De l’autre côté du miroir #2

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Pour cette seconde salve de clips, PUNKTUM vous invite à découvrir, entre autres, la face cachée de Vénus, le pouvoir de création d’une artiste sincère et dévouée et la volonté de construire de fortes amitiés au-delà des apparences. Des tempéraments uniques et portés par l’éternel désir d’offrir aux spectateurs leurs visions oniriques, tragiques et comiques de l’art global.

Sunshade – « Flowers »

L’émergence florale inattendue qui s’exprime à travers les dessins colorés de « Flowers » est une réussite en tous points. D’abord, elle apparaît sans crier gare, venue de nulle part mais retenant immédiatement l’attention du spectateur qui, tel le papillon, vient délicatement se poser sur cette scène extraite du plus pur des rêves. Ensuite, elle épouse les contours mélodiques de la chanson, ses mouvements acoustiques et pop en filigrane, racines de la merveilleuse germination visuelle qui s’offre à nous. Les pétales sont des mots et des mélodies dont Sunshade goûte les saveurs avant de les laisser s’exprimer. Le regard de la créature qui nous fait face, source lumineuse dont on ne peut jamais se détourner, provoque la photosynthèse parfaite des sons et des formes. Un art pictural et musical foisonnant. Un nouveau courant créatif au potentiel illimité.


Mood – « Vénus »

Une respiration, lente, discrète. La sensation d’être dans les couloirs tamisés d’un autre monde, d’une personnification de la tentation et de l’amour. Mood exprime, à travers « Vénus », une attirance, une surprise, une curiosité. Le mystère du rituel qui va la conduire à l’extase s’entrevoit, indice après indice. Plus la musique et la voix s’amplifient, plus les sources de la sensualité font tomber chaque résistance. Le plaisir, l’hypnose de la sensation, mère des vertus, se déroulent et coulent lentement sur des épidermes qui ne seront que suggérés. Ode à la déesse qui, en son sein, amplifie avec conviction et douceur la séduction féminine, « Vénus » est une splendeur visuelle et lyrique, un charme vénéneux que Mood illustre dans une ultime danse des voiles qui, à n’en pas douter, fera céder la volonté des femmes et des hommes qui croiseront son chemin. Une voie stellaire égarant nos sens sur la planète la plus sulfureuse de notre système solaire, sur les pulsions les plus tendres de nos émotions intérieures.


Pion – « Face au monde »

« On accélère dans la matière comme si nos faces devenaient de l’air… » Observant ses semblables au microscope, Pion ne porte aucun jugement. Au contraire, « Face au monde », regard neutre et inspiré de ce qui l’entoure et expose les manques à la lumière du jour, sans exprimer la moindre accusation. Les fils des vies qu’il scrute, longilignes et uniformes, ondulent lentement, dans une banalité qui, si elle n’était pas aussi bien exprimée, pourrait effrayer le commun des mortels. La révolte demeurera intérieure : face à sa faiblesse et à ses non-dits, l’être humain a quelque chose de pathétique, de soumis. Mais pas d’irrévocable. Par ses paroles, « Face au monde » dépasse le témoignage et imbrique ici ou là, sur les fondations d’une nouvelle chair, la contestation puissante de la résignation. Tout se démultiplie, plus rien ne se contient. Jusqu’à l’éruption salvatrice. La lutte. Le pouvoir retrouvé.


Laura Carbone (Yamaha Artist Insight)

Au quotidien, le travail de Laura Carbone revêt constamment ce petit quelque chose d’unique, ces questions que l’on se pose sur ce qui l’inspire, sur les secondes qu’elle seule semble capable de saisir pour en extraire ses chansons. Grâce à ce court documentaire, l’artiste s’exprime librement tandis qu’on la suit sur les lieux de la création et de l’interprétation publique, en action de grâce. Elle se définit telle qu’elle est, sans fard, sans faux semblant, ne jouant jamais le jeu de la séduction pure. Tout ce que Laura Carbone transmet dans ses œuvres se voit reflété dans ses regards, dans sa façon de jouer et d’écrire. De la ville à la scène, du voyage à la solitude de l’écriture, elle se révèle, parle, place ses mots avec pureté et sincérité. Elle EST Laura Carbone. Plus qu’un nom, elle est une vie, ses mouvements, ses failles, ses exaltations. La justesse de la mise en scène, intimiste et dépourvue d’artifices, nous offre l’un des plus beaux spectacles de la naissance musicale. Et de l’émergence, toujours plus intense, d’une remarquable compositrice, d’un être humain fort et sensible.


Moon Wave – « Song for Nick (feat. Puppetmastaz)« 

« This is the story of Nick… » Une simple phrase introductive mais qui contient en elle tout l’enjeu de cette chanson dédiée à notre anti-héros. Les premières secondes du clip de Moon Wave, baignées de fascination et d’absurde, installent une ambiance à la fois amusante et inquiétante. Les proportions corporelles seront mises à mal, les illustrations de l’histoire picturale qui s’écoule devant nous seront constamment dénuées de toute limite, de toute bienséance dans leur forme et leur fond. Délire psychiatrique et imaginaire, « Song For Nick » s’accapare la folie d’un homme désireux de goûter au confort d’une vie rangée mais que ses démons et cauchemars empêcheront constamment de trouver le salut. Pour notre plus grand – et coupable – plaisir ! La petite voix intérieure du flow de Puppetmastaz accélère l’action et prouve que toute tentative d’échapper à la psyché obscure de ce petit bonhomme solitaire est vouée à l’échec. Malgré une ultime rencontre amoureuse qui pourrait tout changer ? On vous laisse découvrir son issue par vous-mêmes…


Alicia Edelweiss – « The Cockroaches and Me »

Pendant que bon nombre d’individus cherchent des amitiés purement et simplement intéressées (selon les apparences, les goûts artistiques prédéfinis, la popularité…), Alicia Edelweiss, elle, se tourne du côté des bannis de la terre. De ceux qu’elle nomme les « cafards », êtres méprisables et répugnants par définition, du moins pour pour le commun des mortels. Tant pis pour eux ; car « The Cockroaches and Me » donne furieusement envie de traverser l’écran et de prendre du plaisir, simple et sincère, avec tous ces nantis, ces âmes damnées. Le clip lui-même, orchestrant un savoureux mélange d’odeurs et de fumées inconnues, de lieux laissés à l’abandon mais contenant, dans leurs murs, leur réelle signification et importance, est une extase sobre, franche, amusée. Tant et si bien qu’on finit par envier Alicia Edelweiss, qu’on est prêt à la supplier de nous embarquer avec elle sur ce navire de fortune, pour visiter ses moindres recoins et cabines. Pour être heureux, sans peur du jugement ni du regard d’autrui.