Melody » se mue en mantra sensuel et séducteur, en attraction évitant le désastre et la destruction de l’union. Un film miraculeux, inédit et dans lequel le spectateur se sent irrémédiablement attiré, acteur non seulement des choix de l’artiste mais, surtout, de ses propres velléités relationnelles.


Chiara Foschiani – Candy Woman

Séductrice et tentatrice, Chiara Foschiani montre également, à travers « Candy Woman », que sa féminité ne cesse de mûrir et de lui offrir une personnalité propre et hors du commun. Là où beaucoup considèrent encore trop souvent la femme comme un objet de désir, elle assume un rôle d’attraction et de jubilation de l’instant, mais y confronte une formidable fermeté, une séparation du corps et de l’esprit. Les flashes enflammés du clip éclatent devant nous avec une sauvagerie ferme et efficace, alors que Chiara marche puis court vers la liberté de sa maturité. Ange et démon, créature de la beauté et femme fatale en recherche de pureté émotionnelle, elle dessine sa pop énergique et emplie de spleen à son image ; celle d’un être dont les repères psychiques et cutanés sont la carte d’une énigme en constante évolution, de certitudes et de volontés que rien ni personne ne pourra faire dévier ni asservir. Chiara Foschiani impressionne et envoûte ; mais elle est, au-delà de ces considérations trop aisées, une déesse aux mille et un visages, ceux-là mêmes qu’elle expose de plus en plus intensément au fur et à mesure de son histoire, nous demandant sans jamais nous brusquer de nous y impliquer et de lui apporter nos sensations et notre aide. Une communauté qu’elle bâtit avec gentillesse, intégrité, force et détermination.


serpentwithfeet – Down Nuh River

Fleuron d’une génération visionnaire d’artistes LGBTQI+ racisé·es, serpentwithfeet contribue largement à construire une représentation culturelle queer dans le paysage audiovisuel contemporain. Pour teaser son EP DEACON’s Grove, dont la sortie est prévue le 5 novembre prochain, cet amoureux du R&B classique revisite les thèmes du genre dans un single flambant neuf accompagné d’un clip mi-élégiaque, mi-satirique. Sur les gradins d’un terrain de foot, lieu de persécutions ancestrales pour les lycéens en décalage avec les codes de la virilité traditionnelle aux États-Unis, quatre garçons noirs se moquent d’un certain masculinisme en se faisant pom-pom boys plutôt que footballeurs. Une très jolie façon d’illustrer l’un de ces hymnes à l’amour gay dont serpentwithfeet a le secret.


Troye Sivan – Angel Baby

En parlant d’hymnes queers, en voici un qui connaît bien la recette. Depuis ses débuts, Troye Sivan s’est radicalement éloigné de son image édulcorée et aseptisée de vlogueur YouTube sans abandonner (bien au contraire) son personnage gracile et élégant. Seulement, l’Australien a considérablement étoffé sa silhouette, en ancrant quelques ombres dans son sillage et en allumant quelques braises au fond de ses yeux. Dans le clip d’ « Angel Baby », il lève son verre aux amours multiples, sous le regard du réalisateur Luke Gilford. Le résultat est incandescent et donne envie de se blottir dans les bras de ciels qu’on aime pour clamer l’avènement d’une révolution romantique et sexuelle en cours. On vous laisse juger.