De l’autre côté du miroir #3

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Après avoir traversé les regards, on brandit un prisme de clips dans lequel vous croiserez forcément votre reflet. Parmi les rayons éblouissant les tympans, brillent de la pop fraîche et de la folk grésillante, s’élèvent de somptueuses voix féminines, et s’égarent quelques lapins échappés d’un clapier voisin. Le voisin, celui qui ne fermera jamais la porte de son garage rock. Gardez les yeux ouverts, on vous embarque pour une croisière printanière éclectique !

EDGÄR – « You Don’t Know »

Qui vous a dit qu’il était impossible de réaliser un clip en confinement ? Les lascars d’Edgär ont rameuté une armée de fans pour taper leur meilleure danse sur le single « You Don’t Know ». Il faut dire que les déhanchés cèdent irrésistiblement au charme de la pop palpitante et de l’électro bien aiguisé. Pendant que certain.es reprennent en choeur le refrain envoûtant, d’autres se déchaînent sur un riff de guitare exaltant, le tout dans un montage vif et bourré d’affection à l’image de ses deux géniteurs, Ronan Mézière et Antoine Brun. Extrait de Walking into Heaven, leur nouvel EP tout frais sorti en février dernier, « You Don’t Know » se pare d’une rythmique éclatante et de sonorités affirmées, véritable bouffée d’air frais !


CLAVICULE – « My Time »

On sait très bien que vous avez toujours rêvé de manger des raviolis en boîte dans un gymnase sur un air de garage rock tenace. Pour le plus grand plaisir de leurs papilles et de vos oreilles, les rennais de Clavicule passent à table avec « My Time », fraîchement extrait de leur album Garage Is Dead à paraître, on l’espère de tout coeur, en juin prochain. En attendant, les rockeurs lâchent une horde de riffs hyperactifs qui dévalent les vallées d’une traite. La fougue libératrice de Clavicule s’épanouit tout au long d’un repas un peu crade et plein de finesse, entre champagne à gogo et sauce tomate agrémenté de rouge à lèvres. Vous n’en ferez qu’une seule bouchée ! 


Racoon Racoon – « Deep Brown Eyes »

Les plus beaux souvenirs peuvent souvent se résumer à quelques images fugaces, à ces petits riens qui nous sont accordés et que l’on a trop tendance à délaisser. Ainsi, quand Racoon Racoon projette devant nos yeux, grâce au clip de « Deep Brown Eyes » et à ses réminiscences muettes en Super 8 d’un séjour dans les Alpes françaises, les moments à part du partage idéal, on ne peut que demeurer admiratif et se laisser porter. Lissé et caressé par un folk sobre et d’une beauté éclatante, le film tourne sans discontinuer, enchaîne les plans telles des natures vivantes, retenant leur souffle lorsque le couple passe près d’elles. On a alors du mal à croire à la séparation, à l’absence, à la fissure émotionnelle. Quand le cœur brisé de l’un peut corrompre le lien, le malmener. Reste l’art, celui qui sèche les larmes et qui transcende la mélancolie. Éternel, quoi qu’il arrive.


Amour Formica – « Lapin »

Delphine et Erwan vous ont déjà invité à leur anniversaire, emmené en Bretagne, embarqué dans un ascenseur et ont même brûlé votre grange. Six mois après leur premier EP Arrêtez de rigoler, c’est pas rigolo, ceux qu’on appelle souvent Amour Formica vous déposent au coeur d’une lapinière. Pas question de pâté ou de chocolat de Pâques, mais plutôt de s’éloigner de la pop glauque néo-kitsch pour s’engouffrer dans des gimmicks minimalistes et un entêtant refrain à base de « Lapin, oui. C’est moi le plus fort ! » déclinable à toutes les sauces, surtout en live, ce qu’ils n’aurait jamais oublié de faire ! Nappé de son formidable humour décalé, dont on ne compte plus les degrés, le duo ouvrent les clapiers, s’embrouille avec des lapins et remue le foin d’un avenir prometteur.


Black Lilys – « Yaläkta »

Au fil des rencontres, des contacts, des mains serrées ou des tendres baisers, nous nous transmettons nos énergies mutuelles. Nous rechargeons l’autre quand il en a besoin ou, à l’inverse, nous l’invitons à nous redonner nos forces perdues. C’est ainsi et il faut le comprendre, l’accepter. Une règle universelle et spirituelle que d’aucuns s’amusent à moquer, à railler, mais que Black Lilys nous convie à regarder, au sens propre du terme, avec « Yaläkta ». Les perfusions de fils de cuivre que l’on suit tout au long du clip, ces sutures électriques qui donnent la vie autant qu’ils peuvent nous la reprendre, évoluent au rythme lent et fébrile d’une chanson peu commune, murmurée, discrète. Comme par prudence, pour ne pas interférer. Dans ses ultimes instants, le plan séquence révèle la source vive de ces courants qui nous traversent au quotidien, de ces dons muets et constants entre l’homme et la nature. De ce que le premier doit à la seconde. Il ne suffit pas de croire en l’écologie ; ce qui nous définit est autre, au cœur d’un macrocosme que Black Lilys dessine de façon exemplaire et admirable.


Lubiana – « My Man Is Gone »

« My Man Is Gone » embrasse les conséquences d’une séparation forcée. Le souvenir de ce qui fait la force d’un couple, des racines immuables de la relation sentimentale. De ces fondations profondes, portées par la poésie de Lubiana, par ses chœurs et la chaleur de la guitare. L’appartenance ne laisse planer aucun doute, la pureté de l’alliance est irréprochable. D’une complainte qui aurait pu rapidement tourner à la tristesse et à la souffrance, la chanson fait naître l’espoir, montrant l’évidence d’un destin commun. Le chant des sirènes solitaires qui résonne tout autour de nous, de cette balade romantique et forte que la musicienne nous invite à apprendre, s’affirme comme le baume ultime à nos heures d’isolement, à nos lieux déserts, en quête d’une affection que l’on peut presque toucher, tout autour de nous. Une âme éperdue mais consciente d’avoir, en elle, un remède incroyable et sans égal.