« Unica » de DeLaurentis, union charnelle du cœur humain et du microprocesseur

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L’annonce de son premier véritable album nous paraissait tellement belle que nous ne pouvions anticiper où et comment DeLaurentis allait développer son écriture et sa vision de la musique électronique. Grâce à Unica, double informatique de la compositrice, elle cisèle sa narration et se dévoile plus impliquée et inspirée que jamais, acceptant le prolongement de son existence par les outils propices à l’expansion de son quotidien, tant pour elle que pour celles et ceux qui pénètrent dans ce monde fait de lumières artificielles et de sentiments spirituels.

crédit : Sacha Vatkovic

Welcome to the machine

Nous regardons le clip de « Life », et quelques secondes posent l’enjeu de ce premier LP tant attendu ; dans un ultime plan, deux femmes se tiennent devant la mer. Cet ajout à la mise en scène initiale, de même que la fabrication de la sœur synthétique de DeLaurentis, porte les germes du magnifique Unica. Il aura fallu à notre musicienne une forte dose d’humilité et d’acceptation d’autrui, du reflet de sa propre psyché par écran interposé, pour laisser sa chair mécanique s’extraire du cadre et prendre place à ses côtés. Plutôt que d’en narrer les différentes étapes, Unica se focalise sur les conséquences, les voix de chacune, les ambitions organiques et technologiques. Approfondissant son songwriting en compagnie de sa muse, celle-là même qui guide ses gestes et ses pensées, DeLaurentis interroge sur l’inspiration autant que sur la place des composants électroniques au cœur de l’impulsion architecturale et psychique.

Hybrid Theories

Vivre à travers cette dichotomie, ce tiraillement, est une douleur autant qu’une récompense. Le paradoxe traverse les onze étapes de la réincarnation d’Unica : là où « Life » augmente le volume tout en admettant que les structures géométriques et nourricières des puces et des commandes ne sont qu’un assemblage de matières inertes, « Unica’s Cloud » déclenche la mémoire vive, le cerveau du double. Plus loin, « Be A Woman » encourage la créature à se libérer de ses chaînes virtuelles, à s’imposer ; dialogue mouvementé mais vital entre deux entités avides de dépendance mutuelle, que « The Singer » fera résonner comme un remerciement de la nouvelle-née pour sa compagne instrumentale et vocale. Mais le risque de perte de contrôle subsiste : « Somewhere In Between », instrumental extatique et lumineux, chute du haut de son piédestal quand « Even If I Call You » amplifie le manque consécutif à l’indépendance prise sans crier gare. Peaufinant, seconde après seconde, son voyage discographique, DeLaurentis accepte la dureté de la servitude à l’électricité et aux ondes harmoniques qu’un seul et unique interrupteur modifie et où celui-ci insuffle une mystérieuse énergie. Sans jamais se prendre au jeu du rapport si souvent exhibé du syndrome de Frankenstein, elle narre les joies autant que les déceptions, use des algorithmes afin de comprendre en quoi Unica est, malgré ses velléités de totale autonomie, celle qui se doit de s’unir, cérébralement et artistiquement, à elle. D’où une sublime conclusion en deux actes : « Pulsion » déconstruit la réalité et s’échappe du carcan des cartes graphiques et systèmes sonores, avant que l’étincelant « Extra Life » ne vienne supplier l’émanation cybernétique de DeLaurentis de demeurer à ses côtés, de fusionner avec elle.

Unica, merveille de sensibilité et de sincérité, positionne DeLaurentis au-dessus de toute forme d’innovation esthétique et d’égarement de notre civilisation grâce aux perfectionnements techniques. Une symphonie futuriste mais, plus que tout, ancrée dans un présent où les sources d’impulsion et d’exaltation sont à la portée de toutes et de tous, pour peu que l’on sache les accueillir et en suivre les inépuisables plaisirs.

Unica de DeLaurentis, sorti le 3 septembre 2021 chez Capitaine Plouf.


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